Free the Boobs : la dictature du soutien-gorge !

Fifa
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Apr 2, 2017 · 10 min read

Quand j’étais pré-pubère, le soutien-gorge représentait à mes yeux le trophée de la femme adulte. C’est ce machin qui décidait de qui était une grande fille et de qui ne l’était. Le soutien-gorge est le pont entre l’enfant et la femme. La féminité, aux yeux d’une jeune pubère, a l’air d’une secte qu’on ne rejoint que munies du soutien-gorge et des tampons. En ce moment-là, personne ne me disait qu’il y avait un rite mensuel fait de globules rouges. Si j’avais su, j’aurais été moins pressée…

J’étais génétiquement partie pour avoir de petits seins : pas très riquiqui, pas très grands mais quand même très beaux…Ennuyée de n’avoir pas grand chose à mettre dans le soutien-gorge, j’étais néanmoins heureuse de découvrir chaque matin que ma poitrine avait plus de chair.

Les autres, déjà femmes et nubiles, nous vantaient les vertus “mythiques” du soutien-gorge:

  • C’est un élixir de longue vie pour les seins
  • Quand on porte pas de soutien-gorge, les seins tombent. Ils deviennent flasques et indésirables.
  • Ne pas porter un soutien-gorge, c’est de la provocation.
  • Ça fait garçon, une fille sans soutien-gorge
  • En plus, sans soutien-gorge, tu ne peux pas porter des décolletés.
  • Les soutiens-gorge, c’est sexy.
  • Ça te donne de gros seins quand tu en portes
  • Les soutiens-gorge sont le prélude des préliminaires. Tu vois, comme dans les films et les Harlequins
  • Tu veux montrer tes seins aux garçons ? Ils vont te prendre pour une pvte.
  • On doit porter un soutien-gorge. Sinon, les garçons ne nous respecteront pas.
  • Qui va vouloir toucher un truc que le peuple a déjà vu ? Mets ton soutien-gorge, jeune fille !

Mes copines et moi nous amusions à soupeser nos seins. C’était à qui serait la première à avoir un vrai soutien-gorge. Mon premier soutien-gorge était une brassière que je portais fièrement sous mon uniforme de collégienne précoce. Puis, un jour, je l’ai enfin eu…

Un vrai soutien-gorge avec de vraies agrafes et de vraies brettelles. Yes ! Yes ! Yes !

Aujourd’hui, enlever mon soutien-gorge est l’activité la plus soulageante que je fais dans une journée normale.


Je déteste porter des soutiens-gorge.

Ça me serre. Ça me comprime la poitrine. Ça donne chaud. J’ai parfois du mal à respirer avec. Et puis, c’est pas pratique, si on veut aller vite. Donc, souvent, je l’enlève pour me sentir mieux. Un tour aux toilettes, ou un rapide tour de prestidigitation et hop ! Libérés ! Délivrés.

Mais depuis quelques jours, je ne m’embarrasse plus de soutifs. Je n’en porte juste plus en sortant de chez moi. Et c’est un plaisir de les sentir bouger sous mon vêtement.

Le hic, c’est que j’ai droit à des remarques désobligeantes. Il y a toujours un zozo pour me faire remarquer que je n’ai pas mes chaînes publiques. Parce que oui, c’est ce qu’elles sont devenues à mes yeux : Les chaînes de la femme en dehors du foyer.


La place de la femme est à la maison.

Cet axiome débile a longtemps organisé la vie sociale, politique et économique de notre civilisation. L’espace public est réservé aux hommes. Tout est fait pour qu’ils ne soient pas “dérangés” dans l’exercice de leurs “hautes fonctions sociales”. Les femmes, ça ne sort pas de la cuisine, du salon et du lit. Le monde des femmes tourne autour des hommes. Tout ce qu’elles font est vu sous ce prisme. C’est débile et faux, on se l’accorde.

Les filles, dites-moi, combien parmi vous n’ont pas l’impression que leur vie dehors est tout autant policée que leur vie dedans ? Nos chers ange-gardiens sont partout…Dieu bénisse l’ubiquité !

  • Attends Fifa, tu n’as rien porté en bas ?
  • Euh..quand tu dis en bas, tu veux dire en bas…ou juste en bas ?
  • Fais pas ta coquine, je parle juste de ton soutien-gorge
  • Ah ouais, ce truc. Je ne voulais pas en mettre.
  • Mais, tu as conscience que tes seins dandinent lascivement dans ton habit ?
  • Oui, et ?
  • Tu sais que tes tétons pointent trop souvent ?
  • Oui…et…?
  • Si c’est pour que je te pécho…
  • Lol non…c’est juste parce que ça me comprime.
  • Hum…si tu le dis.

