[524] Des aspirations au changement

Pascale Marthine Tayou | Reverse City | Sur chaque crayon le nom d’un pays du monde…

La foire « 1:54 », dédiée à l’art contemporain africain, a tenu sa cinquième édition à Londres du 5 au 8 octobre, toujours à Somerset House, édifice prestigieux des rives de la Tamise. Quelque 42 galeristes de 17 pays ont présenté le travail de 130 artistes, avec une forte présence de l’Afrique australe et des choix de plus en plus pointus chez les grands galeristes, notamment anglais. Solly Cissé, Romuald Hazoumé, Abdoulaye Konaté, Mary Sibande… Les grands noms de l’art contemporain étaient là, du Sénégal à l’Afrique du Sud, en passant par le Mali et le Bénin. Parmi les artistes les plus cotés sur le marché, l’incontournable Pascale Marthine Tayou, Camerounais installé en Belgique, était aussi présent, avec une installation montée par-dessus les jets d’eau de la majestueuse cour de Somerset House. Intitulée Summer Surprise, cette structure en bois hérissée de pavés suspendus et colorés a fait référence — de manière non explicite — aux suites africaines des Printemps arabes de 2011. Les aspirations au changement et à la pose de nouvelles fondations politiques sont réelles, mais elles restent fragiles, suspendues comme les pavés de la revendication au bon vouloir de chefs d’Etat qui s’accrochent au pouvoir.

Alors que la Foire internationale d’art contemporain [Fiac], du 19 au 22 octobre à Paris, va faire affluer dans la capitale des galeristes et des collectionneurs du monde entier, la maison de ventes aux enchères Christie’s en profite pour organiser, le 20 octobre, la vente de la prestigieuse collection d’art contemporain de Jean-François et Marie-Aline Prat. Christie’s expose aussi une rareté : la seule esquisse peinte connue réalisée par Delacroix pour son célèbre tableau La Liberté guidant le peuple. Peinte juste après la révolution des Trois glorieuses à Paris qui provoqua l’abdication de Charles X, en 1830, cette grande peinture achetée par son successeur, Louis Philippe, et exposée au Palais du Luxembourg, puis au Louvre, est une allégorie dans laquelle la figure de la Liberté reprend les canons d’une Victoire antique, poitrine nue. Le peintre lui a donné la date du 28 juillet, correspondant au jour de la prise par les émeutiers de l’Hôtel de Ville. On aperçoit d’ailleurs au fond du tableau les tours de Notre-Dame. Eugène Delacroix qui observa les événements en simple témoin, sans y prendre part, écrivit en octobre 1830 à son frère : « J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle ».

« Depuis les récentes révélations faites au sujet d’Harvey Weinstein, le tout Hollywood n’a cessé de s’indigner, clamant que personne n’était au courant. Vraiment ? Une vidéo, postée par le site américain TMZ et relayée sur le compte Instagram de Courtney Love tend à prouver le contraire. En 2005, tandis qu’elle foulait le tapis rouge, l’ex-compagne de Kurt Cobain faisait une déclaration énigmatique, qui prend aujourd’hui un tout autre sens. Lorsqu’une journaliste de Comedy Central lui demande si elle a un conseil à donner aux jeunes filles qui veulent se lancer dans le cinéma, elle répond, après quelques secondes d’hésitation : « Si Harvey Weinstein vous invite à une soirée privée au Four Seasons, n’y allez pas ». Une mise en garde qui, à son grand regret aujourd’hui, n’avait pas porté ses fruits ».

Raqqa, capitale syrienne du califat que le groupe Etat islamique a proclamée en 2014 sur de vastes territoires de Syrie et d’Irak est une ville particulièrement emblématique. La bataille pour son contrôle qui oppose groupe Etat islamique et forces kurdes soutenues par la coalition dirigée par les Etats-Unis semble sur le point de se conclure, alors que des jihadistes ont négocié leur départ de la ville et que plus de 3000 civils en sont partis dans la nuit de samedi à dimanche. La reconquête de Raqqa a débuté en juin dernier et les civils, pris au piège, paient un lourd tribut, notamment du fait des bombardements de la coalition. Selon la coalition internationale, c’est précisément pour limiter le nombre de victimes civiles qu’un accord a été négocié pour l’évacuation de combattants du groupe Etat islamique.

