Crise à Diffa: Pérenniser l’Urgence, Normaliser le Quotidien

Des enfants dans l’un des sites de distribution de l’aide à Diffa. Photo: OIM / Monica Chiriac

En 2015, l’insurrection de Boko Haram au nord du Nigeria a atteint la région de Diffa, dans le sud du Niger, entraînant le déplacement de plus de 250 000 personnes. Boko Haram avait déjà mené des attaques dans la région avant 2015 mais à la suite de cette nouvelle crise, les habitants et déplacés internes proches des zones frontalières entre le Nigeria et le Niger ont cherché refuge dans la ville de Diffa. Ce qui était au début une situation d’urgence, s’est lentement pérennisé et les gens ont depuis fait de la ville de Diffa leur foyer.

Lumo ne sait pas quel âge elle a, mais elle croit qu’elle est née pendant le « vent noir » — une année célèbre au début des années 60 connue pour le vent noir qui a englouti la région. Lorsque la famine a frappé en 2005, elle a quitté son pays natal, le Niger, pour chercher de meilleures opportunités de vie au Nigeria voisin. Dix ans plus tard, avec son frère Tambaia, elle décide de revenir au Niger et de s’installer à Diffa. Lumo et Tambaia sont deux des 15000 rapatriés vivant actuellement dans la région de Diffa.

Lumo et Tambaia devant leur abri dans l’un des sites de distribution de l’aide à Diffa. Photo: OIM / Monica Chiriac

Haoua est la présidente de la communauté peule au sein du site d’urgence où habite Lumo. Il y a plus de 20 ans, lorsque son village a commencé à avoir des problèmes d’eau et que des animaux ont commencé à mourir, Haoua a elle aussi décidé de partir pour le Nigeria. Puis, la nuit où son village au Nigeria a été attaqué par Boko Haram, elle a tout laissé derrière elle et a marché pendant cinq heures à la recherche d’un abri sûr. Une fois de retour au Niger, elle a trouvé des membres de sa famille et d’autres membres de la communauté à Diffa. “Il y a des gens dont je n’ai plus jamais entendu parler. Je me demande parfois s’ils sont encore en vie », nous dit-elle. Avec ses petits-enfants, Haoua vit maintenant dans un refuge d’urgence dans la ville de Diffa.

« Il y a des gens dont je n’ai plus jamais entendu parler. Je me demande parfois s’ils sont encore en vie. » — Haoua.

« Il y a des gens dont je n’ai plus jamais entendu parler. Je me demande parfois s’ils sont encore en vie. » — Haoua. Photo: OIM / Monica Chiriac

Lorsque la crise a frappé la région de Diffa en 2015, fournir une assistance immédiate était essentiel, et notamment la mise en place d’abris d’urgence pour les communautés déplacées. Au fur et à mesure que la crise persistait, les gens se sont installés et ont fait de Diffa leur foyer. Pour faire face à cette nouvelle situation, l’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, a lancé cette année son premier site pilote d’abris dits de transition. Les nouveaux abris sont fabriqués à partir de briques et d’aluminium, des produits de fabrication locale, et ont une durée de vie supérieure à deux ans (contre six mois pour les abris d’urgence). Les briques ont été produites par les personnes déplacées vivant sur le site, sous la supervision d’un maçon local.

Le site de Maina Kaderi comprend plus de 400 ménages et plus de 3000 personnes. Photo: OIM / Monica Chiriac

Le site de Maina Kaderi, dans la commune de Chetimari, dans la région de Diffa, comprend plus de 400 ménages, soit environ 3 000 personnes. Initialement construit en tant que site d’abris d’urgence, le site a subi une transformation complète début 2018, date à laquelle 400 abris de transition ont été construits. Grâce au maire de la commune de Chetimari, chaque foyer possède désormais une parcelle de 200 mètres carrés sur le site de Maina Kaideri. En plus des terres et des abris, chaque ménage a reçu une trousse d’articles non alimentaires à son arrivée.

En 2018, plus de 17 000 personnes ont été assistées par l’OIM à Diffa avec des abris et des biens non alimentaires. Photo: OIM / Monica Chiriac

Kinadi, sa fille de 11 ans, Fanna, et sa petite-fille de sept ans, Aissa, vivent dans l’un des nouveaux abris de transition construits par l’OIM. Elle a dû quitter son village natal nigérien Geidam Tchoukou en 2014 et chercher refuge ailleurs. Suite aux attaques de Boko Haram et aux inondations massives dans la région, les autorités leur ont demandé de prendre leur précaution. Cependant, aucun membre de sa famille ne souhaitait partir sauf Kinadi qui craignait pour la sécurité des enfants, et emmena alors sa petite-fille avec elle à Diffa.

