Sous les eaux

OCHADRCongo
Nov 22 · 4 min read

Tout perdu

En République Démocratique du Congo, le mois de septembre rime avec début des pluies- et évidemment depuis lors il pleut, et il pleut beaucoup. Kinshasa, la capitale mégalopole de plus de 15 millions d’habitants et d’autres villes comme Kananga, dans la province du Kasaï, en ont fait les frais. Mais depuis la mi-octobre, ce sont des milliers de Congolais dans les provinces du Nord-Ubangi et Sud-Ubangi qui attirent toute l’attention des autorités et des acteurs humanitaires, notamment le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires.

De l’eau, de l’eau et rien que de l’eau à perte de vue. Photo: OCHA/ A. N’diaye

Cases, bêtes, ustensiles, églises, écoles, sépultures, etc : tout a été englouti suite aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région, forçant la rivière Ubangi à sortir de son lit. De nombreux villages en ont fait les frais dont Nziamba Zongo et Nkambo, situés dans la périphérie de la mythique localité de Gbadolite, dans la province du Nord-Ubangi.

A Nziamba Zongo, les habitants se sont simplement relocalisés sur le bord de la route goudronnée. A quelques dizaines de mètres du bitume, des morceaux de tôles juchées sur des gravats, des pierres entassées, des murs à moitié écroulés, c’est ce qui reste d’un village qui a abrité plus de 5 000 personnes. Dans le village voisin de Nkambo, plus de 4 000 personnes ont été obligées d’abandonner leurs habitations. Elles ont recréé un village qu’elles ont baptisé… Nkambo. Globalement, dans le Nord-Ubangi, les premièes estimationss’élèvent à 181 000 personnes affectées, parmi lesquelles 35 000 sont des réfugiés centrafricains. Les besoins humanitaires, en cours d’évaluation, pourraient s’avérer énorme.

« Nous avons tout perdu pendant les inondations, nos maisons, nos chèvres… » dit un villageois à une équipe du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) qui séjourne dans le Nord-Ubangi depuis une semaine.

« Plus de 250 maisons ont été englouties durant les inondations, ainsi que des églises et des tombes » renchérit un autre.

Dans certains endroits, les eaux ont commencé à se retirer, permettant aux habitants d’évaluer l’étendue des dégâts. Photo: OCHA/ A. N’diaye

L’action humanitaire en marche

Depuis une semaine, une équipes OCHA séjourne dans la province pour appuyer les autorités congolaises à évaluer les dégâts, les aider dans la coordination entre les différents acteurs présents ou qui pourront se déployer dans les jours à venir pour apporter assistance. Une seconde équipe est également dans le Sud-Ubangi.

A Kinshasa aussi, les rencontres et discutions s’intensifient, tant via des réunions de coordination de haut niveau tant au niveau technique. Le 20 novembre, une réunion de coordination technique, impliquant le Gouvernement congolais, OCHA, UNICEF et d’autres acteurs, s’est tenue pour élaborer un plan de réponse. Une délégation de haut niveau est aussi attendu ce weekend dans la région.

Selon les premières estimations, dans le Nord-Ubangi, près de 32 000 hectares de champs ont été détruits, faisant craindre des mois difficiles à venir en termes de sécurité alimentaires ; 360 sources d’eau contaminées, 113 écoles englouties ainsi que 30 000 maisons. Le spectre des maladies hydriques plane sur la province, avoir de l’eau potable est devenu un luxe ; se faire soigner l’est tout autant pour des milliers de familles qui n’ont simplement pas d’argent pour payer les frais de consultions qui s’élèvent à 2 500 francs congolais (USD 1.50)

Dans cette partie du pays, les pirogues sont un outil de survie economique; avec les inondations elles sont devenues un outil de survie tout simplement. Photo: OCHA/ A. N’diaye

En raison d’une coutume, une autre inquiétude sanitaire pointe à l’horizon.

« Il faut savoir qu’ici, nous enterrons les morts dans nos maisons. Nous n’avons de cimetières. Tout cela est sous l’eau maintenant. Nous attendons vraiment le soutien de l’Etat pour pouvoir reconstruire », selon un des habitants interrogés. Les risques de remontées de cadavres sont réels et présentent une menace sur la santé des populations.

Photo: OCHA/ A. N’diaye

Selon les sources officielles, cela fait 35 ans que de pareilles précipitations n’avaient pas été enregistrées dans la zone. Selon la météo, il reste encore deux grandes pluies, dans les semaines à venir, avant que la situation redevienne normale. Entre temps, il faut faire avec la boue, qui a envahi toute la zone.

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