L’ORTHOG-TRACE DU CRIME

Les mots recèlent en eux des traces archéologiques de leur origine, de leur sens premier, et de leur parenté avec d’autres mots.

Ces traces peuvent prendre 2 formes : l’une phonétique (orale), l’autre orthographique (écrite).

Les traces phonétiques sont les plus évidentes, les plus visibles et les plus accessibles : tout locuteur peut les entendre et les relever s’il s’en donne la peine. 
(Entendre le lien possible entre satisfaction, saturation, satiété, Saturne, Satan, satya, satyre, par ex.)
Elles sont inscrites dans la forme “vivante” (analogique, “vinyl”) de la communication : la parole.

Les traces écrites, en revanche, sont d’autant plus précieuses qu’on ne les trouve que dans la forme “morte” (digitale, “CD”) de la communication : l’écrit. (puisqu’en tant que traces spécifiquement écrites, ce sont celles qu’on ne prononce pas à l’oral -le g de joug, par exemple-)

Elles doivent donc d’autant plus être préservées : pour cette raison même qu’on ne les prononce pas. Qu’elles sont absentes à l’oral. Que leur seul refuge est l’écrit.

Ces traces sont comme celles qu’a laissé le criminel sur les lieux du crime : elles passent souvent inaperçues, mais sont disponibles et utiles à l’enquêteur sagace.

Effacer (parce qu’elles sont archaiques) les traces archéologiques qu’on ne trouve que dans l’écrit (simplifier l’orthographe), c’est comme effacer les traces d’un crime.

Le résultat est propre, net, dépoussiéré, mais on y a perdu les indices permettant de retrouver l’assassin.

Effacer les “crimes” passés (anciens) -et passés (transmis)- dans l’orthographe est-il une si bonne idée ?