[483] Nouvelle société

Stairs [1930] © Aleksandr Rodchenko | V. Stepanova Archive Moscow | House of Photography Museum
Boats [1926] © Aleksandr Rodchenko | V. Stepanova Archive Moscow | House of Photography Museum

Quand Aleksandr Rodtchenko débute ses études à l’Ecole d’art de Kazan en 1910, l’ouragan qui va balayer toutes les formes de représentation existantes a commencé à déferler sur l’Europe. Le Manifeste du Futurisme, publié un an avant, proclame qu’« une voiture de course est plus belle que la Victoire de Samothrace », Kandinsky explique qu’il faut libérer l’image de la tromperie des apparences visuelles, Guillaume Apollinaire renchérit en ajoutant que « la vraisemblance n’a plus aucune importance », le groupe « Die Brücke » a allumé la mèche de l’expressionisme allemand, et Picasso, solitaire et magnanime, a déjà stupéfait le monde entier avec ses « Demoiselles d’Avignon », premier tableau de l’art moderne, on le comprendra plus tard. Une bombe à retardement. A la jointure entre la révolution artistique du début du XXème siècle et la Révolution d’Octobre, Aleksandr Rodtchenko a été une figure emblématique de l’Avant-garde russe, puis de l’engagement des artistes au service de la nouvelle société. Une centaine de ses œuvres, témoins de cette période clé de l’histoire de l’art contemporain, sont présentées jusqu’en octobre au Musée Unterlinden de Colmar.

Plus de cent vingt ans après la découverte des rayons X par Wilhelm Röntgen, l’Allemagne revient sur le devant de la scène des rayonnements perçants. Le 1er septembre a été inauguré à Schenefeld, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Hambourg, la plus brillante source de rayons X du monde, XFEL [pour laser en rayons X à électrons libres], en présence des douze pays membres fondateurs. Ces Etats ont dépensé 1,2 milliard d’euros pour cette installation financée à 57% par l’Allemagne. Elle est environ un milliard de fois plus brillante qu’un synchrotron, source classique pour les utilisateurs de ces rayons qui révèlent les secrets de la matière, que ce soit des cristaux, des molécules biologiques, des os, des poteries ou même des toiles de maître. Elle est aussi plus de dix fois plus lumineuse que son homologue d’une technologie proche, LCLS, à l’Université Stanford [Californie].

Les indigènes Rapa Nui ont approuvé la création de la plus grande aire marine protégée d’Amérique latine, a annoncé lundi 4 septembre, le gouvernement chilien. Lors d’une consultation populaire organisée la veille, les habitants de l’île de Pâques ont voté en faveur d’un projet de sanctuaire d’une superficie de 720 000 kilomètres carrés autour de cette terre emblématique située à 3 500 kilomètres au large du continent. Le ministre de l’environnement Marcelo Mena s’est réjoui ce cette décision, qualifiée d’« avancée historique » par son homologue des affaires étrangères, Heraldo Muñoz. Les aires marines protégées sont des zones où l’activité humaine est restreinte, voire interdite, afin de préserver les espèces animales présentes en raison de leur fragilité et de la richesse de leur biodiversité. Les eaux tropicales de ce petit bout de terre, mondialement connu pour ses monumentales statues moaï, abritent des récifs de corail, dont certaines espèces sont uniques au monde en raison de l’isolement du lieu. Mais plusieurs menaces pèsent, comme la surexploitation des ressources de pêche, le nombre croissant de touristes, l’acidification de l’océan et le changement climatique.

Depuis plusieurs années, l’expression se murmure dans les chancelleries européennes : « diplomatie du caviar ». Derrière ce terme exotique se cache une référence à la propension du régime azerbaïdjanais à se ménager, à coups de livraisons de ce mets luxueux de la Caspienne, la bienveillance de responsables occidentaux. A la lumière de l’enquête intitulée « Laundromat » et menée conjointement par Le Monde et dix autres publications européennes, dont l’Organized Crime and Corruption Reporting Project [OCCRP], la Süddeutsche Zeitung et le Guardian, le terme de « diplomatie du caviar » apparaît comme un doux euphémisme. L’un de ces journaux, le Berlingske danois, a eu accès aux relevés de comptes en banque de quatre sociétés domiciliées au Royaume-Uni et secrètement liées au régime azerbaïdjanais. L’étude des plus de 16 000 transactions, passées pour un montant total de 2,5 milliards d’euros, fait apparaître un système complexe et opaque servant à blanchir des fonds à la provenance douteuse [qui semblent en grande partie détournés du budget de l’Etat], à financer le train de vie des caciques du régime et à acheter moyennant espèces sonnantes et trébuchantes des amitiés à l’étranger.

