Prédictions Fintech

Convergence et services dans le paiement, décollage du m-paiement, désintermédiation des banques, blockchain et micro-finance, après l’euphorie du début 2015, les stratégies de chacun commencent à se clarifier.

[Disclaimer : ces propos et opinions n’engagent que son auteur]

Paiment omnicanal et services associés

Les acteurs du paiement vont être confrontés à un paiement qui va progressivement devenir une commodité, c’est-à-dire un service standardisé à faible valeur ajoutée. Sous l’effet de la concurrence accrue des fintechs et de la régulation qui va mettre sous pression les marges de transactions (plafonnement des commissions d’interchange notamment), les acteurs vont chercher de nouveaux relais de croissance. La première stratégie de différenciation consiste à offrir aux marchands une solution de paiement omnicanal pour leurs permettre de suivre et réconcilier des parcours clients de plus en plus compliqués dans ce que ce qui est devenu le « commerce connecté » (web-to store, réservation en ligne et achat dans le magasin ou inversement, etc.). C’est notamment la direction suivie par Adyen ou Payleven qui proposent à la fois l’API de paiement pour le site web marchand et le terminal de paiement carte bancaire pour l’enseigne physique (offline). Un double mouvement de convergence et de consolidation est à venir entre d’une part les acteurs du paiement online entre eux afin de générer des économies d’échelle et d’autre part les acteurs du paiement online avec les acteurs du paiement offline.

Le deuxième axe de différenciation suivi par les acteurs du paiement est l’ajout de services à forte valeur ajoutée en amont ou en aval du paiement pour pallier la perte de valeur de l’acte de paiement lui-même. La stratégie consiste à bâtir des services intégrés autour du paiement de type comptabilité, CRM, programme de fidélité, services administratifs, services de financement, le tout directement alimenté par les données de transaction. L’objectif est de valoriser les données de paiement porte d’entrée vers des services additionnels. Ces services deviendront progressivement les seuls rentables face à un paiement vendu à son coût de revient voire à perte dans une stratégie d’acquisition client agressive. A titre d’illustration de ce mouvement de transition d’une industrie de la transaction vers celle de l’interaction, iZettle qui offre une solution de paiement propose également depuis peu aux sociétés qui utilisent son moyen de paiement des avances de trésorerie. La société est en effet particulièrement compétitive sur ce service dans la mesure où elle a accès à un historique de transaction de la société qu’elle va pouvoir scorer en temps réel. C’est également la direction suivie par Apple pour le développement de l’Apple Pay 2.0" qui intégrera apriori des services de fidélité et de couponing adossés au paiement mobile.

L’année du mPayment ?

Le mpayment pourrait bien d’ailleurs enfin décoller en France en 2016–2017. Les ingrédients semblent en effet réunis. L’arrivée annoncée d’Apple Pay avant la fin de l’année afin d’évangéliser le marché, une désaffection grandissante du cash au bénéfice de la carte bancaire paticulièrement prégnante en France, le taux d’équipement des marchands en terminaux NFC sans contact, la diffusion des smartphones avec reconnaissance de l’empreinte digitale qui résout enfin un vrai pain point de la carte bancaire : la substitution du code PIN par l’empreinte digitale. Sur ce mode de paiement il conviendra de surveiller de près les opérateurs telecom à l’instar d’Orange (Orange Cash).

La désintermédiation des banques

En ce qui concerne les banques la désintermédiation devrait s’accélérer, sous l’impulsion notamment de la directive européenne DSP2 (entrée en vigueur début 2016, elle doit encore être transposée dans les différents Etats membres de l’UE et notamment en France d’ici 1 ou 2 ans) qui obligera les banques à mettre à disposition du marché leur API. Des acteurs vont venir s’intercaler entre les banques et l’utilisateur final et proposer les services de la banque via leur propre plateforme en intégrant directement l’API de la banque ainsi qu’en y ajoutant d’autres services, bancaires ou non d’ailleurs. Les utilisateurs finaux adhèreront facilement à ces nouvelles plateformes « front end » qui offrent une bien meilleure expérience utilisateur et des services additionnels à ceux des app bancaires des banques traditionnelles. Les banques risquent ainsi de perdre définitivement la relation avec le client (et les données client) et d’être cantonnées à l’acheminenent de flux financiers. Il y a une dizaine d’années le même phénomène a désintermédié les opérateurs telecom au profit d’Apple (IOS) et de Google (Android), les opérateurs telecom ayant désormais de grandes difficultés à sortir de leur rôle de gestionnaire d’infrastructure télécom et de proposer des services aux clients.