Le candidat progouvernemental Sooronbaï Jeenbekov a remporté l’élection présidentielle au Kirghizistan, dimanche 15 octobre, dès le premier tour avec environ 54 % des voix, selon des résultats partiels publiés par la commission électorale centrale [CEC] de ce pays d’Asie centrale. Sooronbaï Jeenbekov, 58 ans, est un proche du président sortant, Almazbek Atambaïev, dont le mandat de six ans non renouvelable prenait fin. Le candidat du Parti social-démocrate avait démissionné en août de son poste de premier ministre, après avoir expliqué qu’il n’avait pas « le droit moral » d’y rester en vue de la présidentielle. Onze candidats, dont trois anciens premiers ministres, s’étaient présentés à l’élection de dimanche. Un peu plus de trois millions de Khirghizes étaient appelés à voter pour élire leur quatrième président depuis l’indépendance du pays, obtenue en 1991 après la chute de l’URSS.

Au Venezuela, selon des résultats officiels annoncés dimanche par le Conseil national électoral, le parti au pouvoir a raflé dimanche 17 des 23 Etats du Venezuela lors des élections régionales. L’opposition, donnée victorieuse dans les sondages, n’a remporté que cinq Etats, tandis que le dernier reste encore indécis, selon le CNE. Le président Nicolas Maduro s’est félicité d’une « nette victoire ».

Le jeune leader conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, a remporté les élections autrichiennes dimanche, selon les projections, signant un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être au prix d’une alliance avec l’extrême droite. Sebastian Kurz, qui a provoqué ce scrutin anticipé, mettant fin à dix années de grande coalition avec les sociaux-démocrates du chancelier Christian Kern, semble avoir réussi son pari. Son parti chrétien-démocrate [ÖVP] est crédité de 31,7% des suffrages, devant le SPÖ de M. Kern. Arrivé premier lors des dernières législatives en 2013, celui-ci doit se contenter de 27% des voix selon les projections de la télévision publique ORF. La formation d’extrême droite FPÖ de Heinz-Christian Strache se classerait troisième avec 25,9% des suffrages, mais apparaît en position de possible faiseur de roi. Si Sebastian Kurz n’a exclu aucune option, une coalition avec le FPÖ est considérée comme l’hypothèse la plus probable. « Nous formerons une coalition pour les cinq prochaines années avec le parti qui nous permettra d’apporter le plus de changement à ce pays », a commenté la secrétaire générale de l’ÖVP, Elisabeth Köstinger, après l’annonce de ces premiers résultats.

Alors que le bras de fer s’intensifie autour de la Catalogne, l’extrême droite gagne en visibilité dans les rues d’Espagne, conduisant les analystes à craindre une montée en puissance après des décennies dans l’ombre. Jeudi, dans le centre-ville de Barcelone, le groupuscule xénophobe Hogar Social, le parti d’extrême droite Vox et le groupe ultra-nationaliste Espana 2000 se sont joints aux dizaines de milliers de familles, couples et retraités venus célébrer la fête nationale. A la fin, des incidents ont éclaté entre ultras. Non loin de là, sur la colline de Montjuic, qui domine la veille ville et le port, plusieurs centaines de militants extrémistes fêtaient l’événement à leur manière. Avec des discours haineux au milieu de stands où on vendait des objets tels que le « testament politique » d’Adolf Hitler ou des insignes à la gloire des Waffen SS. Des groupuscules d’extrême droite se sont réunis à d’autres occasions à Barcelone, à Valence ou dans les îles Baléares, dans des endroits à forte identité régionale, avec là aussi des incidents violents. Ces agissements ne sont pas nouveaux, mais certains craignent que l’extrême droite puisse tirer avantage de la grave crise politique qui oppose le gouvernement aux séparatistes catalans. Contrairement à d’autres pays européens comme la France ou l’Allemagne depuis peu, l’Espagne ne compte aucun député d’extrême droite au Parlement depuis 1982.

