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Homosexualité : Un phénomène Blanc ou… Humain ?

« La prise de conscience est le plus grand des agents du changement. » Eckhart Tolle.

Disons que l’expression « Jamais 2 sans 3 » me convient bien. J’ai écrit cet article deux fois déjà, et j’ai fini par le supprimer à chaque fois. Pour être honnête, j’etais terrifiée. Je tremblais à l’idée de parler d’un sujet qui fait tant polémique. J’hésitais à m’exprimer, à me liberer. Je pensais, encore et encore; tout en appuyant lentement sur la touche “backspace” de mon clavier. Ça peut vite partir en cacahuètes, ce genre de sujet.

Pourtant, me revoici promenant mes doigts tremblants sur mon clavier, avec un ultime espoir que mes mots me paraîtront plus sensés cette fois-ci que les dernières. Ceci n’est pas un débat, non, c’est un partage. C’est un partage de mes recherches et de mes découvertes. C’est un partage de mes pensées et analyses, de mes questionnements et incompréhensions.

Pourquoi avoir choisi l’Homosexualité ?

La réponse courte serait que « Je veux bousculer les stéréotypes et combattre les croyances erronées. », mais c’est bien plus que cela. Depuis quelques mois, je suis de plus en plus attirée par tout ce qui touche à la société, aux normes sociales, à la diversité et aux injustices sociales. Et plus je m’y intéresse, plus je réalise l’état précaire des choses en ce qui concerne ces questions au sein de nos sociétés Africaines.

Il existe dans chaque société certaines normes, certaines valeurs considérées comme fondamentales au bien-être des membres de la société. Ensemble, ces valeurs constituent ce qu’une société considère comme la meilleure ou, dans certains cas, comme la seule manière d’agir et de vivre. Toute alternative non conforme à ces croyances est dès lors, au mieux, dévalorisée et au pire — ce qui arrive souvent — stigmatisée. L’homosexualité fait sans aucun doute partie du second lot ; c’est peut-être même l’un des sujets les plus tabous de tous dans nos sociétés Africaines. Et bien qu’étant difficile de l’admettre, l’homophobie déjà existante dans nos communautés n’a de cesse de croître. Elle se présente sous forme de blagues apparemment inoffensives ou d’insultes directes et va même jusqu’au harcèlement ou, dans les pires cas, à la violence physique. Mais quelle que soit la forme que puisse prendre cette intolérance, elle atteint des proportions qui devraient nous forcer à cesser notre politique de l’autruche et à rompre le silence.

En réalité, on choisit rarement d’être différent ou différente des autres, de la norme. La vie façonne elle-même notre personne et nous demande rarement notre avis. Naître Noir ou Brun n’est pas plus un choix que venir au monde avec un sexe féminin ou, à plus forte raison, avec les 2 sexes. Et croyez-le ou non : la sexualité, c’est pareil. De nombreuses études ont prouvé à ce jour que l’homosexualité a des aspects à la fois génétiques et neurobiologiques, même si ces facteurs ne suffisent pas pour qu’une personne soit homosexuelle. Et même en admettant qu’il y a une part volontaire dans l’identité sexuelle de l’individu — qui choisit d’agir selon ses désirs et ses sentiments — cela ne rend pas ces désirs et sentiments (antérieurs à la décision volontaire) moins naturels. Éprouver des désirs, des sentiments, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, ne relève pas du choix.

L’homosexualité en Afrique

Être homosexuel aujourd’hui en Afrique, c’est demander le bannissement. Nos familles, les médias et d’autres institutions nous le répètent à chaque occasion, l’homosexualité est inhumaine et doit être bannie de nos sociétés. Nous croyons que l’homosexualité est une « affaire de blanc » qui n’a donc pas de place parmi nous. Cette mentalité, présente chez de nombreuses personnes en Afrique, est ancrée dans le mythe selon lequel il n’existait pas d’homosexualité dans nos pays avant l’invasion des missionnaires Occidentaux. Mais cette croyance est, encore une fois, un mythe. Un mythe sponsorisé par diverses personnes occupant des postes de pouvoir variés.

