Mon père, ce phare si beau

Mes racines poussent dans un imaginaire débordant. Si débordant qu’il me suit encore tous les jours, quand le casque vissé sur les oreilles, je m’imagine en héro, souvent ringard, parfois décisif. Cette réalité fabriquée je la dois à mon père, qui m’a donné le plus beau des cadeaux : les codes des songes. Ceux qui te font perdre tes kilos en trop pour te permettre de voler loin de tout. Loin de toi.

Je comprenais pas encore tout ce qui m’entourait, que mon paternel m’avait lui, bien compris. Alors il m’a donné les clés de son monde. Il m’a proposé un contrat de colocation à durée indéterminée dans son royaume. Des films, des jeux, des musiques, des conneries ; il m’a présenté et décrit tout ce qu’il connaissait pour qu’on s’amuse à plus qu’un. Et qu’est-ce qu’on a rit. Et qu’est-ce qu’on rit. Si ma courte vie a toujours été passionnée, c’est le fruit de sa donation. Parce qu’il ne m’a pas simplement laissé le terrain, il m’a aussi filé tous les outils nécessaires et les plans pour construire mes ambitions.

Alors quand mon père et moi on se balade dans notre royaume, je me sens comme un Padawan qui accompagne son Maitre Jedi. Car dans notre domaine imaginaire, on croise souvent les Avengers face à Voldemort, de temps à autre Legolas, qui défie un Predator. Mais parmi tous ces noms, n’en résonne qu’un seul : Papa.

Je me sens comme extirpé de ses entrailles. Je suis sa chair, il est mes sens. On a au fond de nous une sensibilité handicapante au quotidien, une force inversée qui interpelle. Cette dualité bipolaire qui rend nos automnes douloureux et nos étés fades. Sauf que que ce chemin on le parcourt à deux. Parce que si un mur se présente, je sais qu’on l’escaladera à deux. Il aura les mots, j’aurai la force. A nous deux on déplacera l’angle de vue, pour n’avoir plus qu’à enjamber cette cloison devenue muret. Je sais ce qu’il ne sait pas, il entend ce que je ne dis pas.

Quand je serai grand, je serai mon père. Ou alors je ne serai jamais un héro.

(Tout va très bien pour mon Papa. Mais comme je ne sais pas dire je t’aime, je préfère l’écrire de cette manière.)