Réflexions sur comment écrire un scénario.

Suite à mon papier précédent où j’évoquais que Robert Mckee ne me convenait pas (vous pouvez le lire ici). L’auteur Joann Sfar sur Twitter m’avait recommandé la lecture de l’anti-manuel des Cahiers du Cinéma, me disant que leur dossier allait dans mon sens.

J’avais envoyé aussi mon papier à Yves Lavandier, le célèbre auteur de La dramaturgie sur la page Facebook des Cahiers du Cinéma. S’en était suivi un échange passionné, chacun parlant avec conviction de son point de vue. Néanmoins, lors de notre échange je n’avais toujours pas lu ce fameux anti-manuel, dont Lavandier le trouve très dogmatique. Je reconnais qu’il n’a pas tort, j’ai ressenti aussi que ça faisait manuel quand même. Je vais reprendre quelques points de ce dossier et les affronter à ma vision personnelle des choses sur l’écriture et les manuels célèbres.

J’avoue que j’ai pas tout vu les films de cités dans l’anti-manuel.

C’est la première fois de ma vie que j’achète les Cahiers du Cinéma. J’avoue que j’ai malgré tout apprécié la lecture de leur anti-manuel. Cela m’a donné la sensation de boire de l’eau fraîche. Mais je savais que Les Cahiers du Cinéma était très réputé pour le côté “intello” — si je peux dire ça comme ça — sur les films et le cinéma en général. Leurs références filmographiques pour leur anti-manuel m’a rendu quand même tout bête, car ils parlent de la plupart de films que je n’ai pas vu ou que j’ignorais totalement l’existence. J’ai que 30 ans j’ai pas eu le temps de tout voir encore !

L’éthique de mon point de vue

Je pars d’un principe très simple: ce que je lis j’y réfléchis, ce qui est dit je l’expérimente pour vérifier les dires et j’en tire des conclusions. C’est par l’expérience de la méthode de Robert Mckee et d’Yves Lavandier que je peux affirmer qu’elles ne me conviennent pas. Certes c’est subjectif, ce qui ne me convient pas peut très bien convenir à d’autres. Mais si une méthode fait souffrir ma créativité, la met sous corset et l’empêche de respirer, pourquoi continuerai-je à utiliser ce qui me fait souffrir? C’est inutile, la clef est de trouver la méthode, je dirai le processus plutôt qui me rend heureux à la création et à l’écriture. Le constructiontivisme me pose des soucis. J’y reviendrai.

Selon l’anti-manuel, il n’y a pas de règles pour écrire un scénario.

Car selon les Cahiers: “les règles encadrent et appauvrissent l’imagination, ils ne cherchent qu’à produire du normal, du connu. Un scénario doit au contraire créer de l’inconnu”. Je suis d’accord avec eux jusqu’à un certain point. Certes, j’ai beau être un partisan et pratiquant du surréalisme, j’ai beau adoré une filmographie comme celle de Jodorowsky, on voit clairement qu’il n’y a pas de règles classiques de construction, c’est que de l’imagination. Je crois pas que les règles auraient pu pondre des chefs d’oeuvres comme La montagne Sacrée ou Santa Sangre et plus récemment, la Danza de la Realidad. Je trouve aussi qu’écrire selon du vraisemblable avec la suite logique des événements donnent du normal, du banal. Certains films sont comme ça, et je m’y emmerde profondément à leur vision. J’aime pas le cinéma réaliste pur et dur. Pas mal de pellicules de Christopher Nolan me déplaîsent fortement à cause de cet éthique. J’aime voir de l’illogique, de l’irréaliste, du magique, du cinéma qui plonge dans le subconscient. Bref, du cinéma invraisemblable mais où on y croit. Cependant, il est impossible de créer de l’inconnu, on crée selon ce que l’on connaît. Cela peut être la connaissance d’un rêve qui nous a marqué, où les images nous hantent et on veut les restituer sur un écran. Cela peut être des traumatismes que l’on veut recréer en guise de thérapie, dans ce cas-là, ça devient de l’art-thérapeutique. Cela peut être un amour qui nous manque. Peu importe, le conseil est toujours d’actualité: “Parler de ce que vous connaissez mais dites toujours la vérité”.

L’anti-manuel et sa vision des idées.

