Une rentrée scolaire incertaine, un avenir hypothéqué

Tshikapa, Province du Kasaï Central, République Démocratique du Congo

Les enfants ont été les pus affectés par les violences dans la région du Kasaï. beucoup d’entre eux ont dû grandir plus vite que prévu. Photo: OCHA/ J.Makamba-Dibaya

Les horreurs que leurs petits yeux ont vus

Un visage vide, une fillette méfiante : c’est l’image que présente Bibiche que je rencontre sur l’espace des jeux aménagé par l’organisation non-gouvernementale, le Bureau National Catholique de l’Enfance (BNCE), situé non loin du centre-ville de Tshikapa. Pendant que les autres jouent au football, elle et sa sœur, 11 ans,préfèrent retourner en famille d’accueil. A 9 ans, Bibiche a assisté à un drame qui prendra des années à cicatriser: « …à leur arrivée, les bourreaux nous ont bandés les yeux avant d’exécuter nos parents…», raconte la fillette.

Aujourd’hui les deux fillettes s’accrochent à leur nouvelle famille, leur nouvelle mère, Maman Théthé, symbole de ces nombreuses familles qui ont accueilli des enfants et d’autres concitoyens qui ont rallié Tshikapa, capitale de la province du Kasaï, durement touché par les violences inouïes de ces derniers mois.

A l’instar des deux filles, plus de 50% des personnes déplacés internes arrivés à Tshikapa sont dans des familles d’accueil. Une faible proportion est composée des familles proches, mais la grande majorité a été accueillie dans des familles d’inconnues, solidarité congolaise oblige. L’éclosion du conflit a quand même mis à l’épreuve la cohésion sociale entre communautés et la famille, élément important pour les enfants. Un matin une dame, un enfant sous le bras et l’autre bras qui maintient en équilibre une grosse bassine sur sa tête, et deux autres enfants eux aussi transportant chacun des effets ont débarqué au marché Kamalenga en provenance de Kankala, à environ 35 Km de Tshikapa. Son mari lui a demandé de quitter la maison. ‘’Prends les enfants et sauve — toi, je pourrais vous rejoindre’’ lui avait dit son tendre époux. Madeleine ne croit plus se réunir à son mari.

Elle et ses enfants devront se frayer une place dans une famille d’accueil ou se joindre à un ménage déplacé qui a déjà un abris — peu importe sa nature — éviter ainsi de passer la nuit à la belle étoile. Mais ce matin-là, rien n’est moins sûre. Le marché Kamalenga abrite un bon nombre des ménages déplacés qui occupent les dépôts en constructions tout autour de ce marché avec l’appui — sur fonds propres — de l’ONG Action pour l’Encadrement des Filles Mères Désœuvrées (AEFID). Trouver un abri, ici ou ailleurs, est la première des priorités pour tous ces déplacés.

Photo: OCHA/J.Makamba-Dibaya

Les familles d’accueil, dans une région considérée parmi les plus pauvres du pays, ne peuvent offrir que les quatre murs pour le sommeil et l’abris des quelques biens restant à ces déplacés. Appauvries par la chute des activités économiques, les familles doivent aussi gérer la question nourriture : les rations alimentaires qui se consommaient en une semaine sont terminées en 4 jours, ouvrant la porte à une insuffisance alimentaire tant pour les familles d’accueil que pour les déplacés. Ceci se constate dans le projet de prise en charge des enfants souffrant de la malnutrition, mis en œuvre par Action Contre la Faim (ACF) et UNICEF via un financemen du Fonds central d’urgence (CERF). ‘’Nous n’enregistrons pas seulement les enfants issus des ménages déplacés, mais aussi ceux des autochtones’’ a déclaré Prince Bashoboka, représentant de l’ACF à Tshikapa

Une rentrée scolaire incertaine, un avenir hypothéqué

Bibiche fait partie de plus de 600 enfants non accompagnés- chiffre qui selon certains n’est que la partie visible- arrivés à Tshikapa entre octobre 2016 et juin 2017 des diverses contrées avoisinantes et qui sont au cœur des conflits inter ethniques qui secouent la région depuis un an. La grande majorité était élève, leur année scolaire a connu une fin brutale. Début septembre, la nouvelle rentrée scolaire débutera et des milliers d’enfants ne reprendront pas le chemin de l’école- les plus « chanceux » bénéficieront des programmes d’éducation d’urgence des acteurs humanitaires. Selon UNCIEF, plus de 400 écoles ont été affectées par les violences.

Depuis hier 4 septembre, des millions d’enfants ont repris le chemin de l’école- des millions moins Bibiche et sa sœur

‘’Moi et mon époux pouvons leur garantir un abri, la nourriture, peut être des habits ; mais on ne saura pas les amener à l’école car nos moyens ne nous le permettent pas…’’, a dit ouvertement Maman Théthé. ‘’Je me bats pour leur trouver un abri et ne serait-ce qu’un repas par jour ; je pense que c’est ce dont je suis capable’’, nous dit Honorine entourée de ses 3 fillettes et 3 garçons — l’un présentant des signes de malnutrition.

Sans un appui extérieur, des millions d’enfants ne reverront pas les bancs de l’école cette année- les organisations humanitaires craignent que certains enfants n’emprunteront plus jamais la route de l’école, hypothéquant leur avenir à jamais.

A tout ceci il faut ajouter un élément capital : les écoles elles même. Selon le cluster éducation plus de 260 écoles ont été détruites, affectant plus de 100.000 enfants dont 41% de filles dans les provinces soeurs du Kasai et Kasai central.

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