LES DIGITAL LADIES A THE CAMP: CANDIDE AU #BOOSTCAMP

A la veille de l’été 1981, Michel Sardou nous faisait part de son voyage en absurdie ( ?!?) et de « l’étrange drame d’être une femme ». Si nous avons tous chanté et dansé sur ce tube totalement kitsch, son remake en 2010 n’a pas transporté nos cœurs et nos jambes. Pourtant, il était déjà porteur des transformations et des évolutions qui ont traversé notre société (et toujours d’une misogynie de bon aloi sous couvert d’égalité…).

En cette fin d’été 2018, c’est une autre chanson que les Digital Ladies ont mis en avant lors de leur BoostCamp, leur Université d’été, à The Camp, à Aix-en-Provence. C’est dans ce lieu improbable, lové au cœur de la garrigue aixoise, où l’on invente le futur, que les 31 août et 1er Septembre les Digital Ladies (and Allies) se sont retrouvées pour parler des femmes bien sûr, des hommes aussi, de la société, de la tech, de nous, de la vie quoi.

Les Digital Ladies ? Mais c’est qui, c’est quoi ?

C’est d’abord un concentré d’énergie, une envie de partage et d’échange, et, par rapport à d’autres réseaux purement féminins, un attachement fort à la notion de mixité (le Allies, pour rappeler que les projets n’ont de valeurs que s’ils sont portés par un bon équilibre hommes / femmes) et à une conception ouverte et progressiste du digital. Au départ Les Digital Ladies, c’était un surnom donné par Merete BULJO à un groupe de femmes fédérées via Twitter, certaines autour du @FlashTweet d’Emmanuelle LENEUF , d’autres suite à la JFD 2017, et qui se sont retrouvées autour des valeurs de solidarité et d’entraide. Peu à peu, la tribu, comme le dit joliment Merete, s’est agrandie et s’est organisée, d’abord dans un DM (les portes secrêtes de Twitter), puis évoluant vers un « Do Tank » mixte, à double objectif : la promotion de la diversité des talents dans le numérique, et la visibilité des femmes dans cette filière dès le plus jeune âge. Aujourd’hui c’est donc une association, dont le bureau est composé de Nathalie OLLIER, Jean-Louis CARVES, Solenne BOCQUILLON-LE GOAZIOU, Marie COUDIE, Louisa RENOUX et Merete BULJO.

Pour cette première université d’été, elles ont choisi de mettre en avant des femmes et des hommes avec des parcours différents autour de la thématique « Tech For Good », de valoriser leurs initiatives et mettre en mouvement les participants les faire réfléchir et les engager à agir. 200 personnes sont venues partager, apprendre, échanger, discuter, mais aussi rire, au coeur de la Provence, sous un soleil radieux.

Mais le Boost Camp, c’était quoi alors ?

Le BoostCamp c’est le mix entre le Bootcamp et le boost des jeux videos : une dynamique collaborative, avec une première journée orientée autour de 3 axes :

  • des ateliers de partage et d’apprentissage, animés par des membres de l’association ;
  • des keynotes en plénière entre speakers et public ;
  • le lancement de la rédaction d’un Livre Blanc collectif avec des propositions pour renforcer le rôle des femmes dans le numérique

Et une autre centrée sur soi,

Oui bon, d’accord, mais qu’est-ce que vous avez fait ?

Après l’accueil et la présentation de la journée par Merete BULJO et Olivier MATHIOT, président de The Camp, Corinne WERNER, Responsable de l’écosystème et du partenariat et Julie THINES, Directrice Education de The Camp ont exposé les grands principes du lieu (éco construction, échanges et réflexions sur les futurs souhaitables).

Une pitch session nous a ensuite permis de découvrir Asmae el HILAL, co-fondatrice MedTrucks (@MedTrucks), plateforme dédiée au déploiement de camions médicaux, Ellia DELMARE, co-fondatrice z0gravity ( @z0gravity), logiciel de gestion de projet, incubé à The Camp, Marie COUDIE, Responsable de la communication internationale de Mazars , et Nathalie DUMAS, fondatrice & CEO flyingrhino.fr qui ont présenté leur rôle de mentor.