Les Cahiers disent que le scénario ne sert pas seulement à raconter une histoire mais à créer une pensée. Pour eux, un film est le déroulement d’une pensée. Que le scénario n’est pas que le drama, le mot action, et que le scénario a été crée par des comptables. J’ai fait comptabilité au lycée et à la faculté d’économie et de droit, mes professeurs ne m’ont jamais parlé comment écrire un scénario. Je leur en veux !

Les Cahiers disent qu’il faut faire confiance à son idée initiale et que le scénario parle de toute les possibilités de cette dernière en développant ou non des hypothèses. L’idée initiale est plus importante que le pitch.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec eux. L’idée initiale n’est qu’un point de départ, pas forcément l’idée qui nous hante. Disons que je trouve que l’idée initiale est ce qui me permet de me lancer dans l’écriture et je me laisse porter. En cours de route je peux découvrir la véritable idée initiale qui était cachée dans mes tripes. Je vais parler de mes écrits. Ici j’exposais que j’avais écrit un long-métrage et un roman ayant pour thème central la circoncision. Pour le roman, mon idée de base était: “Que se passerait-il si un enfant avait été raté de sa circoncision?” C’était mon idée initiale. Mais en cours d’écriture, j’ai réalisé que ma véritable idée initiale était: “Que se passerait-il si on guérissait un raté de la circoncision?

Ensuite, on a le drama dans ses tripes, en soi. Quand on se lance dans l’écriture en se vidant totalement sans savoir où on va on a forcément l’histoire qui jaillit d’elle-même et même les intrigues !

L’anti-manuel et sa vision du conflit d’un récit et du thème.

Les Cahiers disent qu’un film est un problème vivant, que l’auteur a quelque chose à dire, qu’il n’y a pas de conflit central.

Soyons sérieux, si “on parle de ce que l’on connaît en disant la vérité”, il est clair que c’est très important pour nous, et qu’on n’a pas forcément qu’une seule chose à dire. Cela englobe plusieurs choses et ça dépend des cas. Cependant, je suis d’accord avec pas mal de manuels dont le Lavandier, il est important de savoir quel est ce quelque chose à dire en principal. Mais à mes yeux, le reste se greffe par-dessus. J’ai eu beaucoup de choses à dire sur la circoncision elle-même mais j’ai eu aussi beaucoup de choses à dire sur les médecins qui la pratiquent, beaucoup de choses à dire sur les conséquences d’un tel acte et des idées que l’on s’en fait ! Mais tout ça, j’y réfléchis une fois que j’ai terminé mon premier jet, mon “brouillon” de l’histoire. Tout comme quand j’ai fini je réfléchis au pourquoi? Pourquoi ai-je passé tout ce temps là-dessus? Pourquoi est-ce si important pour moi? C’est seulement quand j’ai mis mon intellect, mon affect, mes tripes, mon coeur et mes couilles sur la page blanche, que j’ai les éléments qui me permettent d’y voir plus clair et commencer à obtenir des prémisses à mes réponses.

Jouer sur les mots entre problème et conflit central, je ne suis pas convaincu. L’art quelqu’il soit a pour le dynamisme le conflit. Le conflit naît d’un sujet de discorde. Si j’avais pas du conflit entre mon subjectif et l’objectif, entre les considérations du monde et les miennes, je vois pas comment je peux écrire ne serait-ce qu’un papier. Les Cahiers aussi ont du conflit pour écrire ce dossier anti-manuel. Bref, sans conflits de connaissances, pas de création intéressante.

L’anti-manuel sur sa vision du scénario visuel, la structure, les genres, le Star System et les personnages.

J’ai du mal avec ce terme “scénario visuel” j’ai pas réussi à comprendre l’idée derrière. Concernant la structure, cette très chère structure, je trouve dommage qu’il ne cite que Truby et Syd Field. Et Robert Mckee? L’anti-manuel aurait été pertinent en parlant de la structure selon Mckee. J’ai quand même trouvé intéressant leurs articles dessus. Je ne suis pas forcément contre les structures selon les gourous du scénario.

J’ai apprécié l’idée du mélange des genres, de tons. Je suis d’accord avec eux, les genres peuvent se mélanger entre eux sans soucis.