« On peine encore à le croire. Inattendue et totalement inenvisageable avant le 1er septembre, la décision d’invalidation des résultats de la présidentielle du 8 août par la Cour suprême kényane passe encore pour un rêve. Parce que personne n’était assez fou pour s’imaginer qu’une institution soit aussi naïve pour contrarier un président sortant. Tout au contraire, en Afrique, les instances en charge de la validation des scrutins, avaient tendance à entériner les résultats les plus invraisemblables. En cela, l’exemple gabonais est illustratif [Ali Bongo a été réélu en août 2016, malgré la contestation de l’opposition dénonçant les chiffres de la région du président : 95,46 % des voix pour 99,83 % de participation]. Mais désormais, il y a une rupture et un précédent. Et à l’image de la révolution burkinabée [avec la démission du président Blaise Compaoré en 2014], du procès symbole d’Hissène Habré [ex-président tchadien, condamné à la perpétuité en 2016 pour crimes contre l’humanité], et de la chute tout aussi surprenante de Yahya Jammeh [ex-chef d’État gambien défait à la présidentielle fin 2016], la courageuse et symbolique décision du juge Maraga, président de la Cour suprême, est un de ces gestes qui, en Afrique, permettent d’espérer, au-delà de toutes les vicissitudes. […] Par ailleurs, le cran qu’ont montré les juges de la Cour suprême conforte davantage ceux qui pensent que l’Afrique anglophone prend le dessus sur celle francophone sur bien des principes vertueux ».

La production de café dans le monde est en constante progression depuis le début des années 1990. Et si le Brésil en est le principal exportateur, ce sont les pays du nord de l’Europe, comme la Finlande ou la Norvège, qui en consomment le plus par habitant.

Un total de 87'000 personnes, la plupart des musulmans rohingyas, ont fui les violences en Birmanie pour se réfugier au Bangladesh voisin, a annoncé l’ONU lundi 4 septembre. En tout, « 87'000 sont arrivés depuis le 25 août », a annoncé le bureau de coordination de l’ONU au Bangladesh. Les violences ont commencé avec l’attaque ce jour-là d’une trentaine de postes de police par les rebelles de l’Arakan Rohingya Salvation Army [ARSA], qui dit vouloir défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya. Depuis, l’armée birmane a lancé une vaste opération dans cette région très pauvre et reculée, poussant des dizaines de milliers de personnes sur les routes, au risque d’une crise humanitaire. Les précédents chiffres, samedi, faisaient état de quelques 60’000 personnes, principalement des Rohingyas, à avoir fui au Bangladesh.

Une commission de l’Organisation des nations unies [ONU] a appelé la Cour pénale internationale, lundi 4 septembre, à enquêter de toute urgence sur le Burundi, évoquant de possibles crimes contre l’humanité et atrocités commises dans ce pays en crise depuis deux ans.Dans un rapport publié lundi, la commission d’enquête indépendante de l’ONU assure avoir « documenté des violations souvent d’une cruauté extrême, en particulier des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, et des violences sexuelles ». Les enquêteurs font notamment état d’une « persistance de la pratique de la torture et des mauvais traitements », en ciblant comme principaux responsables des groupes liés au gouvernement et à l’Etat burundais. « Des atteintes aux droits de l’homme ont également été commises par des groupes armés d’opposition, mais celles-ci se sont avérées difficiles à documenter », poursuivent les enquêteurs.

Benyamin Nétanyahou a effectué, jeudi 31 août, une visite inhabituelle dans les quartiers sud de Tel-Aviv, à proximité de la gare centrale de bus. Le premier ministre israélien a voulu exprimer une soudaine empathie à l’égard des habitants de ces quartiers paupérisés. Non pas en raison du dénuement de leurs habitations, mais de la présence massive de ceux qu’on nomme les « infiltrés » : les migrants africains, originaires d’Erythrée et du Soudan. « Nous allons rendre le sud de Tel-Aviv aux citoyens d’Israël », a lancé le chef du gouvernement. Benyamin Nétanyahou se félicite d’être parvenu à en faire partir 20 000 sur les quelque 60 000 qui étaient entrés en Israël par le Sinaï égyptien, avant l’édification d’une barrière de sécurité à la frontière, fin 2011. Il estime qu’en initiant la construction de la clôture avec l’Egypte, il a sauvé Israël d’un péril existentiel. Sans cela, « il y avait une menace réelle pour le futur… »