Pour suivre, une table ronde animée par Marie-Josée COTE, Directrice. Marketing et Développement chez Sociallymap réunissait Laurence PAGANINI, CEO Kaporal et élue CCI Marseille, Christophe MOUYSSET, Directeur des Relations Corporate de Kedge et Valérie SEGRETAIN, VP French Tech Aix Marseille pour échanger sur l’écosystème innovation des Bouches du Rhône.

En fin de matinée, des ateliers étaient organisés : le DesignThinking par Mélissa PETIT, fondatrice lilyfacilitelavie ; l’adoption des robots par Benoït RAPHAEL, fondateur de Flint ; les bases du Business Angel par Imene MAHARZI, fondatrice d’ OwnYourCash ; l’innovation par le jeu par Hélène Michel, professeur Innovation EM Grenoble avec TechIt ; la valorisation de sa marque, par Christine SOTO, spécialiste des RP et Nadia BAHHAR-ALVES , Responsable Communication Externe et Relations Publiques à l’ ECV ; et enfin, l’équipe de IT_4_Girls autour de Yael JACQUEY, pour apprendre à coder (yes ! maintenant je sais faire faire une super multiplication à une jeune ado et sa copine rapeuse, poke Charlotte de Vissaguet)

Ouvrir le champ des possibles

L’après-midi , des keynotes thématiques nous ont permis d’échanger autour l’intelligence artificielle et des robots. Finement animé par Thierry Keller, Directeur de la rédaction Usbek et Rica (juré Thierry, c’est pas parce que j’ai gagné 3 mois d’abo que je dis ça…), nous avons assisté à des interventions exceptionnelles de Thomas SOLIGNAC Cofondateur Golem AI («l’anthropomorphisme des robots amène à l’émergence de l’IA sensationnelle t de l’IA éthique»), Aurélie JEAN CEO et Fondatrice de In Silico Veritas («l’éducation est un des piliers fondamentaux pour une IA inclusive et collaborative »), et Alain BENSOUSSAN, Avocat spécialiste des nouvelles techno, («les robots ne sont pas des humains moins ni des objets plus, mais une nouvelle espèce artificielle »). Chacun a donné sa vision de ce futur, pas toujours d’accord, mais avec un enthousiasme réel, et surtout nous ayant amené à réfléchir sur le souhaitable, le réalisable et l’inéluctable. Le débat et les échanges qui s’en sont suivis furent… animés (poke Valérie ASSELOT).

Image @SANDDELA — http://www.digitaltruelife.com/2018/08/digital-ladies-boostcamp-mixite-numerique.htm

Une deuxième intervention, en Feel Good vision mais surtout en Emotion, avec un grand E, avec Meriam AMARA, Marketing et Leader du réseau PHARE d’IBM (Personnes handicapées et Responsabilités de l’Entreprise), jeune femme aveugle, mais qui n’a pas froid aux yeux, sportive accomplie, leader inspirante, et être humain d’une grande sagesse, pour qui le téléphone est le prolongement du bras, mais ne remplacera jamais une main tendue. Le témoignage de Meriam alliait poesie et humour, tech et humanité (ah la description de la rencontre avec Merete, un sketch et en même temps un vrai partage…). Je suis par nature très réservé par les standing-ovations accordées la plupart du temps à des gens qui mériteraient à peine des applaudissements polis. Mais là, un amphi de près de 200 personnes qui se lève comme un seul homme, pardon, comme une seule femme, essayant de renvoyer à Meriam ce que nous avons reçu d’elle, c’était un moment de grâce et de magie, du bonheur à l’état brut devant tant de bienveillance, de « bienvaillance » comme l’avait dit une fois Coryne Nicq (avec son fameux regard oblique, comme quoi…).

Animées par Yolande LIBENE, fondatrice de Bossie Media, le premier média du leadership féminin, les interventions suivantes portaient sur la diversité avec Anthony BABKINE fondateur de Diversity Days (« le numérique peut devenir l’ascenseur social du 21eme siècle ») ; Dipty CHANDER Présidente E-mma, association visant à promouvoir la mixité dans le domaine du numérique (« la diversité est un fait, l’inclusion est un choix»); Anne Sophie TUSZYNSKI Fondatrice cancer at work, 1er club d’entreprises dédié au sujet du cancer de la maladie et du travail (« les cancersurvivor sont de formidables innovation makers » et Frédéric BARDEAU, fondateur Simplon (« La diversité est un levier de performance et d’innovation… L’innovation sans impact positif pour l’humain n’a pas de sens. ».

