L’étrange diplomatie de Donald Trump

Donald Trump après avoir annoncé des frappes sur la Syrie le 7 avril 2017

C’était annoncé lors de la campagne, et cela se produit : Les Etats-Unis changent drastiquement de politique étrangère avec l’administration Trump. Depuis la fin de la Guerre Froide, les Etats-Unis ont adopté une politique étrangère relativement consensuelle à travers la défense du libéralisme économique et de la propagation de la liberté et de la démocratie dans le monde, en tout cas dans sa forme américaine. C’est-à-dire la défense de la démocratie libérale constitutionnelle. Ainsi, les Etats-Unis se sont faits gendarmes du monde à maintes et maintes reprises :

  • 1993–1994 : Opération “Restore Hope” en Somalie, les forces américaines soutiennent les opérations des Nations Unies en Somalie.
  • 1994 : Opération “Uphold Democracy” à Haïti, Les Etats-Unis interviennent pour installer le président-élu Aristide.
  • 1995 : Intervention aérienne en Bosnie-Herzégovine en soutien aux forces des Nations Unies et de l’OTAN.
  • 1999 : Intervention terrestre des forces américaines dans la guerre du Kosovo.

Et la liste est encore longue, surtout après les attentats du 11 Septembre qui ont rendu les Etats-Unis totalement surexcité sur la scène internationale, entraînant les Etats-Unis dans deux guerres : L’Afghanistan en octobre 2001 et l’Irak en 2003. Depuis les Etats-Unis multiplient les interventions : La Libye en 2011, l’éventualité d’une attaque de la Syrie sous Obama avec la fameuse ligne rouge. L’élection de Donald Trump peut ainsi être vue comme un “ras-le-bol” du peuple américain qui ne veut plus que Washington intervienne partout dans le monde. Et c’est comme cela que nous allons pouvoir analyser cette étrange diplomatie de Donald Trump qui est en fait une diplomatie du populisme. Les Etats-Unis abandonnent leur rôle de gendarmes du monde, ils ne veulent plus sacrifier des pertes humaines pour des guerres qui ne sont pas les leurs, si on écoute certains américains, et c’est ainsi qu’à pu se mener l’élection présidentielle de 2016. Hillary Clinton était vue comme un faucon qui était en faveur de diverses interventions militaires. Elle était vue comme celle qui allait “déclarer la guerre avec la Russie” et elle fut la femme d’un président ayant été un représentant de cette image de gendarmes du monde. Dans cet article, nous allons voir les principaux axes de réindexation de la politique étrangère de Donald Trump. Il n’est pas possible de traiter tous les aspects de la diplomatie américaine dans un seul article, c’est pourquoi nous nous appuierons sur quelques exemples récents et évocateurs des changements de la nouvelle diplomatie américaine, ces exemples nous aideront à répondre à la question : “En quoi la diplomatie Trump est une diplomatie de populisme avant d’être une diplomatie cohérente.”

Une prise de distance vis-à-vis des alliés historiques du vieux continent

Donald Trump au sommet de l’OTAN le 25 mai 2017

Ce qui est le plus étonnant dans la politique étrangère de l’Amérique de Trump, c’est la prise de distance vis-à-vis de l’allié européen. En effet, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis et l’Europe travaillent à l’unissons malgré certaines tensions, aujourd’hui les relations transatlantiques semblent plus tendues que jamais, nous allons voir dans cette partie les raisons de ces tensions en ciblant précisément l’OTAN, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

L’OTAN : “L’alliance obsolète” ou bluff de la Maison-Blanche?

Discours de Donald Trump au nouveau siège de l’OTAN le 25 mai 2017

Ce n’est pas nouveau, Donald Trump a un léger problème avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Pour rappel, cette organisation a vu le jour au début de la Guerre Froide, c’est-à-dire en 1949 avec la ratification du Traité de Washington. Le but de cette alliance était de créer une alliance solide et homogène pour faire face au bloc communiste qui se formait. L’aspect le plus important de cette alliance est probablement l’article 5 qui énonce que si un pays membre de l’OTAN est attaqué, alors toutes les nations membres sont attaquées. Cet article a sans doute évité bien des conflits, et c’est ce même article qui pose problème aujourd’hui. En effet, dans la logique d’un retrait des Etats-Unis du monde et d’un ras-le-bol du rôle de gendarmes du monde, Washington ne veut plus être garant de la sécurité des nations alliées, surtout de celles qui ne payeraient pas leurs parts dans l’organisation.

Graphiques nous présentant les dépenses militaires des Etats membres de l’OTAN. (source : courrier international)

Bien que Donald Trump ait fait volte-face sur le sujet, il parlait d’une “organisation obsolète” au début de son mandat, avant de déclarer “NATO is no longer obsolete” en avril 2017. Celui-ci ne s’est pas empêché lors de son discours du 27 mai au nouveau siège de l’OTAN de déclarer :

Ce n’est pas juste pour les citoyens et contribuables américains. Beaucoup de ces pays qui ont accumulé beaucoup d’argent ces dernières années et n’ont pas payé durant ces années. Pendant les huit dernières années, les Etats-Unis ont dépensé plus pour leur défense que toutes les nations de l’OTAN réunies. Si tous les membres de l’OTAN avaient juste dépensé 2% de leur PIB dans la défense l’année dernière, nous aurions eu 119 milliards pour notre défense collective et pour financer des réserves additionnelles de l’OTAN.

Tous les présidents américains se sont plaints de la trop faible contribution de beaucoup de pays de l’OTAN, mais ce n’est jamais arrivé qu’un président axe une grande partie de son discours sur ce sujet, publiquement et en face de ces mêmes leaders. Ce fut une sorte de tentative d’humiliation en quelques sortes, sans vouloir aller dans l’extrapolation. L’idée peut aussi être abordée dans ce fameux geste que va avoir Trump avec le premier ministre du Monténégro, en le poussant et en s’imposant sur le devant de la scène, comme pour rappeler que ce sont les Etats-Unis qui contribuent le plus et qui ont le plus d’influence sur l’OTAN.

