Le Kremlin, la Maison-Blanche et l’Elysée : Le prochain axe du nouveau nationalisme?

Image provenant du Financial Times représentant Marine Le Pen, Donald Trump et Vladimir Poutine en armure de chevalier sur des chevaux.

Depuis l’élection de Donald Trump, les occidentaux découvrent un nouveau nationalisme qui n’avait pas frappé une grande nation occidentale depuis bien longtemps. Le monde européen par exemple n’était plus habitué à ce qu’un choc conservateur s’empare d’une nation et se mette à établir des lois réactionnaires comme celles que Donald Trump a pu mettre en place à la Maison-Blanche dès son arrivée. Force est de constater qu’avec l’élan de progressisme présent en Occident depuis la fin de la guerre froide où les conservateurs ne le sont que modérément et où les progressistes ont une majorité de la population avec eux, le retour du conservatisme dur est un choc pour les occidentaux. Ce conservatisme serait la fusion entre de vieilles valeurs : La puissance de la religion chrétienne ou d’une certaine opposition à certaines religions qui seraient vu comme non-conforme à la civilisation occidentale, un Etat-Fort qui tiendrait tête à une économie mondialisée considérée comme sauvage et donc dangereuse, une politique internationale favorable à un monde d’Etats et non d’organisations et un leader charismatique qui guiderait cette civilisation. Nous avons donc un populisme mixé à un nouveau nationalisme animé par un conservatisme profond et une envie de briser avec ce qui dure depuis une trentaine d’années. Néanmoins, ce conservatisme à la dure qui est même une réaction n’est pas nouveau, en réalité, il prenait toute sa force au plus près de l’Union Européenne, et pourtant, c’est le nouveau continent qu’il a frappé en premier…

LE KREMLIN : BASTION DU CONSERVATISME PERDU

Le Kremlin à Moscou, siège de la présidence russe.

Depuis que Vladimir Poutine est au pouvoir, le président russe a mis en place une assimilation très claire entre un conservatisme perdu et la Russie. Ce conservatisme perdu est un conservatisme qu’auraient perdu l’Europe et les Etats-Unis, en favorisant les droits de l’homme et l’immigration, l’Occident aurait laissé tomber les valeurs fondatrices de leur civilisation : C’est à dire les civilisations chrétiennes et blanches qui faisaient selon la Russie la grandeur de l’Occident. C’est ainsi que la Russie est vue comme la troisième Rome, c’est à dire le dernier bastion de la chrétienté dans le monde. C’est pourquoi des partis d’extrême-droite européens ou même certains politiciens de droite qu’ils soient européens ou américains soutiennent Vladimir Poutine et sa politique. Le Kremlin a donc mis en place un nouveau soft power qui n’est n’est pas économique comme avait pu l’être l’économie de marché à l’américaine, mais il met en place un nouveau mode de vie plus conservateur, qui serait respectueux de l’Eglise. L’Eglise orthodoxe est le pilier de ce nouveau soft power, les médias aussi comme RT ou Sputnik News. La Russie est aussi la principale nation à contester l’hégémonie américaine et la mondialisation. La Russie est en faveur d’un monde des nations qui ne seraient pas interconnectées mais qui seraient “libres de toutes entraves” c’est ainsi que la Russie s’oppose à l’OTAN, l’UE, autant par idéologie que par intérêt. Ainsi, la Russie a apprivoisé le conservatisme afin que celui-ci serve les intérêts russes, et cela fonctionne. Les dernières années, l’on a pu constater que beaucoup de partis français par exemple se tournaient vers Moscou. L’on peut très rapidement citer le Front National qui était pourtant pro-américain lors des années Reagan, mais qui dorénavant ne cache même plus son admiration pour Vladimir Poutine. Chez Les Républicains, le parti de droite qui est plutôt atlantiste historiquement, l’on a aussi un volte-face où énormément d’élus à l’instar de François Fillon, sont favorables à un rapprochement avec Moscou notamment concernant la lutte contre Daesh et à propos de l’idéologie. François Fillon par exemple serait exactement un des leaders dont le Kremlin voudrait l’essor en Europe au niveau des mœurs : Un conservateur chrétien prêt à se distancer de Washington. Ce néo-conservatisme ne date donc pas de l’élection surprise de Donald Trump et de la progression de Marine Le Pen, mais il s’agit d’un long processus de conversion idéologique des nations le plus en difficultés dans la mondialisation, cela n’a pas été complexe, les populations pauvres des nations qui furent le plus touché par la crise de 2008.

LA CHUTE DE LA MAISON-BLANCHE

La Maison-Blanche à Washington, demeure du président des Etats-Unis.