Pourquoi aussi dire que le Star System n’existe plus de nos jours? Et les films Expendables c’est quoi alors?

L’anti-manuel sur les personnages ne m’a pas trop convaincu. Ils ne sont pas des types, des stéréotypes, des archétypes. Cela dépend de ce que l’on a dans les tripes. Faut-il caractériser son personnage? Les comprendre, les cernés? Notre compassion? Je pense que les personnages que l’ont crée sont comme des facettes de nous-même. Je suis un peu tous les personnages que je crée, ils agissent différemment de moi, forcément, mais je peux me retrouver quelque part en eux. Et ça, ça jaillit de ce que l’on a dire, de ce que l’on connaît. Du coup, ayant son “âme” partout dans son oeuvre, il y a des chances que d’autres arrivent à les comprendre, les cernés et même, avoir de la compassion, qui sait?

Ma vision du comment écrire un scénario !

Je reviens à la base.

Quand je lis les manuels de Robert Mckee, Truby, Yves Lavandier, Syd Field, Linda Seger, Jean-Marie Roth et même Michel Chion, tous ses livres n’ont qu’une seule volonté: écrire la meilleure histoire possible pour qu’un film ait le potentiel d’être le meilleur possible. C’est la course au meilleur, c’est le combat de celui qui a la meilleure structure, la meilleure méthode, la meilleure dialectique. Il y a une véritable standardisation du meilleur. Une vraie conformité même. “Faites ceci, faites cela” tous veulent que l’on ponde des chefs d’oeuvres absolu, éternel, des classiques instantanés dont on parlera encore dans l’histoire du cinéma. Cet anti-manuel, c’est ça aussi, on offre des pistes, des réflexions pour que l’audacieux qui décide de ne pas suivre les gourous accouche d’une oeuvre qui apporte du sang frais, qui apporte son lot de nouveautés, qui soit loin de toute cette standardisation. J’ai l’impression que l’anti-manuel, c’est un peu le dossier écrit par des blazés d’avoir vu trop de films, qui comprennent tout du scénario, de la mise en scène, du montage sans en faire. Une volonté de journalistes et de critiques qui disent aux lecteurs pour les créateurs: “S’il-vous-plaît trouvez autre chose ! Pitié on n’en peut plus

Tout ça est fort compréhensible, louable, honorable et les livres sur le sujet sont remarquables mais il y a une chose que ces livres manquent et que j’aurai toujours aimé avoir: une aide pratique et soutenue pour transmettre au mieux mes pensées dans la matière.

Yves Lavandier pourrait me dire: “Je le fais avec mes livres, Anthony.” Oui d’accord mais je vais recentrer la chose sur du plus pratique, plus concret. Ces livres sont des professeurs, des guides. Quand on n’a pas les moyens de se payer le séminaire Mckee, Truby, ou les services d’un script doctor, le livre d’écriture est canonique. On doit pouvoir se baser sur lui pour partir à l’aventure de l’écriture. Bien sûr, il y a les méthodes pour qu’on puisse traduire au mieux notre pensée comme Yves Lavandier le propose. La méthode de Mckee va dans ce sens aussi. Pour citer qu’eux. Mais j’ai dû faire toute la traversée tout seul dans mon coin et vu le niveau d’exigeance de ses livres je n’ai jamais su si je faisais bien ou mal, de la merde ou du potentiel. Si je savais écrire je n’aurai jamais acheté ses livres. Et comme on m’offre une méthode, je l’essaye, mais comme c’était la première fois que j’écrivais un scénario et que j’étais tout seul, j’aurai aimé quand même une trousse à outils dans la méthode pratique qui soit stimulante, qui me donne envie de poursuivre, pas quand j’ai fini. En bref, que le gourou se mette à la place de celui totalement ignare qui écrit pour la toute première fois un scénario et qui lui offre les moyens d’éviter les pièges du débutant et de le féliciter si il n’est pas tombé dedans et si c’est le cas, le sauver ! Si j’adhère à une idéologie, et que je tente la pratique, je suis un enfant qui ne sait pas ce qu’il doit faire ou ne pas faire. Les autopsies clinique dans la théorie, où on te dit ça: ça va, ça: ça va pas. D’accord. Mais c’est basé sur d’oeuvres finies et non pas par ce qui est en cours de création ! En d’autres termes, on se forme tout seul, on expérimente tout seul les méthodes dans son coin, et quand on envoie ses oeuvres à des producteurs ou des chaînes de télés, la réponse est souvent négative sans qu’on nous explique pourquoi. On poursuit, parfois on se paye des séminaires théoriques et non pas pratique ou alors on vous force à prendre des script-doctors qui vont tout faire pour nous aider et là, à ce moment-là, on découvre nos erreurs car on a ENFIN le mentor avec nous.