Dimanche soir, Angela Merkel et son challenger Martin Schulz se sont livrés à un duel télévisé fort policé. La chancelière est parvenue à esquiver les attaques de son rival tout en créant un temps fort, par son refus de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Ce sera le seul débat télévisé d’une campagne jugée ennuyeuse par les observateurs… Et il n’aura sans doute pas permis aux 46% d’indécis de progresser dans leur décision en vue des législatives du 24 septembre. Au lendemain du débat, la presse allemande se montre très critique envers les quatre animateurs du débat dont les questions n’ont porté, pendant la première moitié de l’émission, que sur les questions migratoires, l’islam et la Turquie « parfois posées de telle façon qu’on avait l’impression que le parti populiste AfD était assis à table », estime Der Spiegel sur son site électronique. Les questions sociales, économiques ou fiscales ont été en regard très peu abordées.

La justice européenne rendra mercredi 6 septembre un arrêt attendu sur les quotas d’accueil de dizaines de milliers de demandeurs d’asile dans l’UE, jamais acceptés par certains pays et devenus un symbole des divisions de l’Europe face à la crise migratoire. La Cour de justice de l’Union européenne doit trancher le litige initié par la Hongrie et la Slovaquie, qui contestent la légalité du plan lancé en septembre 2015 pour soulager la Grèce et l’Italie, débordées par l’afflux de migrants fuyant la guerre ou la misère. Dans un avis récent, l’avocat général de la Cour a proposé de rejeter les arguments des deux pays de l’Est contre des décisions « illégales », qui leur imposent selon eux l’accueil d’étrangers, musulmans pour la plupart, que leurs sociétés n’auraient pas la capacité d’intégrer. Mais quelle que soit la décision de mercredi, les « relocalisations » de demandeurs d’asile, censées incarner la solidarité entre Européens face à la crise migratoire, n’atteindront jamais les résultats envisagés au départ. Au 31 août, à quelques semaines de l’échéance du plan fixée fin septembre, moins de 28.000 personnes ont ainsi été transférées depuis la Grèce et l’Italie, sur un objectif initial allant jusqu’à 160.000 personnes à répartir.

Le tribunal administratif de Nice a condamné pour la deuxième fois en moins de six mois le préfet des Alpes-Maritimes pour violation du droit d’asile, après avoir examiné le cas de trois Soudanais interpellés alors qu’ils se rendaient à Nice formaliser leur demande. L’association Roya Citoyenne avait envoyé un courriel à la gendarmerie et au préfet pour indiquer qu’ils comptaient se rendre à Nice pour formaliser leur demande d’asile. Or, une fois à la gare de Breil-sur-Roya le 22 août, ils avaient été emmenés pour vérification au poste de Menton et immédiatement remis aux autorités italiennes. Roya Citoyenne avait filmé et mis en ligne une vidéo de ce nouvel épisode de la guerre que se livrent les militants associatifs et les pouvoirs publics sur la question de l’accueil des migrants.

Bien avant les trompettes de Maurice Jarre, les trois coups ont résonné dans la Cour d’Honneur du Palais des papes, pour la toute première fois, le 4 septembre 1947… Il y a exactement 70 ans. C’était une initiative de Jean Vilar, sur proposition de l’éditeur Christian Zervos et du poète René Char. Tous deux imaginent « une semaine d’art en Avignon », avec une exposition exceptionnelle dans le Palais des Papes [avec des œuvres de Picasso, Matisse, Braque et Giacometti] et du théâtre. Ils demandent à Jean Vilar de mettre en scène plusieurs pièces, et de les jouer à Avignon. Vilar refuse, tout d’abord… puis cède, fasciné par la beauté des lieux. La première année, seules trois pièces sont présentées : « Tobie et Sara » de Paul Claudel ; « La terrasse de midi » de Maurice Clavel ; et [pour la première fois en France] « La tragédie du Roi Richard II » de William Shakespeare. Sept représentations, au total sont données. Près de 5.000 spectateurs sont au rendez-vous.

Après une réunion particulièrement animée jeudi en préfecture, la ministre de la culture devait de nouveau se prononcer sur le sort des vestiges antiques de la Corderie. C’est chose faite depuis ce lundi à 18 heures. Françoise Nyssen a annoncé sa décision définitive par voie de communiqué : elle reste sur la position prise au début de l’été, à savoir qu’une parcelle de 635 m2 du site sera protégée, tandis que le reste de la surface accueillera le projet immobilier comme prévu. Si la mobilisation pour la préservation du lieu témoigne à ses yeux de « l’intérêt exceptionnel des Marseillais pour leur patrimoine et de leur engagement pour l’histoire de leur ville », […] « les services de l’Etat n’ont pas relevé de nouveaux éléments permettant de modifier la décision annoncée en juillet […] La loi ne permet pas à l’État d’étendre l’espace protégé à des surfaces qui ne le justifient pas ». Et la ministre de réaffirmer que la délimitation de la parcelle a été tracée « en toute indépendance », par les services de l’État. Le dinGau déclarait vendredi : « sur la Corderie, que la ministre décide, c’est de sa responsabilité. Le rôle du maire c’est le développement ». C’est chose faite.

