Quelques lois “élémentaires” sur la créativité

Antoine Laurent de Lavoisier, né en 1743, guillotiné en 1794, a énoncé la première version de la loi de conservation de la matière, il est souvent considéré comme le père de la chimie moderne. Une phrase résume sa théorie : “Rien ne se crée, tout se transforme”
N’étant pas chimiste, cette phrase m’a tout de même marqué et structuré ma pensée. “Rien ne se crée, tout se transforme”. Dans notre cas, c’est plutôt la créativité (au sens capacité à créer de nouvelles idées) qui nous intéresse. Cette phrase s’applique-t-elle ?
Est-il simplement possible d’avoir une idée qui ne serait pas la combinaison d’idées déjà existantes ? Une idée produites ex-nihilo, venant de nulle part, comme soufflé par une muse ou par la chute d’une pomme. 
Dans 1984, on nous apprend qu’il est déjà impossible d’avoir une idée si on n’a pas les mots pour l’exprimer. Sans les mots comme “révolte” et “changements”, comment convaincre de la nécessité d’un soulèvement ? Le tiers-état français (et surtout la bourgeoisie), aurait-elle pu faire la révolution sans le terreau de notions fournis par les philosophes des Lumières ? 
En faisant l’hypothèse d’une loi de conservation des idées, on s’interroge clairement sur l’origine des idées. Considérer que les idées ne sont que de nouvelles combinaisons d’idées préexistantes peut expliquer l’apparition d’idées similaires au même moment.
Chaque créatif évolue dans un contexte, dans une masse d’idées plus ou moins communes à son époque et à sa situation sociale et géographique. Deux personnes ayant des contextes similaires ont ainsi des fortes chances d’avoir des idées similaires. Si l’on donne à deux personnes les ingrédients d’un gâteau au chocolat et une culture gastronomique similaire, ils arriveront quasiment au même gâteau.
Tout le jeu de la créativité est donc de proposer des combinaisons plus complexes et plus inattendues, au risque de faire un gâteau immangeable. Ou bien d’aller chercher des ingrédients ailleurs, plus loin, hors du contexte commun, au risque de dérouter celui qui va le manger, surpris et méfiant face à un goût ou une odeur qu’il ne connait pas, qu’il n’explique pas.

Interroger l’origine des idées nous oblige également à considérer une généalogie des idées qui peut s’avérer surprenante et riche d’enseignement. Par exemple, comment comprendre l’origine des skate-park ? 
Le fait que le skate est l’enfant du surf et non du charriot explique tout son contexte d’appropriation et la culture “cool” qui l’accompagne. Dès son invention, les jeunes de Californie utilisaient des piscines pour simuler des vagues solides et reproduire les acrobaties qu’ils faisaient en tant que surfeurs. Partant de là, on peut faire l’hypothèse que les skate-park sont des adaptations des piscines pour les faire ressembler à des vagues… l’eau et le mouvement en moins.
Repensons également à Star Wars, réputés pour être un mashup de nos principales mythologies, ou même au Seigneur des Anneaux qui se base sur les mythologies nordiques et notamment le mythe de Siegfried avec son dragon, son anneau d’or et sa montagne de feu. Ou à toutes ces suites, ces adaptations, ces parodies et autres spin-offs.
Kirby Ferguson, dans ce TED et cette vidéo passionnante, nous déclare “Everything is a remix” et sa démonstration est fascinante.
Alors j’ai bien envie de le croire et de considérer que sa propre phrase, n’est qu’une réinterprétation du célèbre “Rien ne se crée, tout se transforme”

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