Kinadi et sa fille Fanna, 11 ans, et sa petite-fille Aissa, 7 ans, vivent dans l’un des nouveaux abris de transition construits par l’OIM. Photo: OIM / Monica Chiriac

Ina est l’un des membres de la communauté du site de Maina Kaderi et une digne propriétaire d’un abri de transition. Ina partage son ménage avec ses quatre petits-enfants tandis que sa fille Zara, 25 ans, partage une autre maison avec son mari et son nouveau-né. Tout comme Kinadi, elle a quitté son village en 2015 à titre préventif, lorsqu’elle a entendu parler des attaques de Boko Haram dans la région où elle vivait. “Les conditions se sont nettement améliorées sur le site grâce aux abris de transition. Nous nous sentons véritablement installés maintenant », nous dit Ina gaiement.

« Les conditions se sont nettement améliorées sur le site grâce aux abris de transition. Nous nous sentons véritablement installés maintenant. » — Ina

« Les conditions se sont beaucoup améliorées sur le site grâce aux abris transitionnelles. Nous nous sentons bien installés maintenant. » — Ina Photo: OIM / Monica Chiriac

Quatre acteurs différents opèrent sur le site de Maina Kaderi depuis la fin de 2017, construisant différentes structures telles que des abris ou latrines. Le site est une petite communauté en devenir. La plupart de ses habitants viennent des mêmes villages et ont essayé de recréer leurs anciennes communautés sur le nouveau site. Afin d’assurer la durabilité de leurs moyens de subsistance sur le nouveau site de transition, l’OIM a également mis en œuvre 400 activités génératrices de revenus pour les membres de la communauté.

https://www.youtube.com/watch?v=IfdDcXVzyDU

Lors de la phase initiale de profilage à leur arrivée sur le site, le personnel de l’OIM a conduit des groupes de discussion et des études de marché afin de déterminer les activités qui seraient le plus susceptibles d’intéresser et d’impliquer les bénéficiaires. À la suite de ce processus d’évaluation, les résidents du site ont été autorisés à choisir parmi 38 types d’activités actuellement en place sur le site, allant de l’élevage à l’extraction de l’huile d’arachide. Ces activités visent à répondre aux besoins quotidiens de leurs ménages et à les rendre autonomes dans cette situation de crise prolongée.

Le nouveau site propose jusqu’à 38 types d’activités génératrices de revenus pour plus de 600 ménages. Photo: OIM / Monica Chiriac

Bagale était l’une des 44 personnes à avoir choisi l’élevage comme source de revenu. “C’est un investissement, mais il ne s’agit pas seulement d’élever et de vendre des animaux. Je prête mes animaux aux personnes qui ont choisi l’agriculture comme activité principale », a t-il déclaré. Son ami Boudji vit sur le site depuis trois ans avec sa femme et ses cinq enfants. Il a décidé d’ouvrir une petite boutique répondant aux besoins fondamentaux de la communauté. “Il y a cinq autres boutiques, mais chacun a sa préféré”, a déclaré Boudji.

« Les affaires vont bien alhamdulillah! » — Boudji Photo: OIM / Monica Chiriac

« Les affaires vont bien alhamdulillah! » — Boudji

En 2018, l’OIM a fourni à plus de 17 000 personnes du matériel pour construire des abris et d’autres articles d’aide essentiels. Leurs conditions de vie se sont améliorées depuis, mais plus de 129 000 personnes déplacées ont encore besoin d’aide dans la région, tandis que plus de 170 000 personnes risquent de se déplacer à cause des inondations en cette saison des pluies.

Ina avec trois de ses petits-enfants et sa fille Zara sur le site de Maina Kaderi pour les abris transitionnelles. Photo: OIM / Monica Chiriac

L’OIM distribue des abris et autres articles d’aide aux populations les plus vulnérables de Diffa depuis 2013. Pour appuyer la coordination humanitaire, l’OIM soutient également le ministère de l’Action humanitaire et de la gestion des catastrophes dans la coordination du groupe de travail Shelter / NFI. La réponse humanitaire d’urgence de l’OIM à Diffa est soutenue par la Coopération autrichienne au développement et le Département d’État américain : Bureau de la population, des réfugiés et des migrations.

Cette histoire a été écrite par Monica Chiriac, chargée de l’information publique à l’OIM Niger, pour la Journée mondiale de l’action humanitaire, le 19 août 2018.

*Les civils ne sont pas une cible*

*Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont pas une cible*

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