Ces méthodes, qui d’après mon expérience d’enfant, a détesté en bloc car il ne s’est pas amusé, n’a pas pris de plaisir à créer. Il a fait ses devoirs comme un grand et certains sont gentil avec lui, on lui dit que ce qu’il a écrit est bien, et d’autres sont plus réservés. Ces méthodes sont valables que pour ceux qui y arrivent. Comme l’enfant que je suis est un abandonné de l’écriture, il a développé d’autres méthodes, lu d’autres livres sur le sujet et il a trouvé le moyen de se faire plaisir à créer. Il a réfléchi à tout ça, il a ses idées sur le sujet. Certains professeurs (: des auteurs reconnus et célèbres) exposent alors leur façon de faire, différente, et vu son expérience, l’enfant y adhère, essaye et là il s’amuse. C’est ce que je vais vous proposer.

Le dynamisme créateur.

D’un côté, il y a le monde de la pensée, de l’abstrait. Dans ce monde, il y a les idées, les considérations, les concepts, l’imagination, les réflexions, le mental, les connaissances. C’est le monde de la pensée logique, basé sur les événements extérieurs. Ici, je résume par le mot: Philosophie.

De l’autre côté, il y a le monde de la matière, du concret, de la forme, du monde objectif.

Quand la philosophie s’exprime dans la matière, c’est l’art.

Or, quand la philosophie s’est exprimée dans la matière, il y a immédiatement un retour, de la matière à notre pensée logique. Une sensiblité aigüe. Il y a un conflit entre le résultat de la première expression de la philosophie dans la matière et ce que la philosophie dans son monde abstrait veut exprimer. Autrement dit, entre ce que vous avez exprimé dans le concret et ce que vous voulez exprimer. Cet aller-retour entre nos idées dans la matière et nos idées en dehors de la matière, ce conflit, est ce que j’appelle le dynamisme créateur.

Le dynamisme créateur que j’ai, est en conflit avec les méthodes des gourous.

C’est une question de sensibilité, de votre tempérament. Le dynamisme créateur est comme il est à chacun. Certains préfèrent créer selon les directives de Mckee, Truby, Field ou Lavandier. Autrement dit, ils préfèrent établir, planifier, construire tout en sacrifiant peu de matière, puis ensuite se lancer dans l’incarnation de leur philosophie dans cette dernière.

D’autres, préfèrent vider tout d’un coup dans la matière sans se soucier du résultat ou de quoi ce soit. Cela est très amusant, et ça les tient en haleine, car ça leur plaît. Une fois fini, ils ont le retour sensible de l’incarnation de leur philosophie dans la matière et réfléchissent à tout ceci, et ils agissent de nouveau dans la matière.

Tout le monde fait ça, la seule différence est de savoir ce qui est le plus plaisant à votre pensée abstraite, et selon votre sensibilité.

Comment écrire un scénario?

En fait, je trouve que c’est une question piège. La vraie question me semble être: “Sous quelle forme matérielle voulez-vous exprimer votre philosophie?” La forme filmique, théâtrale, en bande dessinée, en roman, en peinture, sculpture, musciale?

Le conflit entre le fond et la forme.

C’est important d’apprendre les techniques des différents arts. Le principe du montage doit être parfaitement compris pour pouvoir écrire un film pour le cinéma. La forme du théâtre, implique une écriture différente. La bande dessinée a une forme différente du cinéma. Si le cinéma est l’art de deux images juxtaposées l’une sur l’autre et faisant/créant du sens, la bande dessinée est l’art de deux dessins juxtaposées l’un à côté de l’autre. Le sens aussi devient différent. Le dessin, la peinture ont aussi leur technique propre. Tout ça est pour moi la technique qui fait la forme. Ce que vous voulez dire (le fond) va être en conflit avec la forme. Par exemple, pour le cinéma, vous pourriez très bien dire que lors d’une révolte d’ouvriers, ces derniers meurent comme un taureau dans un abattoir. Vous n’avez peut-être pas forcément besoin des outils de la dramaturgie pour écrire la scène, vous pouvez le faire grâce au montage comme ceci:

— Des ouvriers qui courent de gauche à droite sur des policiers armés.