La vidéo montrant Donald Trump bousculant le premier ministre du Monténégro

Ce qui est aussi important dans le discours de Donald Trump, c’est qu’il était écrit que les Etats-Unis allaient rester fidèle à l’article 5. Le président des Etats-Unis a décidé de ne pas en tenir compte et cela révèle énormément : Les Etats-Unis vont-ils continuer à protéger leurs alliés et vont-ils intervenir en cas de conflit avec un pays membre de l’organisation? Il y a de fortes chances qu’ils le fassent, mais le président américain veut garder le flou afin de forcer les pays membres à contribuer d’avantage. Si une nation de l’organisation se fait attaquer par une nation tierce, les Etats-Unis de Trump pèseront le pour et le contre : “Est-ce qu’il est dans l’intérêt de Washington d’intervenir?” mais ils verront bien vite que c’est le cas. En effet, une désintégration de l’OTAN ne sera absolument pas profitable aux Etats-Unis car cela signifierait la forte dégradation des relations entre les Etats-Unis et les alliés européens historiques. Néanmoins, Trump a toujours dit qu’il était opposé à des organisations et qu’il préférait les traités bilatéraux. La question que l’on se pose alors est : Est-ce que les Etats-Unis pourraient quitter l’OTAN? La réponse est non. Même si Trump a retiré les Etats-Unis de bons nombres de traités, le Département d’Etat et le Pentagone s’opposeront fermement à un retrait de l’OTAN. Néanmoins, il y a de fortes chances que les Etats-Unis soient moins présents dans l’organisation et se placent en retrait, ce qui forcera les européens à s’unir d’avantage pour leur propre défense. Et l’on sait que les Etats-Unis ont un double-discours sur l’Europe : “Assez forte pour supporter le fardeau de la liberté, mais pas trop forte pour éviter qu’elle ne devienne une concurrente trop dangereuse”. L’on a ici la forte impression que le président américain va renouer avec cette phrase de Kissinger : “Europe, which number?”. Nous allons maintenant voir deux exemples de cette politique, nous allons prendre une nation européenne avec qui les Etats-Unis entretiennent de mauvaises relations, et un pays qui pourrait représenter l’avenir des relations transatlantiques.

L’Allemagne : Le nouvel ennemi?

La chancelière allemande et le président américain à Washington en mars 2017

Dès l’élection de Donald Trump, celui-ci n’a pas mâché ses mots vis-à-vis de l’Allemagne. Il l’accuse dans une interview d’avoir fait une grossière erreur à travers sa gestion de la crise migratoire. Une fois encore, le président américain défend ses principes et s’attaque à ceux qui vont à contrario de ses idées, et ici, l’Allemagne est la cible principale. En effet, l’Allemagne de Merkel est tout ce que fustige le président des Etats-Unis : L’Allemagne est une puissance exportatrice qui a une balance commerciale très positive et qui en profite. L’Allemagne n’a pas d’armée a proprement parler et elle ne contribue pas suffisamment donc au budget de l’OTAN, celle-ci a une politique migratoire très ouverte du fait du vieillissement de sa population et elle a une société libérale du point de vue de l’économie mais aussi de la politique, en effet, l’impact du Troisième Reich sur la société allemande est encore présente aujourd’hui, les allemands ont apportés une très grande importance au devoir de mémoire et se sentent responsable de la bonne santé de la démocratie en Europe. Depuis l’élection du candidat républicain, l’on voit quelques médias annoncer que l’Allemagne serait alors le “nouveau leader du monde libre”, l’Allemagne concurrencerait donc idéologiquement les Etats-Unis sans même avoir besoin d’un hard power? Une réussite de l’Allemagne, ou tout du moins de son rayonnement économique et idéologique mettrait en péril l’hégémonie américaine fondée sur le Smart Power d’une armée surpuissante et d’une idéologie dominante? C’est une voie intéressante à explorer. Les américains n’ont aucun intérêt à ce qu’une nation qui n’est absolument pas interventionniste ne leur vole leur rôle de phare de la démocratie dans le monde, car cela aurait pour conséquences de décrédibiliser l’idée d’une puissance qui maintient une armée puissante afin de défendre la démocratie. Néanmoins, même si certains politiciens américains pourraient craindre cela, ce n’est sûrement pas ce que Trump redoute. Ce qui gène Trump c’est encore et toujours l’argent, l’Allemagne réussie bien mieux que l’Amérique en ce moment, et la Maison-Blanche ne trouve pas que cela soit juste, étant donné que les Etats-Unis doivent supporter “le fardeau de la liberté” et pas les allemands. Il voit ainsi la nation allemande comme une sorte de “pays profiteur” qui mets le poids de sa défense sur les autres afin de se décharger de ces dépenses et de mieux réussir dans le domaine économique.

Les balances commerciales américaine et allemande

Encore une fois, l’on peut voir ici les signes d’une “diplomatie du populisme” : Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à diviser l’Europe où, pis encore, de se la mettre à dos comme le fait Donald Trump, et pourtant, c’est ce qu’il fait afin de séduire sa base. S’attaquer au pays de l’ouverture des frontières économiques et migratoires, de la “mondialisation sauvage” ne peut-être que bénéfique pour un Donald Trump en difficulté et qui a besoin de mobiliser sa base afin de se stabiliser, l’on peut alors se poser la question d’une diplomatie au service du politique, ainsi, le président utiliserait la politique étrangère du pays à ses intérêts personnels. Cela pourrait aussi expliquer le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris. C’était une promesse du candidat républicain, il l’a mis en exécution malgré les réticences de Jared Kushner et d’Ivanka, mais sous les applaudissements de Steve Bannon. Encore une fois, le président américain fait plaisir à sa base et met en place son “America First” qu’il avait tant scandé. Traditionnellement, les Etats-Unis aiment mener des accords, mais détestent s’en faire imposer, c’est pour cela que même l’Administration Obama était réticente à adopter un traité contraignant, mais ici, Donald Trump abandonne tout effort de l’Amérique à se prêter au monde multipolaire. Les Etats-Unis passent avant, quitte à en sacrifier la planète. Quelles sont les conséquences diplomatiques pour Washington? Désastreuses. Quelles seront les conséquences économiques? Nulles, voire négatives. Quelles sont les conséquences politiques? Des Etats, des villes et des acteurs locaux qui disent non à Trump, ce qui, à terme pourrait être dangereux pour Trump. Si Washington dit “nous sortons” et qu’aucun Etat américain ne suit l’Etat Fédéral, cela pourrait poser une très grave crise d’autorité aux Etats-Unis, la Maison-Blanche ne serait plus le seul shérif du territoire américain, chaque Etat chercherait à faire face à ce Shérif quelque peu injustice, et peut-être un peu despote, aussi. Ainsi, à terme, cela est dangereux pour l’économie, la diplomatie et la vitalité de l’Union elle-même.

