Normalité

Traduction de l’éditorial de Giovanni De Mauro, Directeur de Internazionale, p.3, Internazionale 1190, 3/2/2017

John Broich est un historien américain qui enseigne à la Case Western Reserve university, dans l’Ohio. Ses recherches sur les archives et sur les différents essais publiés ces dernières années l’ont amené à essayer de reconstruire de quelle façon la presse américaine a raconté l’arrivée du fascisme et du nazisme en Europe. Entre 1925 et 1932, au moins 150 articles parlant de Mussolini furent publiés dans les journaux américains. Durant cette période, le régime était déjà clairement violent et autoritaire, mais le ton des articles est neutre, voire positif. En 1928 le Saturday Evening Post publia l’autobiographie complète de Mussolini en épisodes. Les journaux expliquaient que les fascistes avaient sauvé l’Italie des extrémistes de gauche et avaient relancé l’économie. Le New York Times écrivit que le fascisme avait reconduit l’Italie, traditionnellement turbulente, à la «normalité». La façon dont la presse décrivit Mussolini eut une influence sur la manière de raconter l’arrivée au pouvoir de Adolf Hitler, défini par les journaux américains comme le «Mussolini allemand». Le leader nazi fut dépeint comme un personnage bizarre, qui hurlait de façon ridicule des phrases sans aucun sens. «Il fait penser à Charlie Chaplin» écrivit le Newsweek. «On dirait une blague», il est «volubile» et «incertain », écrivit Cosmopolitan. Quand il devint chancelier, en 1933, de nombreux commentateurs soutenaient qu’il n’aurait pas duré longtemps et que, une fois au pouvoir, il aurait usé de tons plus modérés. «Hitler est soutenu par des électeurs impressionnables», écrivit le Washington Post. Maintenant qu’il est au gouvernement, son inconsistance deviendra évidente à l’opinion publique allemande». A part quelques rares exceptions, à la fin des années trente presque tous les journalistes américains s’étaient rendu compte de leur erreur d’évaluation. Dorothy Thompson, qui en 1928 avait défini Hitler un homme d’une «insignifiance surprenante», admettait en 1935 que «aucun peuple ne reconnait à l’avance un dictateur», parce qu’« aux élections il ne se présente pas avec un programme dictatorial» et qu’«il se définit comme un instrument de la volonté nationale». Et elle ajoutait : «Quand un dictateur arrivera chez nous, il est certain que ce sera l’un d’entre nous, et il sera du côté de tout ce qui est traditionnellement américain».

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