La droite va perdre la présidentielle… mais peut-être pas le pouvoir

Retour des législatives et restauration de la démocratie

80 jours. Un tour du monde. C’est aussi le temps qui nous sépare de l’élection présidentielle. Chaque jour est un étage de la tour de laquelle nous avons sauté. Mais personne ne dit “jusqu’ici tout va bien”. Et surtout pas l’impétrant dans le pétrin qui, n’ayant sauté que d’un silo sarthois, s’écrase avant tout le monde.

Guy Mollet, conscient qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, avait un jour tonitrué que la droite française était “la plus bête du monde”. Bête ou pas bête, elle a les miquettes. L’élection imperdable est perdue. Le capitaine a merdé, on prend l’eau, chacun est prêt à sauter dans un canot de sauvetage. Quoique…

115 jours. Durée de gestation chez la laie. C’est aussi le temps qui nous sépare des élections législatives. Vous savez, la petite timide qui se tait gentiment, jusqu’au jour où… Depuis 2002, cette grande gueule d’élection présidentielle a lieu juste avant elle. Elle lui vole la vedette. Résultat : tous les cinq ans, la France élit un président, qu’elle fait dictateur un mois et demi plus tard en lui servant une majorité à l’assemblée avec le sourire niais des serviteurs dociles. Il n’existe dans le monde aucune démocratie dans laquelle une personne se voit conférer autant de pouvoirs que le Président de la République française. Je répète : aucune. L’étiquette “démocratie” mérite d’être décollée comme une bande de cire sur une jambe poilue. Quoique…

Cette année, la guerre pour le pouvoir donnera lieu à deux véritables batailles. Deux vainqueurs potentiels. Musique de Rocky pour les présentations. D’un côté, un petit garçon nommé désir, l’intello qui a bien appris sa leçon et se fait voler son goûter à la récré. En face, une ogresse qui s’engraisse des détresses, dont le projet consiste à botter les fesses que Charles Martel avait bouté en son temps. Ils ne sont d’accord sur rien, mais ont un point commun : aucun d’eux n’a suffisamment de soutiens crédibles pour constituer une majorité parlementaire.

Petit Garçon marche sur un fil qui l’oblige à ne s’afficher avec personne. Mais on peut raisonnablement postuler que s’il venait à gagner, il se tournerait vers la pseudo gauche de gouvernement dans les jupons de laquelle le petit bonhomme a grandi. En d’autres termes, la clique à Hollande. Qui veut mon poisson pas frais? Personne.

L’ogresse envoie déjà des petits bouquets de bégonias chez Les Républicains. Juste au cas où quelques vestes se retourneraient. Pour elle, le défi de remporter les deux batailles semble encore plus compliqué. Elle devra faire face à une première fronde entre les deux tours de la présidentielle, puis à une deuxième à l’issue de la présidentielle, faire face, faire face encore, puis remporter les législatives. Quelques charognards la rejoindraient bien après une victoire à la présidentielle, mais tout de même. Il n’est pas certain que le Parti Républicain aurait remporté le Sénat si les électeurs avaient dû revoter un mois après l’élection de Trump. L’analogie vaut ce qu’elle vaut.

Une défaite made in Sarthe à l’élection présidentielle ne fermerait donc pas totalement la porte du pouvoir aux Républicains, si tant est que l’union demeure au sein du parti. Les Français auront rejeté l’imposture sur la personne de Fillon mais certainement pas son programme. 2017 pourrait être l’année du retour des législatives. Ce serait une nouvelle fantastique, car alors 2017 serait aussi l’année de la restauration de la démocratie française.