— Un taureau à gauche qui a sa tête regardant à sa droite, levant la tête.

— Une main avec un couteau de boucher descend de manière vive, de droite à gauche.

— Une grande masse d’ouvriers tombe au sol.

Où est la dramaturgie classique ici? C’est juste quelques phrases où l’agencement de lecture de haut en bas, est utile pour comprendre le procédé filmique d’une image par-dessus l’autre. En quoi écrire ça n’est-il pas utile pour ce que l’on pourrait mettre dans un “scénario”?

Bien sûr, j’aurai pu faire des croquis au lieu de mettre des mots, et j’aurai pu faire un croquis de chaque phrase sur une feuille, puis les scanner, utiliser un logiciel de montage, les mettre bout à bout et ma vidéo finale est un brouillon de film. J’appellerai ça moi un “scénario visuel”

Dans le cadre de la dramaturgie.

La norme est qu’un scénario est une histoire qui sera filmée. On préfère montrer plutôt que dire. Je ne suis on ne peut plus d’accord avec cette règle d’or. D’ailleurs, je trouve qu’il y a beaucoup trop de films qui racontent les choses au lieu de les montrer. Entre un type qui raconte à son ami sur un canapé sa nuit dans un bar avec des travestis, des chiens clowns et des nains sado-maso et montrer le gars en question dans un bar avec des travestis, des chiens clowns et des nains sado-maso mon choix est vite fait ! Je veux voir ça !!

La dramaturgie étant avant tout un ensemble de techniques et d’outils pour écrire (au mieux) une histoire. Mais là aussi, le principe du dynamisme créateur reste: entre ce que l’on veut dire et ce que l’on a crée sur le papier ou le traitement de texte. Il y a un conflit entre le fond et la forme. D’ailleurs, l’histoire en question, elle peut être pour le théâtre ou la bande dessinée ! On peut très bien raconter une histoire dans une peinture ! Là aussi, il y a du conflit et des désaccords.

S’ouvrir les veines et laisser couler.

Entre l’idée (initiale) qui m’apparaît dans le monde abstrait de mon mental et son incarnation finale dans la matière, j’ai déjà mentionné que j’avais détesté planifier, construire etc. mon intrigue, mon histoire avant le résultat final. Je préfère m’ouvrir les veines et me lancer sans filet, et écrire tous les jours, jusqu’à temps que j’arrive à la fin de la destination. Pas de fabrication artificielle, je balance tout ce que j’ai en m’assoyant tous les jours à mon bureau. J’aime cette façon de faire, car ne sachant pas où je vais, je découvre mon histoire, mes personnages dont j’ignore tout d’eux, leurs environnements, leurs voyages, leurs pensées et tout se révèle au fur et à mesure que j’écris. Je suis surpris par ce que je découvre, j’ai aussi des moments où je trouve que ce que j’écris est nul mais je continue d’écrire tous les jours sans relâche jusqu’à la fin de toutes mes découvertes, et jusqu’à la fin que mes personnages veulent que ce soit. Je ne me soucie nullement du résultat final, ni de ce que l’on va penser, rien de tout ça. Je m’asseois, et j’écris. C’est un immense pied pour moi.

Pour moi, ce premier jet, ce brouillon d’histoire, est la matière première de la forme dramaturgique.

Je veux dire par là, comme je l’ai déjà mentionné bien plus haut dans ce long papier, qu’une fois fini, je peux réfléchir à tout ceci et laisser l’oeuvre dans son coin. Réfléchir à mes personnages, au sens, au pourquoi j’ai écrit ça, à tout. De plus, dans cette façon de faire, je peux remarquer quel type de structure j’avais dans les tripes. Par exemple, j’ai parfois une structure qui ressemble au paradigme de Syd Field, parfois ça ressemble au monomythe de Joseph Campbell, ou du Truby, et d’autres fois, c’est une simple structure comme le mentionne Yves Lavandier. C’est pour ça que je disais que je n’avais rien contre leur structure, car elle dépend de ce que j’ai découvert. Après je peux à loisir ou non étudier les théoriciens, selon leurs réflexions, leurs théories, réécrire selon ce qui ressemble le plus à ce que j’ai. Mais je me réserve le droit de ne pas le faire. Il est où le problème? Cela dépend de ce que l’on veut dire n’est-ce pas?

