L’avancement de l’égalité des femmes dans le contexte de la nouvelle session législative

Les enjeux relativement à l’avancement de l’égalité des femmes n’ont pas été explicitement mentionnés dans le discours du Trône. Malgré tout, plusieurs questions se rapportant à cet enjeu ont été incluses dans ce discours et davantage de détails ont émané alors que l’Assemblée législative a tenu ses activités suivant l’énoncé de celui-ci. Voici ce que nous avons appris jusqu’à maintenant et notre opinion sur ces différents thèmes.

Gouvernance

Le gouvernement s’est engagé à ne pas se débarrasser des plans existants pour la simple raison qu’ils ont été mis en œuvre par le gouvernement précédent; le gouvernement propose plutôt d’étudier les résultats générés par ces programmes avant de décider de la prochaine étape. Cette démarche est positive puisque l’atteinte de l’égalité des femmes est une ambition à long terme qui demande des changements intergénérationnels de ce fait, la suppression de plans prometteurs pour le simple fait qu’un changement de gouvernement survient entrave l’avancement de cet objectif.

Le gouvernement s’est également engagé à établir un processus prébudgétaire multipartite et interactif. Cette mesure devrait être intégrée à l’outil de l’analyse différenciée selon le genre dans son processus budgétaire annuel avec l’objectif d’assurer que celui-ci tienne compte des besoins particuliers entre les genres. Le fait d’allier l’analyse différenciée selon le genre dans le processus d’élaboration du budget annuel renforcerait l’utilisation qu’en fait déjà le gouvernement de l’analyse comparative selon le genre (ACS) dans son processus décisionnel.

Il convient de noter que durant la campagne électorale, le Premier ministre Blaine Higgs a affirmé qu’il avait récemment pris connaissance du fait que les soins de santé s’appuyaient essentiellement sur un modèle destiné aux hommes. Le conseil tient à souligner que bon nombre de systèmes et de processus, incluant le développement de politiques public et de budgétisation par le gouvernement, reposent sur un modèle conçu pour les hommes. Le processus d’élaboration du budget annuel qui s’appuierait sur l’outil de l’analyse différenciée selon le genre et l’ACS permettrait de remettre en cause ces biais et, par conséquent, assurerait un travail de qualité qui engendrait de meilleurs résultats.

Si le gouvernement opte pour l’utilisation de l’outil de l’analyse différenciée selon le genre dans son processus budgétaire annuel, le conseil souhaite que les détails illustrant de quelles façons le budget a tenu compte des besoins particuliers entre les genres soient rendus publics lors du dépôt du budget.

Enjeux ayant une incidence sur les communautés autochtones

Le gouvernement a indiqué qu’il a l’intention de réviser les appels à l’action qui découlent de la Commission de vérité et réconciliation afin d’identifier quelles actions relèvent de l’autorité provinciale et dépendent de la volonté de l’Assemblée législative afin d’être mises en œuvre. Les femmes issues des communautés des premières Nations, Métis et Inuits ainsi que les personnes bispirituelle font partie des groupes de la population au Nouveau-Brunswick parmi les plus vulnérables et de répondre aux appels à l’action est indispensable afin de remédier à cette situation.

La diminution de la pauvreté

Les initiatives énoncées se rapportant à la diminution de la pauvreté semblent se concentrer sur la réforme de l’aide sociale. Le gouvernement compte accentuer la flexibilité de ces programmes pour les prestataires en transition et pour les personnes qui n’ont pas d’adresse permanente tout en ayant pour objectif d’accroître la responsabilité des prestataires de longue durée. Il est essentiel que les faibles taux de prestation soient étudiés et que cet accroissement de la responsabilité soit administré au cas par cas et assure la protection de la dignité de celles et ceux qui bénéficient de ce programme.

La question du salaire minimum fut également soulevée alors que le Premier ministre Blaine Higgs a indiqué qu’il avait appris que “parfois, l’augmentation du salaire minimum entraîne plus d’avantages pour le gouvernement que cela en amène réellement pour les bénéficiaires’’*. Plus de la moitié des personnes qui perçoivent le salaire minimum au Nouveau-Brunswick sont des femmes d’âge adulte. Il y a donc une corrélation positive directe ressentie par les femmes lorsque le salaire minimum est augmenté.

Lutte contre l’itinérance

Le gouvernement a fait l’annonce de nouvelles mesures en vue de lutter contre l’itinérance. Il est essentiel que l’analyse comparative selon le genre oriente cette démarche afin d’être en mesure de différencier les caractéristiques genrées de la visibilité de l’itinérance. L’itinérance au féminin est souvent imperceptible puisque les femmes ont plus tendance à naviguer d’un divan à l’autre ou à être logées dans des conditions précaires où elles risquent d’être victimes d’exploitation sexuelle. Les efforts en vue de mettre fin à l’itinérance doivent tenir compte des particularités spécifiques au genre dans la mise en œuvre de mesures; par exemple, assumer le fait que les refuges ne sont pas des lieux sécuritaires pour les femmes à moins qu’ils soient conçus exclusivement afin de servir celles-ci.

