Orphée, revu & corrigé
Après d’âpres négociations, ils avaient convaincu Adès. Le Dieu des enfers avait cédé et le moment était venu de rebrousser chemin. Il fallait à présent revenir à la surface de la terre. A perte de vue la chaleur étouffante et les cris des défunts déchiraient l’atmosphère déjà lourde et pesante. Le ciel sombre et bas leur tombait sur les épaules et rendait ce voyage de retrouvailles presque insupportable. Le silence semblait vouloir se rapprocher lorsque tout à coup, un dragon à crête des Balkans surgit d’un chemin en contrebas pour se figer devant eux et contrarier leur dessein. Orphée porta la main à la ceinture pour saisir son instrument, en vain. Sa bien-aimée restée en arrière sur les instructions funestes du Dieu des enfers regardait la scène emplie de terreur. Elle voyait la lyre perchée sur le sac que portait Orphée dans le dos. Dans un cri strident qu’elle ne put retenir, les mots lui échappèrent, elle indiqua à Orphée ce qu’elle voyait et dans le même réflexe de survie, ce dernier se retourna machinalement.
Immédiatement la terre se mit à trembler dans un chaos indescriptible et le sol se fissura de tout son long, un éclair blanc déchira le ciel et la lyre tomba aux pieds d’Orphée. Le dragon terrorisé se figea devant les voyageurs. Orphée posa l’instrument sur ses lèvres bleues de terreur et l’animal sembla se ressaisir. Ses yeux jaunes injectés de sang prirent en quelques secondes une couleur indigo qui a elle seule vient presque apaiser les lieux. Le dragon commença à s’élever légèrement au-dessus du sol guidé par la douce mélodie qui s’échappait de l’instrument d’Orphée et dans un battement d’ailes rappelant la nature qui s’éveille, se dirigea lentement vers la muse et la fit glisser sur son dos dans un élan de douceur sacré. Evitant la roche incandescente qui tombait du ciel, il se dirigea vers son guide au rythme des notes, avec une agilité surnaturelle et le fit atterrir à son tour sur son dos. Le chaos se répandait et des trous noirs apparaissaient de toutes parts. Les meurtriers et les violeurs d’enfants s’étaient tous ensemble réunis, entonnant le plus noir des requiem pour faire obstacle à ce trio magnifique, mais Orphée entama la plus belle mélodie que la terre ait porté jusqu’à ce jour et le chemin se dégagea instantanément ouvrant une voie céleste droit devant.