TNT #3 : Comment devenir diplomate après une école de commerce?

Crédit Photo : http://www.revue-projet.com/auteur_revue/henry-de-cazotte/
“Ce qui est intéressant, c’est de faire bouger les choses.”

Henry De Cazotte est un ancien de Polytechnique et de l’ESSEC. Après avoir obtenu son diplôme d’école de commerce, il travaille d’abord comme consultant à la caisse des dépôts puis se lance dans l’écologie et les relations internationales. Aujourd’hui il est au ministère des affaires étran- gères en tant que représentant spécial pour la préparation de la conférence Habitat3. Tout au long de sa carrière il veille à garder un pied dans la société civile et dans le monde professionnel.

Comment êtes-vous arrivé à devenir diplomate ?

La voie royale pour devenir diplomate est évidemment de passer les concours d’entrée à l’ENA. Toutefois ce n’est pas le cas d’Henry de Cazotte, il s’est simplement intéressé au sujet de l’écolo- gie, s’est engagé, a mené à bien plusieurs projets et a finalement saisi les opportunités qui s’of- fraient à lui. Son secteur est celui de la “diplomatie du développement durable”, une diplomatie née d’un enjeu global qui implique le travail conjoint de tous les pays.

Ce qui lui plait c’est de défendre l’intérêt général, mais il insiste sur le fait que la volonté politique doit être portée par la société civile. Les relations internationales évoluent petit à petit, aujourd’hui un diplomate doit devenir tant créatif que capable de formuler des propositions substantives. Des profils peu classiques ne verront donc pas les portes de la diplomatie se fermer. Mais pour lui, “il n’est pas excellent de faire toute sa vie de la diplomatie”, il prône la multi-disciplinarité. Car, de manière générale, la diplomatie manque de “courage” et est souvent “sur la défensive”. En re- vanche, pour le côté “réflexion stratégique” et “intellectuel” c’est un métier passionnant. Il est dommage que la plupart des contrats soient de courte durée, par exemple la moitié de l’équipe pour la COP 21 était composée de contractuels. Il conseille d’avoir plusieurs cordes à son arc : si les relations internationales nous intéressent il ne faut perdre de vue ni le monde de l’entreprise ni la société civile, afin d’avoir un réel impact dans son engagement.

Les relations internationales de l’année 2015

L’année 2015 a été incroyable sur le plan du multilatéralisme, le monde n’en a pas connu de tel depuis 1992. Trois grands événements marquants ont changé le regard des états et des acteurs sur la question du développement.

Addis Abeba : On s’accorde enfin à dire que tous les pays ont leur part de responsabilité dans leur développement, les pays du Nord ne sont pas censés soutenir les pays du Sud dans leur dévelop- pement. On envisage donc le future différemment.

New-York : On établit l’Agenda 2030 du développement durable. L’ensemble de la communauté internationale (le CAC40, le Pape, les présidents…) participe à cette conférence. C’est la première fois qu’un cadre de référence et des objectifs pour les 15 prochaines années sont acceptés par tous les états.

Paris et la COP21 : Les discussions portent sur les mêmes sujets mais, cette fois, la conférence doit donner lieu à un contrat juridiquement contraignant, c’est-à-dire approuvé par le Parlement. A la différence du Protocole de Kyoto, tous les pays sont également concernés par les quatre piliers de l’accord. Le premier est celui qui détermine l’objectif à atteindre, soit les 2°C. Le second porte sur la question du financement du développement durable : l’ensemble des pays devront fournir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour favoriser le développement de projets de pré- vention contre les catastrophes climatiques ou de réduction des émissions de gas à effet de serre. Les INDC sont un des grands succès de l’accord, ce sont des contributions décidées au niveau national qui étaient facultatives. Or à la veille de la réunion 160 pays ont produit leur rapport qui interdisent tout retour en arrière. Enfin l’Agenda Pour l’Action prend en compte l’action de tous les acteurs, y compris celle des maires (ils étaient 1000 à la conférence).

Le rôle d’Henry de Cazotte dans la COP21

Il était coordinateur pour la France dans les négociations concernant le financement des projets contre le changement climatique et avait pour ordre d’éviter tout obstacle au bon déroulement des négociations. Finalement il a oeuvré à la mise en place des “co-bénéfices climat”, c’est un plan qui a pour double objectif l’écologie et le développement. Ces deux thématiques ne sont plus vues comme des sujets distincts. Autrement, dans le cadre de l’Agenda Pour l’Action, il mène un travail concernant la transparence des efforts effectués dans le secteur de la chimie pour réduire leurs émissions. Un institut à Paris pourrait se charger de ce contrôle.

La place du secteur privé dans les négociations de la COP 21

Les entreprises sont de manière générale très engagées dans les négociations. A la sortie des né- gociations il a pu discuter avec le directeur du développement durable au groupe Suez qui lui a dit “Nous avons maintenant enfin un guide pour les 100 prochaines années, nous allons pouvoir justi- fier en interne d’introduire un prix du carbone.” Certes il y a du lobby, mais de plus en plus d’entre- prises sont prêtes à faire des efforts et à trouver des solutions — du moment que les règles du jeu soient les mêmes pour tout le monde.