A travers ce titre quelque peu provocateur, l’idée est très claire : Le bastion de l’idéologie américaine est tombée en 2016. En effet, même si les Etats-Unis ont pu être très conservateurs notamment sous la présidence de Ronald Reagan, ce fut toujours sous un conservatisme très américain, le conservatisme du Tea Party par exemple qui prônait moins de dépenses publiques et moins d’impôts. Un conservatisme ultra-libéral et socialement conservateur qui était en phase avec l’idéologie américaine. Le conservatisme de Trump n’est pas réellement un conservatisme à l’américaine, en tout cas, il semble être assez éloigné de l’idéologie américaine en tant que telle. Chaque président, peu importe son idéologie économique ou sociale, a respecté un temps soit peu les institutions américaines, ce qui ne semble pas être le cas de Donald Trump, qui essaye de faire ce que Poutine fait : Un présidentialisme fort. Mais Donald Trump semble oublier que la Russie ne compte pas tous les contre-pouvoirs qu’ont les Etats-Unis afin d’éviter qu’un tyran de s’empare de la puissance américaine. Trump a payé le prix de son innocence lorsque la justice américaine a invalidé son décret sur l’immigration qui était non-conforme à la loi américaine. La colère de Trump nous montre bien que celui-ci ne supporte pas les contre-pouvoirs mais qu’il va devoir s’y habituer car la démocratie américaine est plus puissance qu’il ne le pensait. Même si celui-ci à emporté la plus grande élection du pays en brisant énormément de règles, il y a un ensemble de règles qu’il ne pourra pas briser : Celles de la Constitution. Ainsi l’on peut se demander si ce nouveau conservatisme made in Russia qui prône un retour aux sources blanches, chrétiennes, d’un Etat-fort et d’un monde des nations hors des alliances et de la mondialisation est possible. Peut-être dans la politique étrangère, mais il sera très complexe de mettre en place une politique interne aussi conservatrice pour Trump, qui va forcément s’opposer à un mur d’oppositions, et dans ce mur : Justice, contre-pouvoirs, médias et population. Car contrairement à Poutine, Trump ne pourra en aucun cas museler les médias. En revanche, en politique étrangère, son refus du libéralisme économique et son retour au protectionnisme peut être vu comme le retour de la politique sur l’économie et son décret anti-immigration nous montre bien sa vocation à ce que l’Amérique redevienne cette nation chrétienne et blanche, car derrière l’idée d’éviter un attentat terroriste se cache surtout l’idée de redonner à l’Amérique sa forme passée, c’est à dire blanche, chrétienne et conservatrice. Notons aussi cette volonté de faire des journalistes des “ennemis de la nation”. Donald Trump est en guerre avec la presse de son pays qu’il considère comme des “Fake News”. Il essaye de faire comme la Russie, où Vladimir Poutine ne laisse guère de marge de manœuvre à la presse qu’il peut mettre à genoux si ce qu’elle dit ne lui convient pas. Ce n’est absolument pas le cas aux Etats-Unis où la liberté de la presse est protégée par le premier amendement à la Constitution des Etats-Unis. En revanche, Donald Trump peut essayer de convaincre les américains de ce qu’il voit comme une hypocrisie des médias qui seraient de gauche et orientés. Et c’est déjà ce qu’il essaye de faire à travers ses attaques incessantes contre CNN et d’autres “Main Stream Medias”.

L’ELYSEE : PROCHAINE PROIE DE CETTE NOUVELLE RÉVOLUTION CONSERVATRICE?

L’Elysée à Paris, demeure du Président de la République Française.

Depuis quelques années, nous remarquons en France la montée du Front National, parti d’extrême-droite fondé en 1972. Celui-ci milite en faveur d’un Frexit, d’un retour à la monnaie nationale, d’une politique migratoire ferme mais aussi d’un protectionnisme économique. Cette montée aura été encore plus fulgurante lors des élections européennes où le parti populiste a obtenu 25% des voix, le plaçant au statut de premier parti de France dans cette élection. L’ascension de ce parti a pour cause exactement ce qui a conduit Donald Trump a être élu, la mondialisation mal-contrôlée est ressentie par les français qui veulent un repli sur soi. Les français sont aussi de plus en plus hostiles à l’Union Européenne qu’ils considèrent comme technocrate, mais surtout économiquement inefficace. De plus, les attaques sur Paris poussent les français dans un élan sécuritaire afin d’éviter de se faire frapper à nouveau, comme le prouvent la loi renseignement ou l’Etat d’urgence. Tout cela fait un terreau fertile pour l’arrivée du Front National au pouvoir. Sa “dé-diabolisation” entraînée depuis que Marine Le Pen a pris le pouvoir de ce parti en 2011 a eu pour conséquence une acceptation du parti d’extrême-droite comme d’un parti républicain et surtout, comme d’un parti qui pourrait ne plus se cantonner à l’opposition mais gouverner le pays. Alors que ce parti faisait peur, celui-ci est maintenant populaire, et se revendiquer électeur du Front National n’est absolument plus tabou. Par ailleurs, le parti milite en faveur d’un retrait de la France de l’OTAN, afin de “retrouver une indépendance internationale”. Marine Le Pen considère l’OTAN comme un appareil au service des intérêts américains, et qui n’a plus aucune utilité depuis la fin de la guerre froide. Elle est aussi pour un renforcement de l’alliance avec Moscou, elle partage l’idéologie eurasiatique considérant que l’Europe intègre aussi la Russie. Marine Le Pen est au jour aujourd’hui quasiment sûre d’être qualifiée au second tour des présidentielles. Cela en dit long sur une France qui se cherche au sein de la mondialisation et qui est prête à céder aux sirènes du populisme afin de s’en sortir. Quand bien même, si Marine Le Pen échoue, la droite républicaine représentée par Les Républicains montre aussi une sympathie des français de droite pour la droite dure, plus Thatchérienne cette fois, mais qui ne cache rien de son envie de remettre la religion au sein de la société française à travers un candidat chrétien qui met en avant sa religion. Ce candidat milite lui aussi en faveur d’un rapprochement avec Moscou. L’on peut donc considérer que la droite dure française, des Républicains aux frontistes sont séduits par les idées de cette nouvelle révolution provenant tout droit de Moscou, et fort est à parier que les français pourraient leur donner raison en mai 2017.

