Dossier transports en commun: le making of

Les abonnés à l’offre numérique de Nice-Matin et Var-Matin, #monjournal, ont voté, pour la première fois, mi-février, pour le dossier du mois que nous journalistes devront traiter en mettant en avant les solutions. A presque 60%, ils ont voté pour les transports en commun. C’est clair: vous demandez des solutions pour résoudre un problème vieux de trente ans. On a la pression!

On démarre par un vécu. On teste quatre trajets. Un bus entre Nice et Sophia Antipolis, comme les 3.000 employés de la technopole qui font la navette tous les jours. Un TER entre Nice et Monaco, aller-retour, comme les 50.000 usagers quotidiens de cette ligne Les Arc-Vintimille et un mix bus-TER, pour rallier Thalès à Cannes, depuis Nice. Train-train bondé, étouffé, écrasé entre Nice et Monaco. Et encore, ce jour-là, pas de retard, ni de suppression. Bus à deux étages entre Nice et Sophia, tout roule.

Pour aller de Saint-Laurent-du-Var à Thalès Alenia Space, Sophie se lève à l’aube. Top départ à 6h30 pour une arrivée à 8h10. Soit 1h40 pour 32 km. Un véritable parcours du combattant!

Dans le Var aussi, on se met dans la peau de ces milliers de voyageurs qui utilisent les transports en commun. Pour déterminer le trajet test, on s’est creusé la tête depuis le siège du journal à Nice, sachant que ce serait Guillaume dans le Var qui le ferait… Gniark gniark… On lui a cruellement concocté un Solliès-Ville — technopole d’Ollioules des plus casse-pieds, et ça nous a bien fait rire. Lui, a effectivement apprécié le train puis bus, descendre, autre bus, en retard. Une heure de trajet pour faire 21 km. Miam.

Passions et pressions

Sujet incontournable, l’agglomération toulonnaise, souvent qualifiée de “pire ville de France” en matière de transports en commun. Pourquoi? On creuse, on déroule les fils et on comprend vite que le sujet est aussi complexe que sensible. Que les enjeux financiers et politiques liés à ce projet déchaînent les passions et cristallisent les tensions depuis toujours.

Avec d’un côté des défenseurs du tram opposés à la politique de la ville, de l’autre des élus pro-bus convaincus qu’ils ont réponse à tout, et qui ont tendance s’agacer dès lors qu’on pose le dossier sur la table. Au final, quand tout le monde s’entête, rien n’avance. Les Toulonnais eux-mêmes ont du mal à savoir ce qui est prévu pour leur ville. Où les rumeurs, elles, circulent plus vite que les transports. A Toulon comme ailleurs.

L’un des plus gros morceaux, c’est le train. Nos interlocuteurs sont nombreux. Les Amis du rail comme les Naufragés du TER Grasse-Vintimille dépeignent un tableau noir. “On met aujourd’hui 2h30 pour aller de Nice à Marseille contre 2 heures dans les années 60”, s’emporte Germain Nallino. Pas glorieux. “C’était mieux avant ?” José Banaudo, spécialiste de l’histoire ferroviaire de la région, ne dit pas autre chose, lui qui se passionne pour les chemins de fer de Provence à l’ouest et la ligne transfrontalière Nice-Cunéo à l’est.

Dans les bureaux de l’Agence de Déplacement et d’Aménagement des Alpes-Maritimes, nos interlocuteurs battent leur coulpe: c’est “en voiture” qu’ils se rendent aux réunions dans la cité Phocéenne. Le trajet ferré est trop long. Et le TER pas à la hauteur. “On a le sentiment que tout n’a pas été mis en oeuvre pour améliorer les fréquences, lâche Christine Cesari Geiger. Elle en veut pour preuve l’étude d’une société Suisse, experte en réseaux. “Il faut ralentir de quelques minutes les TGV pour donner la priorité aux TER.” Alors pourquoi cette étude est-elle restée dans les tiroirs?

On saisit du problème ceux qui sont aux commandes.

Côté SNCF, les directions des parties Réseau (ex-RFF, en charge des travaux) et Mobilité (en charge de la circulation) répondent volontiers. Oui ils sont mauvais, oui il faut mieux faire. Mais il faut du temps, de l’argent et des effectifs pour rénover un réseau vétuste et compliqué. L’étude Suisse? “Pas entendu parler”. Néanmoins, demeurent quelques voies qui pourraient franchement améliorer la donne. Encore faut-il s’y engager, sans tarder.

Vrai et faux président de Région

Qu’en pense Christian Estrosi, nouveau patron de la Région?

ll nous explique qu’il pourra répondre “sérieusement” quand il aura toutes les données budgétaires en main. En ce mois de février c’est trop tôt. On ne lâche pas. Les abonnés de #monjournal ont voté pour qu’on enquête sur les transports en commun. L’interview ne peut pas attendre. Finalement il revient sur les urgences: la création d’un centre de maintenance des trains dans les Alpes-Maritimes, l’allongement des quais à Riquier…

“J’ai accéléré le calendrier de ces deux dossiers”, rappelle-t-il. Evoque les lignes Nice-Breil et Nice-Digne, puis avant de poursuivre sa journée marathon, nous invite à revenir en juin pour nous en dire plus.

On reviendra.

Pendant ce temps, Aurore code à tout-va, pour vous proposer un jeu. “Vous êtes président de région, quelles décisions prenez-vous?” L’idée derrière ce reportage interactif: se confronter à la complexité de la prise de décisions et aux effets que ces dernières peuvent entraîner.

Une première à Nice-matin. On est journalistes, pas créateur de jeu… Qu’importe, à nous les nouveaux formats! Et à Aurore les dizaines d’heures pour y parvenir. Il est drôle, l’avez-vous testé?

On a aussi cherché des idées fraîches, des pistes pas ou peu exploitées: la voie des mers, les téléphériques (développés en Amérique du Sud il y a dix ans, il en pousse partout France), des applis smartphone innovantes.

Oh surprise, des professionnels ont planché sur la question -notamment les navettes maritimes- et des programmes sont en réflexion voire lancés pour les téléphériques.

Conclusion: ces modes alternatifs aux transports en commun classiques pourraient être envisagés, à certaines conditions.

On regarde aussi les projets fous dans le monde, qui alimenteront notre fiction de fin de dossier. Vivement 2046… pour partie en tout cas.

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