Pourquoi je considère que se mettre à la place des personnages selon Robert Mckee est une connerie anti-créatrice pour un auteur.

Tout le monde est d’accord, une histoire dans un scénario n’est jamais fixe. Se mettre à la place d’un personnage qu’un auteur a crée pour son histoire n’est valable que pour un acteur. Cependant, je vais être plus nuancé. Quand je relis mon brouillon d’histoire, et que je trouve le dialogue pas terrible, je suis libre de me dire: “Attends une minute, un personne dans sa situation ne parlerait pas comme ça. Si j’étais lui je dirai plutôt ça comme ça” Pour un côté meilleur réécriture des dialogues. Mais quand j’apporte un scénario à un acteur, je préfère que lui se mette à la place du personnage, c’est son art d’acteur de partir de la matière et de réveiller sa philosophie interne pour jouer le rôle dans la matière qu’est son corps (avec les accessoires et costumes) et ça part d’un dialogue sur le rôle entre l’auteur, le réalisateur et l’acteur. Comme ce n’est pas fixe, si au cours d’un tournage, un acteur a parfaitement compris et acquis les arguments de Robert Mckee et qu’il agit en conséquence, je serai plus apte à l’accepter, car ça deviendrait une réécriture vivante de l’histoire. Sauf que Mckee, en basant sa dialectique sur Stanislavski, place sa méthode d’écrire une histoire dans la forme théâtrale ! Et pour le cinéma, à cause du principe du montage, ça change toute la donne pour le jeu d’acteur, car il y a un conflit entre l’art théâtral et l’art cinématographique. Du coup toute la dramaturgie, l’histoire en conséquence !

“Voyons sans parti pris si le succès mérité des bons films tenait effectivement à une bonne compréhension de ce qu’est le cinéma et à une méthode correcte de mise en scène. Bien sûr que non ! À quoi étions-nous parvenus dans ce type de films ? 1) Les acteurs jouent bien, mais il s’agit là d’art dramatique ! 2) L’artiste peintre a exécuté un superbe décor, mais il s’agit là d’art plastique ! 3) L’opérateur a bien filmé, mais il s’agit là du talent de l’opérateur-photographe ! 4) Enfin, l’histoire est passionnante, mais il s’agit là d’art littéraire. Où est donc l’art du cinéma?” Lev Koulechov dans L’Art du cinéma et autres écrits.

C’est dire à quel point l’art a pour dynamique le conflit !

En conclusion (provisoire)

L’anti-manuel des Cahiers du Cinéma est intéressant et doit être lu. Mais pour ma part, j’aime ma liberté créatrice et découvrir tout une fois le premier jet de fini. Rien n’est fixe et immuable dans la création, dans l’art en général, et ma propre façon de faire me permet d’être modulable et flexible. Mon expérience et mon tempérament m’ont fait conclure mes pensées que je partage avec vous. Je préfère la formule pratique— théorie — pratique que la formule théorie — pratique — théorie. Si vous voyez ce que je veux dire.

Ce n’est pas parce que je n’adhère pas aux méthodes des gourous que les théoriciens sont mauvais. Ils restent que leur travaux sont remarquables, fascinants, passionnants et qu’ils ont nourris mes réflexions sur le sujet et que je peux les utiliser si ça me chante. Mais la différence qu’il y a, c’est que moi si je ne ponds pas un chef d’oeuvre selon leurs critères, je m’en fous pas mal !

Le principal pour moi, c’est de garder mon amusement à créer et ensuite de faire de mon mieux pour que ma philosophie soit traduite de la meilleure façon possible dans la matière, selon les limites de mes capacités. Et puis si il y a des choses intéressantes ou nouvelles dans une oeuvre, les gourous et autres théoriciens feront bien leur boulot pour l’archiver et y méditer !

Anthony

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