Vidéo émise par la Maison-Blanche vantant le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris

Nous pourrions mêler le retrait des Etats-Unis de la COP21 à la politique belliciste que l’administration Trump tient à l’égard de l’Allemagne. Tout ce qui représente des traités globaux et globalisant au sens mondialiste du terme sont vilipendés par la nouvelle administration, quitte à se mettre des alliés historiques à dos. Néanmoins, le salut pourrait tout de même venir d’Europe, ou de tout près…

Le Royaume-Uni : La passerelle?

Donald Trump et Theresa May discutant lors de la première visite du Premier Ministre britannique à Washington

Depuis bien longtemps, et surtout depuis 1973, Londres était accusé d’être “un cheval de Troie à la solde des Etats-Unis” qui avait infiltré l’Europe afin de s’assurer de l’influence anglo-saxonne sur l’organisation. Disons qu’il y a du vrai, mais aussi pas mal d’exagération. Néanmoins, en 2016, le Royaume-Uni a rendu un verdict très clair : Le Royaume-Uni sort de l’Union Européenne, et ce n’est pas juste une promesse en l’air. La question est la suivante : Est-ce que, maintenant en procédure de divorce avec Bruxelles, le Royaume-Uni ne va t-il pas jouer un véritable rôle de passerelle entre Washington et l’Europe. Depuis bien longtemps, c’était son rôle mais toujours en avantageant quelque peu les Etats-Unis, maintenant, l’on a l’impression qu’avec la brouille Washington/Berlin, Londres pourrait bien être le salut des relations transatlantiques. Et si à travers son départ, Londres pouvait être le “pays neutre” qu’il fallait. En effet, le Royaume-Uni a tout à gagner en jouant le rôle de médiateur dans ces relations diplomatiques. Theresa May et Donald Trump s’entendent très bien étant donné qu’ils partagent les mêmes idées en économie, celle d’un Etat qui protège le peuple en évitant les traités de libre-échange, en évitant l’ultralibéralisme qui aurait mené les économies des deux nations à la ruine. Londres a donc maintenant deux voies :

  • Utiliser Trump afin de fracturer les relations transatlantiques pour que le “Hard Brexit” soit à l’avantage des britanniques si l’Union Européenne rechigne à établir un partenariat qui accommoderait les britanniques. En effet, si les britanniques ont Trump avec eux, ils pourraient très bien faire peser les Etats-Unis dans la balance, en faisant une sorte de chantage.
  • Devenir une passerelle essentielle entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, profitant donc des deux marchés, et jouant le rôle de médiateur, ce qui permettrait au Royaume-Uni de gagner une influence diplomatique non-négligeable, et qui éviterait à la City de devoir subir les éventuels affrontements économiques de la première option.

L’espoir peut donc venir de Londres. En conclusion de cette première partie, nous pouvons considérer que la diplomatie américaine en direction de l’Europe est en rupture avec celle de ses prédécesseurs. Alors que Barack Obama avait déjà commencé à s’éloigner de l’Europe à travers son pivot vers l’Asie, Donald Trump lui tend à casser nette les relations transatlantiques. Nous allons maintenant voir les relations des Etats-Unis du 45e président avec les nations que l’on peut classer comme étant ne faisant pas consensus.

Un rapprochement avec les nations lâchées par Barack Obama

Donald Trump prenant part à la danse du sabre en Arabie Saoudite

Ce que nous pouvons remarquer, c’est que le nouveau président des Etats-Unis met un point d’honneur à réconcilier l’Amérique avec les nations qui s’étaient brouillées avec l’Amérique d’Obama. Nous savons par exemple que Barack Obama était assez méfiant avec l’Arabie Saoudite, qu’il était totalement en tension avec la Russie et qu’il ne parvenait plus à un dialogue constructif avec Benyamin Netanyahu. Nous allons voir dans cette partie que Donald Trump va essayer de se rapprocher de ces nations comme pour faire un pied-de-nez à l’ancien président des Etats-Unis. Encore une fois, une question se pose, est-ce pour plaire à la base et donc pour faire du populisme ou est-ce vraiment dans l’intérêt des Etats-Unis de s’allier à ces nations?