Dimanche 15 octobre au soir, le président de la République française a donné sa première interview télévisée depuis son élection. Dans cet entretien dominé par un souci de pédagogie, le président n’a rien cédé, voulant au contraire convaincre du bien-fondé de sa méthode : « J’ai pris la décision de ne pas avoir une présidence bavarde, de ne pas parler tout le temps parce qu’il faut que la parole présidentielle garde de la solennité. Et parce qu’il faut aussi que le premier ministre, les ministres, le gouvernement dans son ensemble déploie une parole, s’exprime. Il était nécessaire, je crois, de revenir à certains usages », a-t-il affirmé au début de sa première grande interview télé, sur TF1 et LCI. Emmanuel Macron a assuré que « les décisions quotidiennes » étaient prises par son premier ministre mais qu’« à la fin des fins, les décisions stratégiques sont prises par le président de la République ».

« Je souhaite que tout étranger en situation irrégulière qui commette un acte délictueux soit expulsé », a déclaré le chef de l’Etat. En clair, il a validé une demande constante de la droite et de l’extrême droite : l’application unilatérale de la « double peine ». Autorisée par l’article 23 de l’ordonnance du 2 novembre 1945, la double peine peut être administrative ou judiciaire. L’expulsion est prononcée soit par le ministère de l’intérieur ou le préfet grâce à un arrêté d’expulsion, soit par le tribunal par le biais d’une interdiction du territoire français [ITF], l’un ou l’autre pouvant être limité dans le temps ou définitif. Pour rester dans le droit, ce sujet réclame pourtant une application beaucoup plus nuancée que ce que propose Emmanuel Macron. L’article 23 ayant subi au fil des années de nombreuses modifications, tous les étrangers condamnés ne sont pas expulsables. La Cour européenne des droits de l’homme [CEDH] l’a rappelé à plusieurs reprises à la France. Paris a été régulièrement condamnée par cette instance — dont sept fois en 2015.

Derrière le président, le tableau « Liberté, égalité, fraternité » a été peint par Shepard Fairey, connu sous le pseudonyme de « Obey ». « Obey » avait réalisé cette œuvre au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Cet artiste de 47 ans est à l’origine du très célèbre dessin « Hope », symbole de la campagne de Barack Obama en 2008.
A la gauche du président, on pouvait voir une immense tapisserie du peintre Alechinsky. Et sous ses pieds, un grand tapis de Claude Lévêque représentant une ronde de diamants et baptisé Soleil noir…

La ReM écrit à ses soutiens : « Comme vous le savez, Emmanuel Macron a fait de l’éducation une priorité majeure du mandat avec, dès septembre, le dédoublement des classes de CP en REP+. Cet engagement va s’amplifier avec toutes les classes de CP et CE1 de REP et REP+ dédoublées à la rentrée 2019. Nous avons besoin de vous car, aujourd’hui, 20 % des élèves maîtrisent mal les savoirs fondamentaux à la sortie de l’école primaire. Il n’y a pas de fatalité en matière d’échec scolaire et on sait que les progrès peuvent être rapides, notamment pour les élèves les plus fragiles grâce à l’investissement de tous. C’est pourquoi le Ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, a lancé un grand appel aux Français pour qu’ils offrent quelques heures de leur temps libre dans l’école de leur quartier afin de donner le goût de la lecture aux enfants en lisant avec eux. Ce bénévolat se fera grâce à l’association « Lire et faire lire », fondée en 1999 par l’écrivain Alexandre Jardin, qui mène une action de qualité sur l’ensemble du territoire national pour favoriser la transmission entre générations du goût de lire ». 
En étendant la méthode, on pourrait leur suggérer d’intégrer des bénévoles dans les entreprises, dans les hôpitaux, au gouvernement … pour faire le travail de ceux qui n’en sont visiblement pas capables ?

Dans le cadre d’un inventaire photographique de la faune de l’étang de Berre, les chargés de mission scientifique du Gipreb ont plongé à l’embouchure du canal de Caronte, à Martigues, côté étang de Berre, « quelques hectares où les espèces marines peuvent vivre, là où la mer entre dans l’étang ». « C’est un endroit étonnant, le chenal avec des rivages sous-marins, sur laquelle des espèces marines comme les hippocampes sont de retour. On savait, par les récits des pêcheurs, qu’ils étaient de retour, et le constater, c’était assez émouvant ». L’état de l’étang de Berre, toujours en souffrance, s’est amélioré ces dernières années. « On s’y est même baigné tout l’été, dans des plages ouvertes par les municipalités, et nos mesures de qualité de l’eau ont été le plus souvent très bonnes ».