Voici le genre de conversation classique que j’ai dans une journée sans soutif. C’est loin d’être aussi épicé dans la réalité. En vrai, vous aurez droit à des agressifs : “ Mais pourquoi tu mets pas de soutifs” “tes tétons pointent” “tes seins vont tomber”; à des regards pervers, des effleurements suspects et à des ricanements absurdes.

Porter un soutien-gorge est une obligation muette

…une injonction télépathique de notre société moderne. C’est une dictature douce mais implacable, où les avertissements sont faits de remarques désagréables et déplacés, et la sanction est faite d’une dévalorisation du sujet. Un critère essentiel de respectabilité manque : Machine défectueuse. Ceci n’est pas une vraie femme. Hashtag Pvte. Hashtag Fille facile. Alerte chaudasse. Sale pvte, va !

Pourquoi une femme sans soutien-gorge gêne ? Les tétons, partagés de part et d’autre des deux genres, sont-ils des organes génitaux pour être plus sexualisés que le sexe lui-même ?

L’hypersexualisation du corps de la femme, je n’en parlerai pas. 3 minutes à la télévision, 04 minutes dans la mauvaise discussion, 05 autres dans la rue, que dis-je, toute leur vie, les femmes vivent une sexualisation “dépossessive” de leur propre corps. Je ne m’agripperai pas au rôle alimentaire du téton pour relever l’absurdité de sa phobie.

  • La victime a été violée
  • Qu’est-ce qu’elle avait porté ?
  • Une mini-jupe et un tee-shirt rouge.
  • A-t-elle mis un soutien-gorge ?
  • Non, patron.
  • Ah, vous vouliez dire qu’elle s’est fait violer.
  • Mais, patron…
  • Affaire classée. Virez-moi moi cette pvte !

J’exagère à peine. Il y a des milliers de témoignages de filles qui ont arrêté de porter des soutiens-gorge et le vivent un peu trop bien. Peu me chaut aussi de vous parler des bienfaits sanitaires mythiques du soutien-gorge. Je suis une partisane du “Cerca trova 3.0” aka Google it !

Je ne veux pas non plus me lancer dans une réflexion très enflammée pour expliquer les raisons patriarcales de la dictature du soutien-gorge. Je ne vous dirai pas les que les femmes sont des choses, je le dis suffisamment ici et je me défoule très bien ici.

La culture populaire, les médias, la bigoterie, le patriarcat, la phallocatrie, les arts et le monde de la publicité, les préjugés et la misogynie, pour ne citer que ces causes, maintiendront cette dictature aussi longtemps que nous ne réfléchirons pas à l’insurrection.

Free the boobs !

Une seconde.

Les filles, je ne vous demande pas de brûler vos soutiens-gorge. Je ne vous demande pas non plus de vous soumettre à ce poncif de plus.

On m’a souvent demandé comment une société pas oppressive pour les femmes pourrait exister. Ma réponse est que chaque femme détient en elle les moyens de s’ôter les chaînes de la tête.

Mesdames, vous êtes libres.

Vous êtes libres de mettre le soutif ou de ne pas le mettre. Saviez-vous que votre corps vous appartient ?

  • Pourquoi tu n’as pas mis de soutien-gorge ?
  • Bah…parce que je n’ai pas de compte à te rendre sur ce que je porte ou ne porte pas.

Ce n’est pas aussi simple mais c’est un bon début. J’ai remarqué qu’à chaque fois que je me sentais mal dans ma peau, qu’à chaque fois qu’on me rappelait les limites que je ne suis pas censée dépasser : j’avais le choix de dire non. J’ai la capacité et le droit de me foutre de ce qu’on pense de moi. De ce qu’on dira. J’ai le droit de faire ce qui me rend confortable. Et vous aussi.

Nous, les femmes, on nous a trop bien éduquées à vivre pour rendre les autres confortables. Nous sommes des animaux en cage. C’est cru, oui, mais c’est la vérité. Pensez au nombre de fois dans une journée où vous prenez des décisions automatiques, basées sur l’idée qu’on se fera de vous. Vous vous restreignez. Vous restez à la place où on vous a dit de rester.

  • Toi, femme, tu bouges pas de là sinon je t’appelle pvte.
  • Toi, si tu portes ça, ils vont te violer.
  • Toi, si tu mets pas de soutifs, c’est pour que je te drague.
  • Toi, tu veux pas te marier.
  • Toi, tu finiras avec un chat parce que tu ne mets pas de soutien-gorge et que tes tétons pointent. En plus, tu as l’audace d’écrire un article pour demander à tes consoeurs de ne pas en mettre. Pouah ! Ces filles d’aujourd’hui. Féministe, va !

Votre valeur ne dépend pas d’un soutien-gorge. CQFD.

Imaginez un monde où chaque femme se fout de l’avis qu’on peut avoir d’elle, un monde où chacun vit sa vie sans s’occuper de ce qui ne le regarde pas…Moi, quand je me couche le soir, j’imagine un monde comme ça et je me dis : trooop coool. Faut que je commence par ma vie.

Getty images

Messieurs, le monde ne tourne pas autour de vous.

Mêlez-vous de vos tétons.

Vous vivez dans une réalité artificielle où vous croyez que les femmes vous demandent constamment votre avis. Vous voulez donner vos opinions sur des oignons qui ne sont pas vôtres. Vous pensez que les femmes s’habillent et vivent pour vous. Vous pensez qu’elles devraient faire plutôt de cette manière et s’habiller comme ceci. Elles ne devraient pas sembler trop confiantes. Elles ne devraient pas être trop libres. Une femme, c’est fragile. C’est craintif. N’est-ce pas ? On doit ressembler à vos mères. Ou du moins jouer la comédie de “bonne épousable”. Au moindre faux-pas, vous allez dégainer l’artillerie lourde et nous punir par un viol ? Ou par une remarque cinglante ? Vous allez dire que nous sommes des pvtes ? Des sous-femmes sans valeur, qui ne méritent même pas que vous leur fassiez des enfants ? Elles ne valent pas une bague de mariage, ces grosses pvtes. N’est-ce pas ?

Na, je déconne. Vous êtes probablement de bonne foi. Tout ce que vous voulez, c’est le bien de la femme. Sa dignité n’est-ce pas ? Votre but est de préserver le corps de la femme ? Les afrofems, ces Femen aigries vous accusent de tous les maux. C’est parce qu’elles sont mal…

Non non non. Pas de gros mots. Une femme, ça ne dit pas de gros mots. Sinon, c’est une pvte.

- Tu n’as pas mis de soutien gorge. — Est-ce que je t’ai demandé ton avis ?

Ce n’est pas parce qu’il existe des fétichistes du pied que les chaussures existent.

Le problème, mes chers amis, c’est que sans le vouloir ( souvent trop souvent ) vous perpétuez un système qui opprime les femmes. Ce n’est pas parce que les tétons vous excitent que les femmes devraient les cacher. Le corps des femmes ne vous appartient pas. Mettez-le pour une fois dans vos têtes. Votre attidude frise souvent l’agression sexuelle et le manque de respect.

Si l’habit ne fait pas le moine, pourquoi l’habit ferait-il la nonne ? CQFD.

Nous vivons dans un monde où les femmes sont libres : Habituons-nous à y vivre. Les femmes ont droit à leur auto-détermination. Vous n’êtes ni leurs dieux, ni leurs maîtres, ni leurs pères, ni leurs daronnes, ni leurs juges.

Que vous soyez, vous-même, une femme ou un homme : Réfléchissez une seconde au nombre de fois où vous vous sentez obligés de faire des remarques à une femme sur ce qu’elle porte, ce qu’elle dit ou ne devrait pas dire parce qu’elle est une femme, sur ce qu’elle devrait faire ou ne pas faire pour être “likable”.

3 fois dans la journée ? 5 fois ? 10 fois ? Vous les avez repérées ? Toutes ? Eh bien : Fermez-la toutes ces fois. C’est une formule magique ancestrale qui consiste à rabattre ensemble vos deux lèvres pour fermer votre bouche.

Mes propos n’ont rien d’agressif. Vous n’êtes juste pas habitués à respecter l’être humain qu’est la femme.

Ce n’était pas dans notre code culturel. Mais nous pouvons apprendre. Mettons-nous à la place de chaque femme avant de lui faire des remarques. Vous les hommes, demandez-vous si quelqu’un vous oppresse de porter des jeans bouffants pour masquer la proéminence de votre bas-ventre. Qui vous a déjà fait une remarque déplacée parce que vous avez mis un habit trop moulant ? Vous avez déjà été violé pour ne pas avoir mis de sous-vêtement ?Si vous êtes de bonne foi, vous verrez que vous nous menez la vie dure.

Vous les femmes, Pensez aussi. Diminuer une autre femme à cause de ses vêtements : attendez…C’EST VOUS AUTO-DIMINUER. A quoi cela sert de renforcer un système qui vous oppresse en proférant des propos boomerang ? Parce que ça vous reviendra toujours en pleine figure, croyez-moi.

Ceci n’est pas à toi.

Bref, si ce ne sont pas tes tétons : passe ton chemin. Mesdames et messieurs de la société, il est interdit d’interdire et il est interdit de dire.

Les femmes ne sont pas des sims. Et vous n’êtes pas Bokassa.Que tout le monde se mêle de ses tétons.


Ensemble, pour la révolution du téton, 😹

Signé la meuf qui en a eu marre de se taire.

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Mes opinions, ici. L’ecrivain sur www.founmi.com et la chasseuse de talents sur www.irawotalents.com.

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