Israël : Entre soutien à la droite dure et tentative d’obtenir la paix

Donald Trump au mémorial de Yad Vashem

Les relations entre les Etats-Unis et Israël sont historiques. Le lâchage diplomatique de la France vis-à-vis de l’Etat Hébreu, ce sont les Etats-Unis qui ont pris la relève, en effet, Washington considère que c’est un devoir moral que de soutenir l’Etat Juif qui s’est constitué exactement comme les Etats-Unis et qui semble être, comme eux, une terre promise. De plus, la communauté juive américaine est la plus importante communauté juive du monde, et celle-ci arrive à faire valoir son opinion à travers divers lobbys au Congrès tels que l’AIPAC qui est le plus connu, mais aussi JStreet par exemple. Au départ, Donald Trump prônait une neutralité des Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien, il y a de fortes chances que celui-ci, voulant continuer sur sa ligne isolationniste, pensait que sa base allait le suivre aussi sur ce point de vue là. C’est faux, les sympathisants républicains sont très pro-israéliens, mettant souvent en parallèle leurs croyances personnelles en relation avec le retour des Juifs en terre d’Israël. Il y a aussi l’idée qu’Israël se défend contre le terrorisme depuis sa création, et qu’il est donc un modèle. Donald Trump va donc très rapidement réindéxer sa stratégie en promettant de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. En effet, alors que la communauté internationale reconnaît Tel-Aviv comme étant la capitale israélienne, l’Etat Hébreu considère que c’est Jérusalem qui est la “capitale une et indivisible du peuple Juif et de l’Etat d’Israël”. Le président avait donc promis de transférer l’ambassade afin de reconnaître Jérusalem comme capitale israélienne, néanmoins, il semblerait que la Maison-Blanche ait fait marche arrière. Même si les américains peuvent encore décider de transférer l’ambassade, pour le moment, aucun changement n’est prévu. Il faut aussi noter un autre moment de la visite, Donald Trump fut le premier président à aller se recueillir sur le mur des lamentations qui est un monument très important pour les Juifs étant donné que c’est l’endroit le plus proche du temple dans lequel seul le Grand Prêtre d’Israël pouvait pénétrer. Jusque là, nous pourrions avoir l’impression que Trump admet clairement que le mur est à Israël et qu’il ne représente qu’un héritage Juif, mais c’est sans compter un élément très important : Donald Trump a refusé d’être accompagné d’un officiel israélien pour aller se recueillir et cela est révélateur, cela signifie qu’il ne veut pas prendre position dans l’appartenance du mur des lamentations.

Donald Trump se recueillant au Mur des Lamentations

Cela est totalement en contraste avec la politique annoncée, et même avec le nomination de l’ambassadeur américain en Israël qui est David Friedman, et c’est pour la première fois un ambassadeur ouvertement en faveur de l’annexion de la Cisjordanie, ou tout du moins d’une continuation de la politique israélienne de colonisation. A côte de cela, Donald Trump rencontre Mahmoud Abbas à la Maison-Blanche afin de parler de la paix et maintient de bonnes relations avec l’autorité palestinienne, lors d’une conférence de presse il parle même d’une solution à un Etat, en bref, la politique étrangère américaine très indécise et qui passe du tout au tout, nous avons un président américain qui est proche de Likoud, qui nomme un ambassadeur conservateur, qui veut transférer l’ambassade et à côté de cela nous avons un président qui rencontre Abbas à la Maison-Blanche, qui milite pour la paix et pour la réconciliation entre israéliens et palestiniens. Ici, il y a des chances qu’il y ait en réalité une lutte de pouvoir au sein de la Maison-Blanche, Steve Bannon qui milite pour une ligne très dure et Jared Kushner et Ivanka qui eux, militent probablement pour l’apaisement. En tout cas, les relations israélo-américaines sont à surveiller, et de loin car même si l’Etat Hébreu appréciera la croisade anti-Iran que le président américain mène, il n’est pas sûr qu’ils apprécient pour autant sa complaisante avec l’Arabie Saoudite.

L’Arabie Saoudite : Combattre le feu par le feu

Donald Trump et le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud fin mai 2017

Lors de sa tournée internationale, le président américain a tenu voyager pour la première fois… En Arabie Saoudite! En effet, c’est la première fois que la première visite internationale d’un président a lieu dans la Royaume de Saoud, cela est très étonnant pour le président qui s’attaquait au fait que la fondation Clinton aurait été proche des saoudiens lors de la campagne, et que celui-ci a aussi gagné la présidence grâce au sujet du terrorisme. Donald Trump va donc pour cette fois essayer de laisser sa base de côté pour se mêler à une diplomatie plus cohérente. En Arabie Saoudite, le président américain se fait chantre de la lutte contre le terrorisme, c’est ainsi qu’il va inaugurer le “Global Center for combating Extremist Ideology”. Dans son discours devant le monde arabe, le président américain va prôner une grande alliance contre le terrorisme, et le fait intéressant est que pour Trump, le terrorisme vient de Téhéran, et l’Iran est bien le démon dans cette bataille du “bien contre le mal”, ainsi, l’Arabie Saoudite et les sunnites seraient les nations du bien, du “bon Islam” qui se confronteraient à l’Iran qui est représentant du “mauvais Islam”. Cela est tout de même assez étonnant alors que l’on sait que la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite est une des causes de la déstabilisation du Moyen-Orient. De plus, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite auraient signé un traité d’armement, les Etats-Unis exporteraient des armes vers l’Arabie Saoudite et nous retrouvons ici le côté “business” de Donald Trump qui passe au dessus de la diplomatie. Il y a de très fortes chances que cela rompe l’équilibre déjà fragile de la région. De plus, l’isolement récent du Qatar par les nations sunnites pourrait avoir été influencé par la visite de Donald Trump, cela va déstabiliser la région et va renforcer l’opposition entre l’Iran et l’Arabie Saoudite qui pourraient donc être tentés de continuer une guerre de l’ombre et même de l’approfondir. De plus, cela pourrait aussi convaincre les iraniens du bien fondé de la recherche nucléaire militaire, car même si l’Arabie Saoudite n’a pas l’arme nucléaire, certaines rumeurs disent que l’Arabie Saoudite aurait payé les pakistanais pour créer des bombes nucléaires et les garder sur territoire pakistanais afin d’aller les chercher en cas de conflit ou de problème. Ainsi, l’Arabie Saoudite serait une sorte de puissance nucléaire par procuration pendant que l’Iran pourrait l’être bientôt si les iraniens décident de violer le traité signé il y a peu. Une autre question se pose concernant la politique américaine au Moyen-Orient : Est-il possible que Donald Trump procède à des frappes préventives contre le régime iranien? Par exemple, l’Amérique de Trump pourrait-elle frapper la centrale nucléaire de Bushehr en sommation? Nous ne pouvons rien prévoir à l’heure où j’écris cet article, l’administration américaine pourrait être poussée par la droite dure israélienne mais aussi dorénavant par les saoudiens qui pourraient vouloir agir avec fermeté contre l’Iran en déclenchant une guerre ouverte. Cela tournerait alors à un affrontement entre d’un côté les Etats-Unis, Israël, l’Arabie Saoudite et la Ligue Arabe face à l’Iran, aux chiites et à la Russie (éventuellement?). Nous avons donc ici les risques d’un détonation au Moyen-Orient qui pourrait subvenir si un des acteurs met le feu au poudre. Et bien que le Moyen-Orient a l’air assez calme actuellement malgré l’isolement du Qatar, nous ne devons pas nous y tromper, l’on a l’impression de voir un mouvement de somnambules comme pour la première guerre mondiale : Un jeu d’alliance qui peut vite tourner en conflit globalisé.