« Maryse Joissains l’a souvent dit à ses visiteurs « avec Marseille, on a à attendre que le mauvais ». Elle n’est pas seule à penser ainsi. Ils sont nombreux à trouver insupportable la métropole qu’ils considèrent comme une contrainte, et surtout pas comme un progrès. Leur expliquer que les transports, l’enseignement supérieur, le développement économique ne peuvent se développer qu’au prix d’un effort collectif n’y changera rien. Jamais l’expression, « voir midi à sa porte », n’avait autant été d’actualité. On le comprend lorsqu’on voit Aix acheter des pages de publicité dans les journaux pour décliner les dernières réalisations de la ville : conservatoire, musée, grand théâtre, Arena… la liste est aussi longue qu’une profession de foi à la veille des élections. Chacun se rêve principauté avec son économie autosuffisante, ses infrastructures, son art de vivre. Certes on sortira des frontières pour aller se faire soigner dans un service performant d’un hôpital de Marseille, on appréciera de voir ses délinquants emprisonnés ailleurs, on sera ravi de bénéficier des services du port autonome pour ses entreprises, mais que ce voisin ne nous demande pas de régler, solidairement, ses problèmes, sa pauvreté, sa délinquance, ses mutations industrielles. Et tant pis si nous ne faisons pas partie des régions les plus performantes. Pour la métropole c’est un peu comme dans la chanson : « aujourd’hui peut-être ou alors demain… », écrit Hervé Nédélec dans son billet dominical.

Contrairement aux « menaces d’invasion » brandies par les élus de droite et son extrême, le nombre de Roms n’a pas augmenté en France, selon le Collectif aixois pour le droit et la dignité des Roms, immigrés et sans-papiers [Caddris], qui regroupe parmi les associations, syndicats et partis, la Ligue des Droits de l’Homme [LDH], la Cimade, le Secours catholique, le Partit Occitan [PO], la France insoumise [FI]. « 15 à 20 000 Roms sont recensés en France, 150 à 200 à Aix, un chiffre stable depuis plusieurs années », évoque Marc Durand [LDH] à un point presse samedi, destiné à informer du véritable acharnement judiciaire sur les Roms à Aix, ville « qui traite mieux ses animaux que ses pauvres ! » s’indigne Hervé Guerrera, élu de l’opposition [Partit Occitan]. Parmi les sept bidonvilles du pays d’Aix et de Marignane, deux [au chemin des Flâneurs] sont aujourd’hui menacés d’expulsion. L’un existe depuis 15 ans et englobe 60 familles et leurs enfants. Le second totalise 40 adultes et des enfants, tous scolarisés. « La ville d’Aix a mis en demeure le premier via une saisine au Tribunal Administratif, envoyant un huissier fin juillet qui a pris l’immatriculation d’une voiture dont le propriétaire n’habite pas là ! Les Roms sont invités à quitter les lieux », soumet M. Durand à côté de Maitre Claudie Hubert qui tente de défendre l’affaire : « L’ordonnance est contestable, seul un pourvoi en cassation peut ou pas être envisagé ». Le second camp, en bordure d’autoroute, s’est vu assigné par un référé d’Escota en août, quand tous les Roms étaient absents. Avant la trêve hivernale [1/11], le sous-préfet vient de convoquer le comité de pilotage mensuel après plus de 3 mois de silence… « Un avatar », pour M. Durand qui laisse H. Guerrera conclure et alerter : « La ville a dépensé près de 400 000 euros en procédures sur le dos du contribuable ! »

Vous avez jusqu’au dimanche 22 octobre pour visiter l’exposition de Seconde Nature, « Langages Machines » à la Fondation Vasarely. « Réseaux sociaux, sms, mails, datas … à l’ère de l’hypercommunication rendue possible par les technologies, le texte et l’écrit ont rencontré de profondes mutations. D’abord figés avant la révolution numérique, les mots sont désormais échangés de manière fugace, voués à rapidement disparaître, corrigés, modifiés, au fur et à mesure que les algorithmes alimentent notre « timeline ». Auteurs virtuels issus d’intelligences artificielles, détournements d’appareils à écrire et à raconter, un parcours sensible vous attend dès le 15 septembre pour déconstruire l’impact de nos machines sur la communication et notre rapport au langage ».

Bonne journée

Mathieu Grizard

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