L’équité salariale

Le gouvernement a indiqué que l’accès à l’équité salariale dans le secteur privé n’est pas un dossier sur lequel il entend directement concentrer ses efforts. Le Premier ministre Blaine Higgs a assuré qu’aucune discrimination ne serait permise et que le gouvernement n’allait pas ‘’accepter que les personnes soient traitées inéquitablement pour le travaillent qu’elles ou ils accomplissent’’ et qu’il assurait que ‘’les travailleuses et travailleurs de soins à domicile et que les éducatrices et éducateurs en garderie puissent bien gagner leurs vies.’’*

Il est important de souligner que la parité salariale, un concept duquel découle l’affirmation: ‘’à travail égal, salaire égal’’, ne constitue pas le même combat que celui de l’équité salariale. L’équité salariale est un principe qui veille à ce que les personnes reçoivent la même rémunération alors qu’elles réalisent un travail qui, sans être de la même nature, est de valeur comparable. L’équité salariale c’est la méthode utilisée afin de remédier à la discrimination fondée sur le genre qui cible des emplois qui sont occupés majoritairement par des femmes — par exemple les emplois dans les domaines rattachés aux soins à domicile et aux services de garde — qui sont sous-payés en comparaison aux emplois de valeur comparable qui sont occupés majoritairement par des hommes. Au Nouveau-Brunswick, la parité salariale est protégée par la Loi sur les droits de la personne, mais l’équité salariale est enchâssée dans la Loi sur l’équité salariale 2009, mais celle-ci encadre seulement le secteur public. L’opposition officielle a présenté un projet de loi qui vise à modifier la Loi sur l’équité salariale 2009 afin d’étendre sa portée au secteur privé.

Le conseil souhaite également réitérer le besoin essentiel d’assurer des conditions de travail sécuritaire pour les employé.e.s qui assurent les soins à domicile.

Les services de garde

Le gouvernement indique qu’il va procéder à la révision du Plan d’action pour les services de garderie éducatifs, même si toutes modifications à celui-ci requièrent le consentement du gouvernement fédéral. Bien que certains aspects de Plan demandent à être améliorés (précisément afin d’encourager la transition vers un modèle à but non lucratif et la création d’espaces pour les nourrissons), le conseil appuie le plan et aspire à observer une répartition équitable des services entre les centres urbains et régions rurales ainsi qu’entre les curriculums destinés aux communautés anglophones et francophones.

Un des éléments qui n’est pas dépendant de la volonté du gouvernement fédéral est l’augmentation salariale, mesure envers laquelle le gouvernement précédent s’était engagé, pour le personnel ayant reçu une formation et travaillant dans le domaine de l’éducation préscolaire et de garde d’enfants. Nous souhaitons que le gouvernement s’engage à octroyer une augmentation salariale, et en respectant un échéancier accéléré et en ciblant un taux plus élevé que celui prévu par le gouvernement précédent.

Les soins de santé génésique

Concernant les soins de santé génésique, le gouvernement a indiqué qu’il allait examiner les retombées des programmes qui ont été mis en œuvre et chercher à obtenir les rétroactions des personnes qui accèdent à ces services, une approche qu’on peut qualifier de positive.

Cependant, le conseil considère que certaines inconsistances concernant les programmes en santé génésique qui seront sujet à une révision et ceux qui ne le seront pas. Le gouvernement a indiqué que les services de sages-femmes allaient être augmentés, mais que le programme d’accès à la Mifegymiso, financé par les fonds publics, allait quant à lui être sujet à une révision. Pourquoi l’accès à la Mifegymiso est-il sujet à une révision alors que les services de sages-femmes ne le sont pas? L’accès, tant aux services de sages-femmes qu’à ceux entourant l’avortement (médicale et chirurgicale), doit être augmenté en accordant une attention particulière au fait d’améliorer l’accès à ces services en régions.

‘’Le gros bon sens’’

Le gouvernement parle de solutions et de décision issues du ‘’gros bon sens’’; cela préoccupe le conseil.

L’expression du gros bon sens est utilisée afin de souligner une perspective commune ou à caractère universel qui permet de porter un jugement. Historiquement, c’est la perspective des hommes qui fut considérée comme étant universelle — tout comme leur physiologie était considérée comme la référence en matière de santé, ce qu’a souligné le Premier ministre Blaine Higgs. Le ‘’gros bon sens’’ a été utilisé afin de défendre le statu quo qui avait pour effet de priver de leurs droits certains groupes de la population. C’est le ‘’gros bon sens’’ qui a été utilisé afin de justifier l’idée qu’il était inutile d’octroyer le droit de vote aux femmes ou de leur allouer le même salaire que les hommes qui effectuaient les mêmes tâches qu’elles’.

En raison des précédents historiques et de la marginalisation continue de certains groupes de la population qui composent notre société — incluant les femmes, les personnes racisées, handicapées, qui vivent en situation de pauvreté, la minorité linguistique, les personnes issues de la communauté LGBTQ2S+ et autres, peuvent interpréter les références au ‘’gros bon sens’’ comme une indication que les défis particuliers avec lesquels elles et ils doivent composer ne seront pas pris en compte ou que leurs besoins légitimes seront balayés du revers de la main et jugés comme étant des demandes insignifiantes.

*Il ne s’agit pas d’une traduction officielle et le lien de référence ne mène pas à la version définitive du document qui sera produit par le bureau du hansard.