L’AXE PARIS-WASHINGTON-MOSCOU EST-IL POSSIBLE?

Les drapeaux français, américain et russe.

Ainsi nous avons pu voir que nos trois nations étaient comme :

  • Le berceau de cette nouvelle idéologie : La Russie.
  • Le laboratoire de cette idéologie en Occident : Les Etats-Unis.
  • La confirmation de la diffusion de cette idéologie en Occident : La France.

Ainsi, ces trois nations sont notre exemple concernant cette nouvelle révolution conservatrice. Mais une grande question reste en suspend, même si ces trois nations (à supposer que Marine Le Pen passe en France) auraient les mêmes idéologies et les mêmes méthodes, il n’est pas sûr qu’ils s’allient. Même si Donald Trump et Marine Le Pen prônaient, ou prônent encore le rapprochement avec Moscou, l’on peut déjà voir aux Etats-Unis des tensions avoir lieu entre Moscou et Washington à travers la présence de vaisseaux de guerre près de la côte est américaine, la Kremlin serait méfiant vis-à-vis de du caractère imprévisible du président Trump. Cela n’est guère étonnant. Cette idéologie est portée par le nationalisme et le repli sur soi. Cela engage que les nations défendent leurs intérêts coûte que coûte, ainsi, les nations ayant cette idéologie pourraient très vite entrer en conflit lorsque leurs intérêts seront menacés. De plus, les leaders de ce bord sont des leaders agressifs, belliqueux qui sont prêt à entrer en guerre, c’est le cas de Poutine, de Trump, et sûrement de madame Le Pen. En revanche, certaines nations ont intérêts à ce que cet axe fonctionne, ou non, mais qu’il se forme. Israël par exemple pourrait bien avoir besoin de Donald Trump pour mener une politique plus dure face à la Palestine sans que les Etats-Unis ne lancent de représailles comme l’avait fait Barack Obama. Theresa May pourrait bien profiter d’une politique europhobe conduite par Marine Le Pen, ce qui verrait alors un rapprochement franco-britannique est un allié non-négligeable pour Londres. La Chine elle aussi, à tout intérêt à cela, car le retrait des Etats-Unis de la mondialisation libre-échangiste par exemple profite à la Chine qui peut avancer ses pions, se faisant ainsi exemple du libre-échange, économie qu’elle détestait avant l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir en 1978.

En bref, cet axe pourrait être l’entrée du monde dans une époque nouvelle, celle des nations qui font marche arrière face à la mondialisation qu’ils considèrent comme nocive. Nous ne pouvons pas prédire l’avenir, mais ce qui est sûr, c’est que nous sommes dans une ère où les nations essayent de se rebeller face aux lois néo-libérales mises en place dans les années 1980, et qu’une idéologie très à droite, voire d’extrême-droite est en train d’émerger dans un Occident qui se voit en déclin et qui n’accepte pas l’émergence d’autres nations. L’Occident a aussi ce problème de la peur, de par sa crainte du terrorisme, il accepte de trahir certains de ses principes pour se protéger. Mais cela ne peut que nous rappeler certains événements de notre histoire. L’Europe n’a t-elle pas éclatée en guerre à cause du protectionnisme et du nationalisme en 1914? N’est-ce pas ce même nationalisme et revanchisme qui a conduit à la Seconde Guerre Mondiale? Ce nouveau nationalisme ne peut-il pas nous conduire à une nouvelle guerre? Ce qui est sûr, c’est que le protectionnisme prôné en même temps que le repli sur soi ne pourra qu’engendrer des guerres économiques et de grandes disparités sociales entre les minorités. Reste à savoir si cela pourra engendrer des guerres militaires, ce qui pourrait signer la fin de notre civilisation.