Représentatifs de ce mouvement dans la sphère financière, les acteurs Bankin, Lynxo permettent à l’utilisateur d’agréger des comptes bancaires de différents établissements dans une interface unique et de disposer d’outils de gestion intuitifs. La startup allemande Number26 propose une app bancaire avec une expérience utilisateur unique où l’on peut en temps réel modifier son code PIN de carte bancaire, les limites de retrait, désactiver les paiement en ligne, ou encore accéder à des services tiers de transfert d’argent via l’API de TransferWise, directement intégrée dans l’app de Number26. La vision de Number26 est de devenir un hub financier intégré, une interface unique entre l’utilisateur et un ensemble de services financiers variés (prêt, retrait, épargne, prévoyance) provenant de banques et de pure-players multiples.

Les fintechs SavingsGlobal ou Savedo permettent aux particuliers d’ouvrir des comptes bancaires dans différentes banques en Europe (en arbitrant notamment sur la rémunération du taux sans risque entre ces pays). La valeur ajoutée consiste à intégrer technologiquement et surtout règlementairement des banques hétérogènes dans une interface unique et dédiée facilitant la gestion de nombreux produits bancaires. Non seulement les banques sont désintermédiées mais les services financiers sont « dépackagés », « unbundlés » poussant les banques à la spécialisation pour rester compétitives sur ces hubs qui les mettent en concurrence à l’échelle internationale. Le principal challenge pour les banques sera d’interconnecter leur système d’information souvent obsolète à ces plateformes nouvelle génération sans pénaliser la valeur ajoutée client (temps réel, flexibilité, expérience utilisateur, etc.).

Blockchain et microfinance

La blockchain va faire émerger de nouveaux services financiers et de nouvelles fintech (appelées « blocktech »), ou du moins étendre des services financiers déjà existants à des volumes trop faibles pour être rentables aujourd’hui. Il faut voir la blockchain dans le prolongement d’Internet. De même qu’Internet a permis d’industrialiser de nombreux services et donc de réduire leurs coûts pour adresser la longue traine des clients, la blockchain va un cran plus loin dans cette industrialisation en réduisant les coûts de transaction (en se passant de tiers de confiance notamment) et en automatisant un certain nombre de services : micro-paiements et smart contracts favoriseront l’émergence de nouvelles bourses d’échanges. La blockchain facilite en effet l’émission et le transfert de types d’actifs très variés et à faible valeur comme des titres financiers, des cartes cadeaux, des points de fidélité, du crédit mobile, ou encore des crédits d’énergie. A cet égard la blockchain pourrait bien considérablement dynamiser le crowdfunding aujourd’hui confronté à des problèmes d’économie d’échelle (voir l’initiative de Smart Angels et BNP sur le sujet).

La blockchain permettra l’émergence d’assurance à la demande et à la volée ou pay peruse (services aujourd’hui non rentables car générant par définition de faibles volumes) et apporter la confiance nécessaire dans l’assurance peer-to-peer. Enfin la blockchain devrait dynamiser l’IoT en rendant les objets autonomes à la fois sur le paiement et le contrat (smart contracts). La startup allemande slock.it qui veut devenir leader sur ce segment illustre déjà ce cas d’usage avec sa serrure autonome à même de contracter avec une personne, accepter un paiement et s’ouvrir à un horaire défini. Bref Airbnb sans Airbnb et sans intervention humaine.