La Russie : Ambiguïté de la présidence Trump

TIME du 29 mai 2017 présentant la Maison-Blanche se faisant avaler par le Kremlin

La Maison-Blanche a-t-elle été infiltrée par le Kremlin? C’est la question sur toutes les lèvres à Washington et dans le monde. Depuis l’élection de Donald Trump, l’on se pose une question : Les russes ont-ils influencé l’élection présidentielle américaine? Cela est probable, mais pas prouvé. Et cette affaire emmène les habitants de la Maison-Blanche dans la tourmente, pis encore avec le renvoi de James Comey, directeur du FBI, qui, au moment où j’écris ces lignes, s’apprête à témoigner concernant l’enquête qu’il a mené sur l’implication russe dans l’élection, mais aussi sur le fait que Donald Trump aurait exercé des pressions sur la justice afin que l’on abandonne l’enquête. Par ailleurs, le 10 mai 2017, Donald Trump rencontre des officiels russes et déclare “ Je viens juste de virer le directeur du FBI. Il était fou, un vrai cinglé”. Ce n’est pas forcément une chose que l’on dit à des diplomates d’un pays étranger, surtout quand il s’agit de la Russie, de plus, juste après que cette rencontre ait fait scandale, Vladimir Poutine a proposé de fournir les enregistrements de la conversation pour prouver qu’il n’y a pas eu de malversation ou de problèmes. Cela laisse donc même à supposer que le président russe écoutait, ou tout du moins a écouté la rencontre et que les russes ont enregistré une rencontre qui était sensée être secrète à huit clos au sein du bureau ovale. La réaction du président russe a ainsi crée un sur-scandale, ce qui n’est pas du tout bon pour l’administration Trump qui est vue de plus en plus comme une administration infiltrée de toute part par les russes ou totalement docile vis-à-vis du Kremlin. Et c’est ici que Trump a réussi un coup de maître, il a réussi à tenir une ligne de conciliation avec la Russie devant le parti républicain, parti qui historiquement est pour une ligne dure avec les russes. Le républicain Mitt Romney, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 s’était positionné pour plus de fermeté avec la Russie, déclarant même que ce pays était l’ennemi géopolitique n°1 des Etats-Unis! Le parti républicain est aussi le parti de Ronald Reagan, anticommuniste viscéral qui dans son premier mandat était d’une fermeté sans faille contre les soviétiques. Nous avons donc un véritable changement idéologique au sein du parti républicain concernant cette question, Donald Trump avait même réussi à retirer la mention “envoyer des armes défensives à l’Ukraine” du programme des républicains en 2016. Pour autant les Etats-Unis sont-ils aussi conciliants avec la Russie que nous aurions pu le penser? La réponse est non. Les Etats-Unis n’ont pas hésité à bombarder une base militaire syrienne le 7 avril 2017 sans prendre en compte l’avis russe. Les Etats-Unis s’en prennent publiquement à l’Iran qui est pourtant un allié de la Russie de Vladimir Poutine. Donald Trump veut tout de même rester dans l’OTAN et annonce à Bruxelles que la Russie reste une menace potentielle pour les européens que ce soit à l’est ou au sud. Par ailleurs, les deux dirigeants ne se sont toujours pas rencontrés. Est-ce simplement du vent ou Donald Trump veut-il réellement se confronter à la Russie lorsque les intérêts américains sont menacés? Dans le contexte actuel, il y a peu de chances que les Etats-Unis restent dociles vis-à-vis de la Russie, si Trump veut sauver sa présidence, il va devoir mener une politique de fermeté vis-à-vis de Moscou, de plus, il a besoin de cela afin de fédérer les républicains qui contrairement à lui sont majoritairement en faveur d’une ligne dure avec les russes. Nous pouvons donc envisager le fait que les relations entre la Russie et les Etats-Unis seront encore des relations complexes et froides, comme à l’époque de Barack Obama, mais l’on se demande quel tournure ce genre de tensions pourrait prendre :

  • L’aggravation des conflits indirects au Moyen-Orient : Les tensions entre les deux nations pourrait s’affronter dans des conflits asymétriques au Moyen-Orient comme par exemple pour le cas de l’Iran et de l’Arabie Saoudite que nous avions pu aborder auparavant.
  • La continuation des manœuvres de déstabilisation mises en place par le Kremlin afin de déstabiliser les européens. Cela est concrétisé par l’envoi d’avions militaires ou de navires de guerre près des côtes européennes.
  • L’aggravation de l’intervention russe en Ukraine même si cela paraît peu probable étant donné que cela donnerait une bonne raison aux européens et aux américains de s’allier malgré les tensions abordées dans la première partie.

En bref, encore une fois, nous nous retrouvons avec une diplomatie qui boite. Donald Trump essaye de se rapprocher de certaines nations qui étaient autrefois vilipendés par Barack Obama. Néanmoins, une nouvelle fois, nous nous retrouvons à observer une diplomatie qui n’est pas cohérente et qui tangue, la diplomatie américaine ne sait pas sur quel pied danser. Doit-elle mener une politique favorable aux néosionistes ou doit-elle privilégier le post-sionisme et l’éventualité d’un accord de paix? Doit-elle soutenir l’Arabie Saoudite au prix de nouveaux attentats mais d’un éventuel affaiblissement de l’Iran ou doit-elle tourner le dos à la nation qui fait du wahhabisme le fer de lance de sa diplomatie religieuse, ou encore, l’Amérique doit-elle adopter une ligne dure face à la Russie comme l’ont fait les anciens présidents ou doit-elle adopter une ligne plus conciliante avec Moscou afin de dégeler les relations entre les deux nations? Nous avons constamment l’impression que Donald Trump pioche dans chacune des solutions ce qui créer un melting-pot d’actions incohérentes qui, à long terme pourraient devenir dangereuse pour cette Amérique sur le déclin.