Mais, qu’est-ce que l’homosexualité ?

L’envie ne me manque pas de retracer les origines et l’histoire de l’homosexualité, mais pour rester concentrée, j’irai droit au but. Dans la plupart des dictionnaires, l’homosexualité est définie comme l’attraction romantique ou sexuelle entre des personnes du même sexe. De nombreuses pratiques caractérisent cette forme de sexualité, comme beaucoup d’autres. Celles-ci incluent les rapports sexuels oraux ou anaux ainsi que la masturbation mutuelle pour les hommes ou le tribadisme pour les femmes, et d’autres encore.

Ces termes et définitions représentent principalement le concept de l’homosexualité telle que perçue par les sociétés occidentales. Cependant, de nombreux pays Africains ont eu, depuis des temps précoloniaux, leur propre terminologie quant à l’homosexualité. En Angola par exemple, la masturbation mutuelle — présente à la fois dans les relations homosexuelles et hétérosexuelles — était définie par le terme okulikoweka, même si ce dernier était majoritairement employé pour des rapports sexuels entre personnes du même sexe ; le « frotting », qui désigne le frottement mutuel par des hommes de leurs pénis (similaire au tribadisme lesbien) était connu sous le nom de kuzunda. Pour définir le sexe anal, des mots tels que ku’nyo en kirundi (langue du Burundi) ou kufirwa à Zanzibar (Tanzanie) (1.a) étaient utilisés. Kulamba et kusagana étaient respectivement employés pour définir le cunnilingus et le tribadisme (Tanzanie) (2.a). En outre, les personnes caractérisées par ces pratiques n’étaient pas appelées des homosexuelles, mais étaient désignées par des termes locaux. En Angola, les hommes qui pratiquaient des activités sexuelles avec d’autres hommes étaient appelés quimbandas. Dans le nord du Nigéria, c’était dan kashili ou dan daudu (langue haussa). Au Bénin, ex-Dahomey, les adolescents mâles pratiquaient souvent le sexe anal et se faisaient appeler gaglo. Celles que l’on appelle de nos jours des lesbiennes étaient à l’époque connues sous le terme nsagaji dans certaines régions de Zanzibar (2.b).

L’homosexualité dans les rituels, la culture ou pour le plaisir

Dans diverses cultures Africaines, les activités homosexuelles étaient souvent pratiquées et même encouragées. Au Gabon (parmi les Fang) et en Guinée Équatoriale, les relations homosexuelles étaient réputées pour transférer la richesse par le sexe anal. En Libye, d’autre part, on croyait que cette pratique transférait l’« art de la guerre » durant les rites d’initiation. Les pratiques sexuelles par des personnes de même sexe telles que le sexe anal ont également été identifiées parmi divers groupes ethniques, y compris les Bafia du Cameroun et les Ovambos de l’Afrique du Sud (1.b).

Parmi les Mossis du Burkina Faso, les jeunes hommes étaient habillés en femmes et présentés aux chefs du village pour des relations intimes. Une pratique similaire était présente au Kenya (parmi les Massaïs et les Meru) ainsi qu’en Côte d’Ivoire (parmi les Ashanti) (2.c).

Identité homosexuelle vs pratiques homosexuelles en Afrique précoloniale

Dans de nombreux pays Africains, les activités homosexuelles existaient bien avant toute influence occidentale. Qu’elles aient existé dans le cadre de rituels d’initiation ou d’actes de pur désir, la présence de pratiques homosexuelles parmi les différents groupes ethniques de l’Afrique ne peut plus être remise en cause.

La croyance moderne en Afrique selon laquelle les homosexuels n’existent pas provient du fait que la conception précoloniale de l’homosexualité sur le continent ne s’aligne majoritairement pas sur l’image actuelle que nous avons de l’identité homosexuelle et des pratiques homosexuelles. Les hommes comme les femmes pouvaient avoir des pratiques homosexuelles, mais n’étaient pas systématiquement identifiés comme homosexuels. La distinction entre les quimbandas et les eponji de l’Angola en est un exemple. Les premiers étaient des hommes qui pratiquaient des rapports sexuels avec des hommes, et les autres étaient des hommes qui avaient des amants (1.c).