Les dernières keynotes, portées par Eric Scherer, Directeur Futur Media France Télévisions nous entrainaient vers la « Génération Doers » avec Sandrine DELAGE, Intrapreneurs for good chez BNP Paribas et créatrice du blog Mère et Fille 2.0 que je ne saurais trop vous recommander («les immenses enjeux de demain dépassent nos freins au passage à l’action. Les Doers répondent à l’appel de dessiner ensemble un monde meilleur ») ; Emmanuelle LENEUF, fondatrice du @FlashTweet, le média digital qui nous donne chaque matin les 10 infos tech à ne pas rater («Le digital est un accélérateur de particules d’empowerment qui favorise la création de projet et booste l’entreprenariat ») et Olivier MATHIOT, Président The Camp et accessoirement de Rakuten , ex Prime Minister (« on a fait The Camp pour construire un futur désirable et choisi pour tous, plutôt que de le subir »).

S’il fallait faire un résumé de ces échange, je reprendrai les mots d’Olivier : «si tu manques de courage pour le faire, alors fais le sans courage » et « si tu te demandes pourquoi, dépêches toi de dire pourquoi pas ».

Donc il y avait du Level ?

Clou de la journée, l’intervention de Salwa TOKO, Présidente Conseil National du Numérique, qui expliquait la genèse de son engagement. Choquée par la faiblesse numérique des filles dans la tech et le numérique, selon elle véritable risque pour l’avenir de l’humanité, elle décide de monter un programme d’inclusion à leur intention : ce fut la première promo de Wifilles en 2014. Sa vision : transformer des adolescentes en ambassadrices du numérique. Salwa aurait tellement aimé participer à la révolution industrielle du 19° siècle pour la puissance des transformations sociales et économiques : on la vit maintenant, et l’enjeu du CNnum est de faire du numérique le plus grand moteur d’inclusion d’humains au monde.

La conclusion de la journée revint à Anne-Laure Navéos, Directrice Croissance Externe & Partenariats, chez ARKEA, le partenaire qui offrait la soirée de clôture, pour qui la mixité est un sujet important : les 10 000 salariés vont être formés aux stéréotypes de genre, sachant que 4 000 l’ont déjà été. Avec comme leitmotiv de toujours commencer d’une feuille blanche, et partir de ce qu’on sait et ce qu’on a envie de faire sans s’enfermer dans un poste.

Au-delà des interventions et des réflexions de cette journée, des échanges, des rencontres ou des retrouvailles, l’Université d’Eté était aussi le prélude au lancement du Livre Blanc « Mixité & performance numérique », avec le recueil, prévu dès septembre, des contributions des membres et partenaires, pour une remise officielle au Gouvernement fin 2018. C’est ainsi que le bureau des Digital Ladies & Allies , Nathalie OLLIER, Jean-Louis CARVES, Solenne BOCQUILLON-LE GOAZIOU, Marie COUDIE, Louisa RENOUX et Merete BULJO, a remercié l’assemblée, faisant monter sur scène les membres de l’association.

Pour ma part, Candide revendiqué, enthousiasmé par cette énergie positive et cette bienveillance, pleinement convaincu des discours positifs et volontaires sur le business, je suis heureux d’avoir participé à cette belle Université d’été des Digital Ladies. Je suis fier d’être un Allies. Et d’avoir modestement contribué à mettre de cet évènement en TT sur Twitter… Sur le chemin du retour, ravi d’avoir pu voir et revoir tant d’ami.e.s, d’avoir rencontré d’autres personnes et d’autres mondes, ayant partagé tant de jolis moments, de petits bonheurs et de grandes émotions, je repars encore plus convaincu devant tant de philanthropie et d’empathie, que sans humanité(s) la technologie n’est et ne sert à rien.