Le retour de l’Amérique agressive et insolente?

Le président américain munit d’un gilet de l’USS Ford

Avec la sortie du budget et l’actuel bellicisme de Donald Trump vis-à-vis de certaines nations, les Etats-Unis semblent renouer avec leur insolence de l’ère Bush, et pourtant, ils n’ont pas subit d’attentats ou d’attaque grave comme ce fut le cas lors du 11 Septembre. Affaiblis par la mondialisation selon certains, les Etats-Unis se sentent agressés et réagissent donc en tant que tel. A travers 3 exemples, nous allons voir comment réagit l’Amérique de Trump face aux “ennemis” de la nation.

La Chine : Meilleure ennemie?

Donald Trump et Xi Jinping à Mar-a-Lago en Avril 2017

La Chine, voilà un sujet majeur de discorde pour l’administration Trump. En effet, l’aversion de Trump pour l’Empire du milieux n’est pas inconnu, combien de fois a-t-il scandé “China” dans ses meetings pour dénoncer cette puissance qui profiterait des délocalisations américaines et qui jouerait de sa monnaie pour être plus compétitive face à des Etats-Unis en difficultés? N’est-ce pas ce même candidat à l’élection présidentielle américaine qui accusait la Chine d’avoir inventé le réchauffement climatique afin d’obliger les pays occidentaux à se serrer la ceinture dans le domaine économique/écologique? Néanmoins, maintenant que “The Donald” est président, il est temps d’arrêter de s’attaquer à la Chine comme un candidat peut le faire et de dialoguer avec la seconde économie mondiale. Au tout début, Donald Trump commet une erreur, il prend l’appel de la présidente de Taïwan, cela est ce que l’on peut appeler une erreur étant donné que depuis 1972, les Etats-Unis reconnaissent la République Populaire de Chine comme étant la “Seule Chine”. Donald Trump remet donc en cause la première règle des relations sino-américaines dès le début. Pour finir, la Maison-Blanche exprimera le fait que les Etats-Unis continuent de reconnaître la Chine unique, mais les chinois ont tout de même eu peur de voir une administration américaine très anti-chinoise et très agressive. Lors de la visite du président chinois à Mar-A-Lago en Avril 2017, l’on peut voir que l’ambiance est plutôt chaleureuse, les petits enfants de Donald Trump vont chanter au président Jinping une musique en chinois, et pendant le gâteau, le président américain annonce au président chinois qu’il va bombarder la Syrie après les attaques chimiques qu’auraient orchestrées le régime d’Al-Assad. Cela permet de cerner deux hypothèses, la première c’est que Donald Trump pourrait vouloir coopérer avec la Chine, il annonce au président Jinping la frappe afin de lui expliquer qu’il veut discuter avec lui de ce genre d’actions, qu’il veut le mettre au courant et lui montrer que l’avis de la Chine est bon à entendre, pourrions nous ainsi arriver à ce fameux “G2” ou à la “Chinamérique”? Nous pourrions alors faire un rapprochement historique assez intéressant avec la relation entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Au départ, Ronald Reagan avait fait sa campagne présidentielle sur un anticommunisme viscéral et sur l’idée de faire bloc contre l’Union Soviétique afin de mettre en place la doctrine de “Rollback” c’est-à-dire ne plus simplement endiguer le communisme, mais aussi le faire régresser avec tous les moyens possibles. Mais, lors de l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, le président américain va se montrer plus conciliant, et les deux dirigeants vont se mettre à coopérer ensemble sur beaucoup de sujets, c’est ainsi que les deux dirigeants ont signé le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 1987 à Washington. Pouvons-nous espérer une même relation entre Donald Trump et Xi Jinping, c’est à souhaiter. Un autre facteur entre également en jeu, contrairement à la relation entre les USA et l’URSS, nous avions deux grandes puissances idéologiques qui ont toutes les deux connues les mêmes problèmes : Régression de leur influence, perte de vitesse, de puissance. Nous n’avons pas le même cas de figure aujourd’hui, la Chine n’est pas une puissance idéologique, loin s’en faut, la Chine est une puissance économique et simplement économique, tout est bon pour continuer à grossir économiquement, il ne s’agit pas de répandre une idéologie dans le monde. Sous les derniers présidents américains, nous avions toujours l’idée de la destiné manifeste, l’établissement de la démocratie constitutionnelle et libérale dans le monde, Donald Trump lui ne veut pas de ce rôle pour l’Amérique, celui-ci souhaite une puissance qui se recentre sur les intérêts économiques du pays, sans passer par l’idéologique comme nous avions pu le voir au dessus lorsque celui-ci disait vouloir que les Etats-Unis ne soient plus les gendarmes du monde. La seconde hypothèse est que les Etats-Unis restent en position d’affrontement frontal avec la Chine, nous avons déjà pu le voir avec le bombardement de la base militaire en Syrie, il ne s’agit sûrement pas de redevenir les gendarmes du monde, mais de montrer à Pékin que les Etats-Unis ne reculeront devant rien pour imposer leurs intérêts, comme si la Syrie n’avait été qu’un bac-à-sable où un coup de semence pouvait être tiré afin de prévenir le monde entier : l’Amérique est de retour, et elle imposera ses stratégies afin de préserver ses intérêts. Nous avons aussi les multiples sorties de la Maison-Blanche qui disaient que si la Chine n’était pas d’une aide véritable pour calmer les ardeurs de la Corée du Nord, alors les Etats-Unis interviendront unilatéralement et seuls. Nous aurions donc une sorte de retour à une Amérique agressive et surtout arrogante. Les conséquences de cette politique seraient une isolation des Etats-Unis. Nous le voyons déjà avec le retrait de l’accord de Paris, il y a de fortes chances que l’Amérique se retrouve finalement affaiblie sur la scène internationale après cette décision, certains européens parlant d’instaurer une taxe carbone sur les exportations américaines par exemple.