Cet hiver, dinGau a eu chaud. À l’orée d’une année électorale cruciale, le service municipal chargé des listes électorales de la ville de Marseille, directement rattaché à son cabinet s’est retrouvé sans chef, miné par une guerre des clans. Au cœur de cette tension, le nombre alarmant d’électeurs n’habitant pas à l’adresse indiquée, les NPAI pour reprendre l’acronyme que la Poste tamponne sur le courrier en souffrance. Combien sont-ils ? Les estimations les plus alarmantes ont fait état de 100 000 électeurs perdus dans la nature à la veille des élections. Un chiffre impossible à recouper, la Poste ne tenant pas de statistique de ces retours de courrier. Plusieurs sources, recoupée par la Ville, évoquent le chiffre de 85 000 NPAI courant 2016, retombés à 45 000 en fin d’année, avant de remonter encore avec les retours de la Poste. Un chiffre jugé crédible par la Ville, qui reconnaît qu’il y a bien eu urgence. Or, 85 000 électeurs absents représentent tout de même 17% des 500 000 inscrits marseillais. Il y avait bien péril en la demeure.

Dans un arrêté du 25 juillet 2017 portant reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, publié le 1er septembre au Journal Officiel de la République Française, un certain nombre de communes françaises sont concernées, dont Aix en Provence, pour les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er avril au 30 septembre 2016, mais également du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2016 pour la commune de Venelles [13], et du 1er avril au 31 décembre 2016 pour la commune de Meyreuil [13], entre autres. « En application du code des assurances, les demandes de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ont été examinées pour les dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols ».

Aix en Provence vient d’annoncer l’inauguration de bornes pour sécuriser le Cours Mirabeau. Le dispositif présenté début août est opérationnel depuis ce lundi 4 septembre. « Tous les accès du Cours Mirabeau seront alors contrôlés par ces bornes rétractables de défense, accompagnées de bornes fixes renforcées protégeant les totems et leurs abords » explique la ville d’Aix. Toutes les entrées seront contrôlées 24h/24 par le centre de sécurité de la police municipale. Tous les sites sont placés sous vidéo-surveillance. Par dérogation, les services publics, police, Keolis [Diablines], gendarmerie, taxis disposent de badges et de télécommandes d’accès. Les livraisons sont autorisées de 6 heures à 11h15 mais aucune carte n’a été délivrée pour cette zone : les accès se font par appel sur le totem et c’est la Police Municipale qui délivre les accès. Les riverains et les clients des hôtels peuvent aussi accéder au Cours, là encore sous le contrôle de la police municipale, en communiquant à cette dernière leurs réservations à l’avance. Ces bornes remplacent les glissières en béton armé [GBA] installées depuis novembre 2016, et participent de la volonté de rendre le Cours Mirabeau complètement interdit à la circulation automobile, y compris pour les minibus.

La 39ème édition d’Assogora, le salon le salon de la vie associative et du bénévolat du Pays d’Aix, se déroulera le dimanche 10 septembre 2017, de 10h à 18h, sur le cours Mirabeau. Près de 400 associations y tiendront un stand pour se présenter, échanger, et partager leur passion. Des mesures de sécurité nouvelles ont été mises en place pour cette nouvelle édition d’Assogora. Ainsi, tout le cours Mirabeau sera « fanzoné », il y aura un filtrage à chacune de ses entrées. Notez également que les rues Mistral, 4 septembre et Cabassol seront fermées aux piétons.

Après une interruption de dix ans de son œuvre cinématographique — années pendant lesquelles il se consacre essentiellement à la musique, à la peinture… et à la méditation transcendantale — David Lynch est revenu par le biais des écrans de télévision au mois de mai avec la suite inattendue de sa série culte, Twin Peaks, elle-même interrompue depuis la sortie du film Twin Peaks — Fire Walk With Me en 1992. A Aix en Provence, l’Institut de l’Image lui consacre une rétrospective à partir du mercredi 6 septembre, où l’on pourra voir ou revoir, notamment, Elephant Man, Blue Velvet, Sailor et Lula, Lost Highway, Mulholland Drive, et écouter Alexandre Astruc accompagner cette rétrospective au cours de plusieurs présentations et conférences.

Bonne journée

Mathieu Grizard

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