Pour certains, il existe une différence entre les pratiques sexuelles et l’identité sexuelle. Les rôles que jouent l’acceptation de soi ou l’identification ne peuvent pas non plus être ignorés. Toutefois, on ne peut également pas négliger le fait qu’il existe un lien direct entre ces deux composantes de la sexualité. Et ce lien pourrait effectivement contredire l’idée selon laquelle l’homosexualité n’existait pas en Afrique précoloniale. De même, il est fortement probable qu’il existe/ait existé des personnes qui n’ont jamais pris conscience de leur homosexualité ou ne se définissent/définissaient pas comme tels, autant une conséquence possible de ce mythe qu’une raison à sa subsistance.

Si l’homosexualité existait — et existe toujours — en Afrique, pourquoi tant d’intolérance ?

Nous ne pouvons pas continuer à ignorer cette question. Et de nombreuses raisons peuvent expliquer l’intolérance qui s’est lentement encrée dans nos mentalités et actions envers les homosexuels, mais commençons par l’ignorance.

1. L’ignorance

La présence de pratiques homosexuelles dans les sociétés africaines précoloniales est indéniable, le problème c’est qu’il n’existe que peu de preuves concernant l’existence d’une identité homosexuelle bien définie. Beaucoup de ces pratiques n’étaient que temporaires ou effectuées pour des raisons précises ; elles ne faisaient pas partie de relations à long terme entre personnes de même sexe, de sorte qu’il était difficile de qualifier une personne de gay ou lesbienne. Il arrivait cependant, dans le cas des gaglo du Bénin, que les personnes en couple continuent à avoir des relations anales l’une avec l’autre durant toute leur vie (2.d). C’est probablement l’une des relations les plus proches de notre idée moderne du « couple homosexuel ». Mais il est fort possible que même ceux qui pratiquaient des activités homosexuelles ne les considéraient pas comme une forme possible d’identité sexuelle. Ignorants de ce fait qu’il était possible de s’identifier comme homosexuel a pu donc contribué à la formation des bases de intolérance de nos sociétés envers les homosexuels. Une autre chose a considéré est le fait que l’homosexualité allait à l’encontre de nos normes sociales.

2. Les Normes Sociales

Bien que présente dans toutes les cultures, l’homosexualité reste difficilement acceptée en partie parce qu’elle est considérée comme une pratique hors-norme. C’est assez ironique quand on y pense, compte tenu de sa forte présence au sein de nos sociétés. Les pratiques homosexuelles faisaient partie des rites d’initiation et étaient utilisées comme moyen d’éducation sexuelle, mais l’hétérosexualité est restée la forme dominante de la sexualité. Les relations à proprement parler existaient entre un homme et une femme et toute variante était considérée comme impossible. Une identité homosexuelle ne pouvait pas exister dans un contexte précolonial où il n’y avait pratiquement pas d’informations sur les personnes ayant des rapports homosexuels. Et ceux qui étaient connus pour en avoir étaient toujours considérés comme hétérosexuels, puisque leurs pratiques restaient ponctuelles ou temporaires. Cela a contribué à renforcer le statut de l’hétérosexualité dans nos sociétés en tant que pratique sexuelle naturelle.

Gardant donc à l’esprit que toute différence était alors — et est toujours — stigmatisée, l’homosexualité vue comme telle était destinée à la persécution : non seulement elle va à l’encontre de notre mode de vie, mais elle va à l’encontre de la volonté de Dieu.