Dessin de Chappatte

Nous pouvons aussi citer le discours du président chinois au forum économique de Davos le 17 janvier 2017 :

«Nous devons rester attachés au développement du libre-échange et des investissements, et dire non au protectionnisme. Promouvoir le protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une pièce noire. Personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale»

Qui aurait pu imaginer la République Populaire de Chine fondée par le communiste Mao Zedong récupérer le monopole de la défense du libéralisme économique aux Etats-Unis? Le risque est bien là pour les Etats-Unis, en s’enfermant dans leur protectionnisme et leur isolationnisme diplomatique, ils laissent à la Chine le champs libre pour prendre la tête du monde dans le domaine économique et diplomatique. Ainsi, Donald Trump qui fustigeait le déclin américain pourrait être par ses actions le président qui fera décliner les Etats-Unis de manière radicale.

La Corée du Nord : Le test de patience

L’US Army envoyant la défense anti-missile THAAD en Corée du Sud

Depuis la fin de la Guerre Froide, la Corée du Nord est le dernier bastion communiste qui fait encore parler de lui. Nous aurions pu aussi citer Cuba par exemple, mais force est de constater que c’est bien Pyongyang qui défi la communauté internationale à chaque occasion qu’il a de se montrer fort face au reste du monde. Depuis, les administrations américaines ont fait consensus : “on isole la Corée du Nord et on la laisse s’énerver toute seule” pour résumer vulgairement l’attitude américaine vis-à-vis de la Corée. Néanmoins, depuis quelques années l’on remarque que la Corée du Nord devient de plus en plus agressive avec ses voisins et surtout de plus en plus ambitieuse dans le développement d’arme comme des missiles afin de frapper les voisins. Alors évidemment, la Corée du Nord ne se risquera sûrement pas à attaquer une nation voisine, en réalité, le dirigeant nord-coréen met en place des exercices afin de garder sa population sous contrôle. Si celui-ci arrive à maintenir un ennemi : Les Etats-Unis (et le bloc occidental), qu’il arrive à maintenir son armée par le développement d’armes et qu’il arrive à maintenir sa propagande, il arrivera à garder la Corée du Nord sous son joug. Néanmoins, le président américain ne voit pas cela de cet œil, c’est pourquoi nous voyons que l’Amérique devient de plus en plus frontal contre la Corée du Nord et que nous avons l’impression qu’un conflit est imminent. En réalité, il y a de fortes chances que Donald Trump utilise la même stratégie. En effet, le principal reproche qui avait été fait à Barack Obama était de ne pas être assez ferme avec les nations “ennemies” des Etats-Unis, ainsi, avec la fin du mandat Obama, nous remarquons que la présidence Obama était en fait marquée par une guerre de l’ombre, Barack Obama ne voulait pas de guerres frontales, mais concernant la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et d’autres nations, ce fut les guerres secrètes qui étaient de mises. Donald Trump lui sera bien plus favorable à des actions concrètes et vues par le monde. L’on peut par exemple citer l’utilisation d’un MOAB le 13 avril 2017. Il s’agit de la bombe conventionnelle la plus puissante de l’armée américaine, elle n’avait jusque là jamais été utilisée. Cela montre bien la volonté de Donald Trump d’imposer la puissance américaine et de la montrer au monde, nous avons donc le retour du “Hard Power” à l’américaine, opposé au “Smart Power” de Barack Obama qui avait été mis en place par Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat. Cette volonté de Donald Trump de montrer les muscles explique aussi l’envoi d’un groupe aéronaval près de la Corée, non pas que le président américain ait eu pour idée de s’attaquer frontalement à la Corée du Nord, mais celui-ci veut faire des démonstrations de force afin d’espérer dissuader, voire même effrayer la Corée du Nord. Le problème est que la stratégie de la confrontation maritime avait déjà été jouée entre 1995 et 1996 lors de la Troisième crise du détroit de Taïwan. Lors de cette crise, il ne s’agit pas de la Corée mais de la Chine. Celle-ci met en place des exercices militaires près de Taïwan après que le président de la République de Chine (Taïwan) ait été aux Etats-Unis, remettant quelque peu en cause l’idée de la Chine Unique, (qui fut d’ailleurs dévoyée par Trump au début de son mandat), quand Bill Clinton alors président, avait envoyé deux groupes aéronavals, cela avait fonctionné de façade car les chinois arrêtèrent leurs manœuvres militaires. Mais cela eut un effet pervers : En effet, les chinois redoublèrent d’effort afin de ne plus être pris en porte-à-faux face à l’US Army. Depuis, la marine chinoise est en pleine croissance et essaye d’être en mesure de pouvoir rivaliser avec l’US Navy en territoire chinois et régional. Nous pouvons craindre une réaction similaire de la part de Pyongyang, forcé de reculer devant la puissance de feu américaine, la Corée du Nord cherchera à sanctuariser son territoire à travers le développement d’armes nucléaires comme a pu le faire l’Iran par exemple. Les relations à venir seront donc tendues entre les deux nations, bien plus qu’auparavant, de plus, la mort de l’étudiant américain Otto Warmbier ne va pas faciliter les choses, c’est en effet un Casus Belli qui n’a jusque là pas été invoqué par Trump pour justifier une quelconque action militaire, mais qui pourrait bien lui servir le jour où il pourrait décider d’intervenir, s’il le décide. Il faut aussi noter que, tout comme l’apaisement relatif avec la Chine, la Corée du Nord ira peut-être en contradiction avec sa diplomatie du populisme, car même si Trump tient sa promesse d’une diplomatie américaine plus ferme et plus agressive, tout du moins de façade, il faut partir du principe que si Donald Trump veut affaiblir la Corée du Nord, il faudra renforcer les voisins que sont la Corée du Sud et le Japon, il devra alors briser sa promesse de ne pas continuer à protéger les nations qui ne payent pas assez pour être défendues par les Etats-Unis. De ce fait, il lui faudra trouver un consensus, soit essayer de sauver l’image en demandant une somme dérisoire, soit essayer de s’en sortir sans l’aide de la Corée du Sud et du Japon, avec le risque pour l’Amérique de s’apercevoir qu’elle n’a plus sa force d’antan, et qu’elle n’est plus en mesure d’agir dans le monde unilatéralement comme ce fut le cas lors de la toute fin de la Guerre Froide.

