Image for post
Image for post
Photo by Markus Spiske on Unsplash

L’épidémie de covid19 régit nos vies depuis plusieurs semaines et il y a même, fait rare, un consensus international sur la façon de s’y confronter. Le confinement s’est imposé à nous. Notre contexte a donc changé, peut-être même pour un an ou plus, et notre position d’aujourd’hui n’est pas qu’une simple aparté. Il est en effet illusoire de croire à un retour “à la normale” tant cette expression est vide de sens et peu en lien avec l’histoire. Qui pourrait dire qu’il y a eu un “retour à la normale” après le 11 septembre ? Après la crise des subprimes de 2008 ? De tels changements provoquent des inflexions, des changements de cap plus ou moins brutaux mais dont on peut choisir d’en être actrices.eurs. Car il serait faux de définir cette pandémie uniquement d’un point de vue sanitaire en omettant son caractère politique. La priorisation des besoins et donc des moyens, le modèle de société — solidaire-sanitaire-social, notre relation à l’environnement et la mondialisation sont quelques unes des grandes questions qui sont déjà présentes derrière ce drame qui, entendu comme tel, permet de faire émerger de nouvelles perspectives par ce qu’il nous lie au récit. Aujourd’hui le traitement médiatique de cette crise nous ramène à la recherche de solutions sanitaires, la course au vaccin, le dévouement du personnel de santé et au civisme de la population qui se doit de respecter les consignes. On nous le répète, le temps du bilan n’est pas encore là. Sauf que ce que Naomi Klein nomme la “stratégie du choc” peut bien nous guetter sous couvert d’une possible future omniprésence de la surveillance par exemple. Le récit de ce que nous vivons comme une unique crise sanitaire est ainsi un danger pour la démocratie car les réponses apportées seront quoiqu’il en soit d’ordre politique et cette mise à distance peut potentiellement légitimer l’infantilisation des individus et renforcer les mécanismes biopolitiques. Si le 11 septembre a eu pour conséquence de favoriser les aspects sécuritaires dans nos vies sans qu’il y ait une véritable opposition à cause du choc que cela fut pour tout le monde, on peut s’interroger sur les conséquences du coronavirus sur nos vies à moyen terme. Les réponses que l’on va donner doivent donc faire l’objet d’un débat public qui permettent de légitimer nos peurs mais aussi de les mettre en perspective pour ne pas qu’elle soit exploitée et deviennent avilissantes. La manière dont on raconte ce que l’on est en train de vivre est donc centrale au delà des éléments de bilan. Cela définit la possibilité de nos actions. En effet, si le covid19 n’est qu’une crise sanitaire, alors nous ne pouvons être que des patients collaboratifs, civiques, qui appliquent des mesures dont l’expert est maître. Mais si ce que nous vivons est aussi un enjeu politique, alors nous sommes potentiellement des individus civiques et confinés certes, mais qui peuvent aussi questionner le modèle de société dans laquelle nous sommes et serons. …


Comment appréhender le confinement en milieu urbain sans se laisser happer par une course effrénée à la bonne morale ? Ce contrôle social peut-il être bienveillant, créateur et solidaire ? ou est-il l’arme absolu du conservatisme et du repli sur soi ?

Image for post
Image for post

Si les messages d’ouverture via les réseaux sociaux et par le confinement sont légions via de nombreuses injonctions à la lecture, aux apéros skypés, au sport sur tapis ou encore au télétravail productif, ce confinement est aussi celui du retour à une croisade moralisatrice. …


publié dans Metropolitiques le 16/12/2019

About

Matthias Lecoq

Chercheur UNIGE // Concertation Of. Urba Genève // Fondateur lafabriquedelespace.com // #ville #democratie #anthropocene #numerique // anthropocenopolis.cc

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store