Pourquoi Mastodon cartonne chez les Frenchies

Tout le monde en parle. Bon, pas tout le monde, OK, mais pas mal de monde, en fait. Depuis quelques jours, les journaux spécialisés dans le numérique et les réseaux sociaux publient des articles qui vantent les mérites de Mastodon, ce réseau social qui semble vouloir faire de l’ombre à Twitter. Même France Info en a parlé.

Il y a quelques mois, j’ai vu apparaître sur Hacker News un post du créateur de Mastodon. Il nous invitait à tester et rejoindre le petit réseau social qui, selon lui, avait les armes pour offrir une alternative crédible à Twitter.

C’est ce que j’ai fait. Mais à l’époque, pas d’appli Android digne de ce nom, peu de monde sur les serveurs… Ca me faisait penser à Twitter à ses débuts, avec une timeline mondiale qui défilait, mais personne que je connaisse. Après deux ou trois toots, j’ai oublié, en me disant que ce service web finirait par avoir la même destinée que App.net.

Mais ces derniers jours, voyant que la hype prenait forme en France, j’ai décidé de m’y remettre. Et mine de rien, il y a de plus en plus de monde, les applis Android (et iOS) sont utilisables, et la communauté semble ouverte, conviviale et désireuse d’aider ceux qui débutent.

Ce qui (me) frappe, surtout, c’est la très forte présence francophone. Du coup, je me suis demandé pourquoi ça nous plaisait bien, à nous, les frenchies. Et j’ai quelques hypothèses :

C’est décentralisé

Ben oui, et en France, on aime bien ça. Pensez donc, 36000 communes, 96 départements, et il n’y a pas si longtemps, 22 régions.

Concrètement, en vous inscrivant sur Mastodon, vous devez avant tout choisir une instance (un hébergeur, si vous préférez), à la manière d’un email : ainsi, votre pseudo n’est pas juste MoskitoHero, mais MoskitoHero@mastodon.social, si tant est que vous ayez choisi cette instance pour vous acueillir.

Ca en défrise plus d’un, qui sont habitués à avoir un pseudo simple, mais finalement, il en va de même pour les emails, et ça ne gêne personne. Il y a quand même quelques incohérences, parce que dans l’appli web, seule la première partie (le pseudo) apparait dans les mentions, ce qui prête un peu à confusion. Espérons que cela se résolve dans les versions à venir.

Les différentes instances ont déjà leurs domaines de prédilection. Prenez le temps de lire la partie “À Propos” avant de vous inscrire. Mais on va pouvoir se réunir en “pour” et en “contre”, en “comme-ci” et en “comme-ça”, enorgueillir et critiquer les autres !!!

C’est pas franchouillard, tout ça ?

C’est le bordel

J’avoue que c’est le bordel. Mais on adore. Y’en a partout, des instances en veux-tu en voilà, des pseudos débiles et des bots qui permettent de jouer à Motus. Mais c’est un joyeux bordel. Un bordel qui fait penser à une certaine vision de la vie, libre et insoumise. Insouciante.

Vous êtes déjà allés à l’étranger, et puis vous avez vu un groupe de gens en train de manger un sauciflard sur une glacière avec un verre de Ricard ? C’est pareil. Le même effet.

Un réseau décentralisé, c’est l’occasion de marquer notre appartenance à un groupe, et surtout notre non-appartenance à une entreprise, Américaine qui plus est. L’occasion de construire un petit village qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. De Gaulle, Charlemagne et Astérix seraient sur Mastodon.

Je vous sers un deuxième jambon-beurre ?

On peut écrire. Des phrases. Longues.

Twitter convient bien à l’anglais qui est une langue flexible, facile à nominaliser/verbaliser/adverbialiser/adjectiver comme qui veut et permet un style dépouillé et lapidaire. Le français est tout sauf économe en mots. C’est un prof d’anglais qui vous parle.

Et puis, nous autres, on aime bien débattre. Pas juste informer. Echanger, construire des argumentations. Alors, 500 caractères au lieu de 140, c’est toujours un peu radin, mais c’est tellement plus acceptable. Même si les conversations actuellement tenues sur ce réseau tiennent encore davantage des dialogues de la saison 1 des Bisounours que des joutes verbales auxquelles ont est habitués sur Twitter, on est en droit de penser que cette extension du droit à la parole saura être salutaire quand un pauvre Tweet ne permet de développer que le strict minimum.

On va pouvoir faire des remakes du Droit de Réponse ! Et il y a les élections bientôt !

Ça sent pas bon la charentaise, ça ?

Bon, demain, je vous explique pourquoi Hi5, c’est très Ukrainien comme concept.