Syrie : L’ambiguité de la politique américaine : Is America still the Sheriff in town?

Donald Trump et Bashar Al-Assad

Dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, Donald Trump étonne le monde entier en ordonnant une frappe sur une base militaire syrienne pour répondre à une attaque chimique qu’aurait orchestrée l’armée syrienne, voici un extrait de son allocution :

En utilisant un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, femmes et enfants sans défense. Beaucoup ont connu une mort lente et brutale. Même de beaux bébés ont été cruellement assassinés dans cette attaque véritablement barbare. Aucun enfant de Dieu ne devrait avoir à subir une telle horreur.
Ce soir, j’ai ordonné une frappe militaire ciblée sur la base aérienne en Syrie d’où a été lancée l’attaque chimique. Il est dans l’intérêt vital de la sécurité nationale des Etats-Unis d’empêcher et de dissuader la dissémination et l’utilisation d’armes chimiques mortelles. […]
Pendant des années, de précédentes tentatives pour faire changer le comportement d’Assad ont toutes échoué, et échoué véritablement dramatiquement. En conséquence, la crise des réfugiés continue de s’aggraver et la région continue d’être déstabilisée, menaçant les Etats-Unis et ses alliés.

Donald Trump ici utilise le registre pathétique, il essaye de susciter de l’émotion chez ceux qui l’écoutent et probablement chez les américains. Pourquoi? La première possibilité est que Donald Trump ait été touché de voir des enfants mourir asphyxiés à cause du gaz chimique. La deuxième possibilité, additionnable à la première, est que Donald Trump vient de trahir sa diplomatie du populisme. Celui-ci s’attaquait à l’interventionnisme de l’Establishment qui conduit l’Amérique au déclin, mais il vient de réitérer l’action en s’attaquant au régime de Damas avec lequel il était plutôt “compréhensif” lors de sa campagne. Ici aussi, deux de ses deux promesses se contredisent, il veut que l’Amérique soit forte, mais peut-elle l’être sans son rôle de gendarme du monde? Rôle que Trump ne veut pas que l’Amérique joue. Il est donc dans un impasse. Pour le moment, Donald Trump ne se prononce que peu sur la Syrie, malgré le fait qu’Emmanuel Macron ait envisagé l’idée que les Etats-Unis et la France agissent de manière coordonnées en cas de nouvelle attaque chimique venant de Damas. Il est en revanche peu probable que les Etats-Unis envahissent la Syrie sur le sol, étant donné qu’en faisant cela, les Etats-Unis s’embourberaient et Donald Trump serait complètement lâché par sa base électorale. L’on peut donc voir une chose : La Syrie est bel est bien l’enjeux principal de la présidence Trump, et ce qui le couronnera de succès ou le perdra. Si Donald Trump gère bien le cas syrien en associant les faucons interventionnistes, les modérés et sa base isolationniste, alors au point de vue intérieur sa diplomatie sera un succès, en revanche, s’il perd son pari sur la Syrie, et qu’il intervient plus qu’il ne le devrait pour sa base par exemple, alors il sera lâché et continuera finalement la logique d’une Amérique shérif qui se doit d’intervenir dès qu’une situation dérape. Car dans son discours, l’on peut voir qu’il essaye de rapprocher son action à une défense des intérêts américains quand il parle de la crise migratoire qui frappe les Etats-Unis dont la Syrie est la cause. Mais ce n’est pas un intérêt direct, c’est une relation de cause-conséquence. Cela pourrait nous faire penser au fameux discours de Lyndon Johnson lors de la guerre du Vietnam où celui-ci explique que perdre la guerre au Vietnam pourra être néfaste pour la sécurité nationale américaine. Cet argument avait peu marché car la désillusion avait éclaté peu de temps après, les américains ne comprenant pas vraiment pourquoi les américains allaient se battre loin de leur pays. Nous avons peut-être la même situation ici, pourquoi les américains dépenseraient des milliards et iraient se battre dans un pays alors qu’il suffirait que les frontières soient plus contrôlées et que les quotas de migrants ne soient pas appliqués? Donald Trump pourrait peut-être voir sa présidence plonger à cause de ce conflit si ce conflit intensifie et oblige les Etats-Unis à y intensifier leur présence. Car cela pourrait bien tuer “America First” peut-être un peu trop en contradiction avec le “Make America Great Again” qui nécessite une Amérique forte et présente dans le monde afin qu’elle soit en capacité hégémonique, et donc forte.

Conclusion

Donald Trump, encore candidat aux primaires républicaines de 2016

En conclusion, Donald Trump mène bel et bien une diplomatie du populisme, pourtant, celle-ci sera difficilement conciliable, car les deux voies qu’il prône vont forcément se rencontrer et créer une division :

  • D’un côté, le président Trump veut une Amérique qui s’isole et qui ne défend que ses intérêts premiers, cela est visible à travers son slogan “America First”, l’Amérique se doit d’arrêter d’être le gendarme du monde, elle doit maintenant se replier pour fermer ses blessures et surtout renégocier les traités qui lui seraient défavorables en faisant fi de la mondisalisation.
  • D’un autre côté, le président Trump défend le slogan “Make America Great Again” qui suppose une certaine hégémonie américaine, les Etats-Unis ne sont grands que quand ils sont présents, ce sont bien les nombreux traités des Etats-Unis dans le monde et leur présence militaire accrue qui lui permette de dominer l’hémisphère de par leur puissance diplomatie, économique et militaire.

Donald Trump essaye donc de contourner les règles classiques de la géopolitique pour plaire à son électorat mais comme nous avons pu le voir à certaines occasions, les règles de la géopolitique ne sont pas outre-passables dans certains cas de figure. Pour le moment, cela ne lui a pas véritablement porté de préjudice grave à part dans l’histoire de connivence avec la Russie même si ce sujet reste plutôt un sujet de politique intérieure. Nous verrons jusqu’à quand Donald Trump pourra tenir cette lignée populiste en politique étrangère, et quand est-ce que les Etats-Unis se devront de réagir en choisissant entre les deux options ci-dessus : L’isolationnisme total ou la continuité d’une politique étrangère interventionniste.

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