3. La Religion

Avant l’arrivée des missionnaires, la religion occupait déjà une place de choix dans nos sociétés. Comme la science n’était pas très connue, nos ancêtres attribuaient les réalités invisibles auxquelles ils faisaient face à des forces surnaturelles. La religion n’était pas seulement notre réponse aux réalités inconnues, elle était aussi — et est toujours — gardienne de nos mœurs et de nos valeurs. Aujourd’hui, nous tirons la plupart de nos croyances et attitudes envers l’homosexualité de religions modernes tels le Christianisme et l’Islam, même si pendant l’ère précoloniale, les religions dominantes étaient des religions traditionnelles africaines telles que le Vodoun ou le Yoruba (Afrique de l’Ouest). Cela n’est plus un mystère que ces deux religions nous ont été introduites par les missionnaires Européens Chrétiens et les commerçants Musulmans et constituent de nos jours la majorité des croyances religieuses des peuples Africains. Ainsi, il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre des gens utiliser des passages bibliques pour défendre leur intolérance à l’homosexualité, car beaucoup croient que Dieu, pourtant représenté comme aimant et attentionné, est absolument incapable d’accepter cette forme de sexualité.

Malheureusement, notre intolérance ne se limite pas à réciter des versets sacrés, elle va bien au-delà.

Lorsqu’ils sont reconnus, les homosexuels deviennent systématiquement des cibles de moquerie, de harcèlement, d’oppression, et de bien pire. Au Bénin, par exemple, le Code Pénal sanctionne les actes homosexuels d’une peine pouvant aller d’un à trois ans d’emprisonnement alors qu’au Burundi, cette peine peut aller de trois mois à deux ans. C’est aussi le cas de nombreux autres pays Africains, comme la Guinée (six mois à trois ans), le Malawi et le Nigeria (quatorze ans), etc. Si ça vous semble extrême, la Mauritanie va encore plus loin : les homosexuels Musulmans y sont condamnés à mort par lapidation (3.a). Et ce n’est que la partie supérieure, juridique de l’iceberg.

En 2015, un homme Sud-Africain a été battu et brûlé parce qu’il était gay. Au Ghana, en Ouganda, au Nigeria, ainsi que dans de nombreux autres pays Africains, les homosexuels sont constamment tués uniquement en raison de leur sexualité.

Bien qu’un bon nombre de ces comportements soient complètement légaux, ils privent encore les homosexuels, des êtres humains, de leurs droits fondamentaux.

Article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. […] » (4.a)

Article 5 : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » (4.b)

Article 7 : « Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. […] » (4.c)

Des personnes sont emprisonnées en raison de leur orientation sexuelle, mais rien n’est fait pour arrêter ceux qui les tuent et les torturent ouvertement. Les personnes homosexuelles sont opprimées, persécutées, harcelées, maltraitées, torturées, brûlées, lapidées et tuées. Elles sont exorcisées au nom de Dieu et détruites au nom de la nature comme si de tels comportements étaient saints et normaux.

Nous avons appris à voir l’homosexualité comme une maladie, une malédiction, mais ce n’est rien de tout cela en vrai. L’homosexualité ne constitue pas l’identité d’une personne. La sexualité, l’homosexualité, n’en est qu’une partie. Mais surtout,

L’homosexualité n’est pas une affaire de Blanc, c’est juste Humain.


Mon avis

Je crois que chacun de nous a sa place dans nos sociétés. Et tant que les actions des uns ne portent pas préjudice aux autres ou ne privent pas ceux-ci de leurs droits, pourquoi ne pas laisser chacun vivre en paix ? Pourquoi ne pas accorder aux gens la liberté pour laquelle nous nous battons tous ?

Le fait est que, plus nous sommes inconscients de l’injustice sociale qui se produit dans nos pays, plus nous sommes susceptibles de dériver encore plus que ces nations que nous critiquons aujourd’hui de toutes nos forces.

Jusqu’à quel point sommes-nous censés tolérer les conséquences de l’intolérance ?


Références:

  1. Charles Gueboguo, “L’homosexualité en Afrique : sens et variations d’hirer à nos jours
  2. Gaspard Musabyimana, “Sexualité et rites en Afrique: hier et aujourd’hui

3. Laws on Homosexuality in African Nations

4. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme