Myrtille Tournefeuille
Nov 7 · 9 min read

J’écris dans le cadre de ma reconstruction suite à divers traumatismes qui se sont succédés dans ma vie, plus ou moins récemment. Ce faisant, j’espère échanger et aider des personnes à traverser leurs propres tempêtes. Attendons le soleil, sous la pluie, ensemble

Ces derniers jours, au cours de mes pérégrinations youtubesques, je suis tombée sur des podcasts parlant du “ghosting”, comme un “phénomène de société”. Pour celles et ceux qui ne savent pas, c’est le fait de quitter une personne du jour au lendemain, sans explication, et de ne plus jamais donner de nouvelles, de bloquer toute information. Ils appellent ça “phénomène de société”, mais soit-dit en passant, c’est intemporel, le mec qui se barre du jour au lendemain sans explication, avec une meuf plus jeune. On a pas attendu l’ère sacrée d’internet pour vivre ce genre de situation. Cela m’a permis de mieux comprendre ce que j’ai vécu.

Depuis que mon ex-compagnon est parti — ça va faire un an maintenant — la parole se délie autour de moi ; des femmes brisées, des femmes délaissées, des femmes abandonnées, des femmes courageuses qui font face. Ce n’est pas seulement cette baffe magistrale que j’ai prise alors que je vivais dans un monde utopique. C’est me rendre compte que c’est une histoire banale, et banalisée, alors que cela ne devrait pas être. J’ai ouvert les yeux et j’ai enfin compris ce que signifiait être une femme dans notre société aujourd’hui. Et ça me prête à réfléchir, chaque jour. Mon expérience. Les vôtres.

Je tâche sincèrement de ne pas nourrir de haine à l’envers des hommes. Mais force est de constater que les seuls hommes qui attisent mon intérêt depuis lors, ou qui comptent pour moi, sont des hommes brisés, qui ont vécu ou vivent des choses assez difficiles pour comprendre les femmes. Et y’en a pas tant que ça.

Alors j’écris dans l’idée de délier la parole, et nous devrions toutes le faire. Parler, échanger, se soutenir. Ils ne méritent pas notre silence. Car nous avons déjà trop donné. Notre précieux temps, notre amour indéfectible, et notre énergie. Parce que même si ces choses sont banales elles ne devraient pas être passées sous silence. Je tâche cependant de rester lucide sur ma situation, et droite dans mes bottes, comme toujours.

Tout d’abord, le ghosting.

Je n’ai pas été “ghostée” à proprement parler, dans le sens où ce “jeune homme” n’est pas parti acheter une baguette de pain sans revenir. Il est parti “réfléchir”.

Me laissant dans la rue, devant chez mes parents, en pyjama et dans un état misérable.

Me laissant toutes ses affaires en l’état, du slip sale au sol au mouchoir usagé sous l’oreiller.

Toutes ses affaires. La maison en désordre. Juste comme s’il s’était évaporé, soudainement.

La charge mentale jusque dans la rupture.

A tel point que je n’ai pu réintégrer ce qui allait devenir MA chambre seulement trois mois plus tard, après un grand ménage. J’ai passé trois mois à survivre sur mon canapé.

Je n’ai eu droit à aucune explication, aucune discussion. Ses seuls mots ont été “Tu es parfaite, c’est moi qui ne vais pas bien”. Et puis, il est parti pour ne jamais revenir.

J’ai attendu. J’ai été patiente, comme je l’ai toujours été. Je me suis dit qu’il avait besoin de faire le point sur sa vie, à 34 ans. Comme toute personne sensée, je me suis remise en question, également. Et je l’ai défendu. Je l’ai défendu. “Il doit-être parti pour une autre, tu sais”.

Mais non, il ne me ferait jamais ça. Et puis il travaille si dur. Il a une vie tellement remplie. Comment aurait-il pu rencontrer quelqu’un ? Nous sommes si proches, si complices.

Et bien c’était si simple et évident : bien sûr qu’il avait rencontré quelqu’un. Et depuis un moment, de fait. Il attendait juste le bon moment pour switcher d’une histoire à l’autre, tranquille.

Nous ne parlons pas d’une histoire de deux mois. Nous parlons ici d’une histoire de douze ans. Allez, 11 ans et demie. Tout pareil. Au delà de l’irrespect. Comment j’ai ressenti cela ? Une négation totale de ma personne. Comme si je n’avais jamais existé. Plus d’une décennie, cela ne mérite apparemment pas une seule seconde de confrontation, d’explication, de communication.

C’est une forme d’annihilation totale. La destruction commence ici.

Cette société dans laquelle nous vivons porte les vertus de courage et de bravoure au paroxysme des valeurs masculines. Ce garçon, comme beaucoup de post-ados, qui idéalise les super-héros de son enfance, portant ces valeurs comme étendard… Et qui fuit devant la première difficulté.

Ces qualités, à présent, je les considère comme éminemment féminines. Ce sont les miennes et celles de milliers de femmes qui vivent cette épreuve, chaque jour. Et j’ai ô combien conscience que je ne suis pas la plus à plaindre. Je n’ai pas d’enfants, je suis encore jeune, j’ai la vie devant moi. J’ai tellement d’admiration pour celles qui vivent ou ont traversé cette épreuve avec des problématiques bien plus dramatiques que les miennes.

Pour en revenir au “ghosting”.

Je vais citer ma psychologue : “ C’est la pire des situations lors d’une séparation”.

S’il vous plaît : ne faites jamais subir cela à personne.

Je veux bien croire que c’est difficile d’admettre que son couple est un échec et/ou que vous avez rencontré quelqu’un qui vous correspond davantage. Mais partir sans donner d’explication ou admettre la réalité, c’est la pire chose que vous pourrez faire. Vraiment.

Je vais citer mon ex-belle soeur — qui est psychologue elle-même, c’est très rigolo comme situation : “Moi je crois qu’il ne voulait pas te faire de mal et il a repoussé au max, sauf que c’est pire au final. Il m’a pas dit qu’il voulait te protéger c’est ma déduction à moi. C’est pas un grand méchant, juste un grand nigaud…”.

Alors non, non, et non. Ce qui s’est passé, c’est qu’il a fui en espérant que je n’apprendrais jamais rien de toute cette histoire. Il ne voulait pas me protéger, il voulait simplement vivre sa meilleure vie, sans en affronter les conséquences. Et non, ce n’est pas un grand nigaud. Il s’agit d’un total manque de courage face aux situations problématiques, d’un savant calcul longtemps réfléchi, et d’un égoïsme absolu. Parce que cette charmante demoiselle, il l’avait rencontrée depuis un moment. Et qu’il savait très bien ce qu’il faisait. Nous y reviendrons plus tard.

Bref, vous savez ce qu’on dit. Tout finit toujours par se savoir.

Ne quittez pas une personne sans explication. Même si ça fait mal sur le coup. C’est douloureux, oui, c’est une peine immense. Mais cela ne sera rien comparé à la souffrance et à la désolation que vous laissez si vous partez sans donner une seule explication. Qui plus est quand il s’agit d’une nouvelle histoire qui commence derrière l’ancienne.

Lorsque vous quittez une personne du jour au lendemain, sans communication, et sans la revoir, vous la privez de son deuil. Plus exactement, vous l’empêchez de tourner correctement la page. Résultat : une thérapie beaucoup plus longue, une reconstruction retardée. Tout cela pour vous protéger, vous. C’est un manque d’empathie total.

A ce sujet, l’intervention de Caroline Weil dans l’émission “Le Ghosting: rompre sans explication ! — Je t’aime etc…” m’a beaucoup aidée à comprendre la situation :

“Je crois qu’il y a un profil type [ de ghosteurs … ]. Ce sont des hommes qui la plupart n’ont pas une très haute idée des femmes, parce qu’il faut un peu mépriser pour avoir ce type d’attitude. Il y a une forme de mépris de l’autre, et je crois que ce sont des hommes qui sont, dans le fond, assez misogynes, même s’ils ne le disent pas.”

Je pense effectivement qu’on ne peut pas faire subir cela à une personne qu’on a sincèrement aimé ou qui a compté pour vous. Et que quelque part, sans se l’avouer, on considère “l’autre” comme un objet, sans vouloir forcément l’admettre. J’ai eu mon temps. Je n’avais plus d’utilité.

Il a trouvé plus “neuf”, plus “jeune”. Il s’agit d’un comportement immature assimilable à l’achat d’un jouet neuf quand l’ancien est abîmé.

Je peux comprendre que ce garçon n’était pas heureux avec moi. Moi, je l’étais. Du moins, je faisais tout pour que nous le soyons, ensemble et à ma mesure. Il aurait dû me parler. Il a eu 12 ans pour le faire et tâcher d’arranger la situation, ou d’y mettre fin, en adulte responsable. C’est donc que “la situation” en question lui convenait, jusqu’à “mieux”. Et conforte donc ma position de femme-objet.

Suite à cette conclusion personnelle, les failles de la relation me sont apparues et m’ont permis d’étayer mon point de vue.

Il n’y a pas de “rupture idéale”. Je le sais bien. Mais l’on peut faire en sorte de limiter les dégâts. On n’aime plus une personne “comme avant”, la relation change, mais on peut avoir au moins du respect. En ce sens j’entends : communiquer, expliquer, tâcher de comprendre, dire au revoir décemment. Si la relation est si “problématique”, on se sépare, pour de bonnes raisons.

Ce que je sais à présent, c’est que ce garçon est parti après s’être assuré d’avoir une nouvelle compagne, un nouveau logement, et surtout, un nouveau CDI tout neuf. Il ne s’agit donc en aucun cas d’amour, mais toujours de confort et d’égoïsme. Quel courage, quelle abnégation.

Je me rends compte à quel point j’ai été utilisée tout au long de notre “ vie de couple”.

Cette personne qui se vante d’avoir un parcours professionnel exemplaire ne serait rien sans mon propre parcours : aucun diplôme post-bac malgré mon aide pour repasser le diplôme raté, il a pu intégrer la voie professionnelle de ses rêves grâce à mes propres choix et mes propres stages. Lui sans moi : un job de merde dans un village perdu. Moi sans lui : des difficultés, certes, mais très probablement au même point qu’aujourd’hui professionnellement parlant, avec peut-être un mari aimant, des enfants et cetainement pas cette souffrance et ces blessures à guérir.

Il m’a donc réellement utilisée, jusqu’à mieux.

Pire : il m’a proposé d‘abandonner des contrats professionnels qui m’épuisaient, certes, mais me permettaient de boucler mon chiffre d’affaires sur l’année pour me “permettre de m’épanouir sur des projets plus en adéquation avec mes besoins”. Avec son nouveau CDI, il pouvait “assumer” les aléas financiers. Cela, un mois avant la rupture, en ayant déjà une autre femme dans sa vie, sachant qu’il allait me quitter. Ma destruction professionnelle était réfléchie et consciente. J’y vois comme une forme de jalousie refoulée quant à ma réussite professionnelle en tant que femme. Peut-être que je me trompe.

Dans tous les cas, il y a eu des signes. Il y a eu de nombreuses personnes pour me dire que cette relation n’était pas équitable, pas épanouissante. J’ai aidé des amies à sortir de relations toxiques sans voir à quel point j’étais moi-même dans une mélasse immonde et puante.

Je ne m’en rendais pas compte. Je me berçais d’idéaux sur le couple, la famille, le milieu professionnel, la vie en général. Quelque part, je sais que je dois mon salut à cette nouvelle femme qui correspondait à ses nouveaux besoins. J’en suis à la fois profondément triste, et soulagée. Je culpabilise également de ressentir du soulagement. Il est atténué par le fait qu’elle savait aussi où elle mettait les pieds. Si l’on cherche à séduire un homme en couple, on sait déjà que ça pue un peu la merde.

Ce que je peux en dire : de temps en temps, faites le point sur votre relation. J’aurai dû le faire. J’aurais dû écouter mes amis et ne pas m’enfermer dans mes illusions et mon idéal d’amour inconditionnel.

Soyez toujours indépendantes, financièrement, professionnellement. Ayez votre propre cercle d’amis. Vos propres activités, passions. On le répète aux femmes, mais j’ai l’impression qu’on ne le dira jamais suffisamment. Car c’est ma force de caractère et mon indépendance qui m’ont littéralement sauvée.

Pour conclure ce premier “Myrtille parle” :

On m’a ghostée. On m’a utilisée. On m’a humiliée et calomniée pendant des années ( j’en parlerai dans un prochain article ). On m’a fait croire que j’étais en colère. Que je ne vivais que par elle. On m’a traitée de “rageuse”. On m’a dit que je faisais “pitié”.

Et surtout, on m’a dit de tourner la page. Facile.

Vous imaginez bien que ce dont je parle aujourd’hui n’est qu’un petit bout des traumatismes que je dois dépasser pour réapprendre à vivre et retrouver le bonheur. Je ne demande que cela, de passer à autre chose. Et je m’y atèle, chaque jour. Je souhaite le bonheur à tous. Mais c’est difficile, lorsqu’on a été utilisée puis effacée.

J’ai tâché de comprendre : les portes me sont restées fermées. J’ai attendu, en vain. Et un jour, sans que je ne demande rien, j’ai appris toutes les vérités. J’en suis tombée malade. Depuis lors, je me tape des angines à répétition, qui ne se soignent pas. Mon corps souffre. Il crie en dedans.

Analyser. Comprendre. Me faire aider. Famille, amis, professionnels.

Prendre soin de moi. Apprendre à me faire confiance. Être fière. Profiter des bonheurs du quotidien. Et PARLER. ÉCHANGER. Parce que c’est au travers des expériences des autres que je guéris, et je suis sûre que mon expérience pourra aider ❤

A bientôt, prenez soin de vous !

Nota Bene :

  • Sans nommer le “garçon”, je le qualifie ainsi car je ne peux décemment pas parler d’ “Homme” dans le sens humaniste et misanthrope du terme.
  • Je féminise mes propos qui parlent plus aux femmes, pour les femmes, par une femme. C’est comme ça.

L’illustration est le texte appartiennent à www.myrtille.rocks. Elles ne sont pas libres de droits et ne sont pas utilisables à des fins professionnelles et personnelles.

Myrtille Tournefeuille

Written by

French, Freelance illustrator, I work for videogame industry and child books. I love : rock, food, friends, art, books and tea. www.myrtille.rocks

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