Adama, le coiffeur malien à la mode qui revient de loin

Adama Koné coiffant un client dans son salon qu’il a pu ouvrir grâce au soutien de l’OIM Mali. OIM/Seydou Tangara

Adama Koné a 22 ans. Il décide un jour de prendre le chemin de la migration irrégulière, les poches vides et la tête pleine d’illusions.

« C’était pour aider ma mère et ma famille. J’ai dû abandonner les études très tôt car ma mère ne pouvait plus subvenir à nos besoins. Je me suis mis à la coiffure mais je n’avais pas les moyens d’ouvrir un salon et je ne pouvais pas me résoudre à faire du thé à longueur de journée en espérant que quelqu’un vienne se faire coiffer chez moi. J’ai donc pris la décision de partir. Partir dans l’espoir de revenir, partir pour me faire un peu d’argent.”

C’est alors qu’il fait le grand saut. Il commence son périple à Gao, où il travaille quelques mois avant de se rendre en Algérie.

Adama Koné coiffant un client dans son salon qu’il a pu ouvrir grâce au soutien de l’OIM Mali. OIM/Hamed Diallo
« Les passeurs utilisent notre espoir contre nous.Ils mangent avec nous, dorment avec nous et nous font de belles promesses uniquement pour nous soutirer notre argent.»

« Renseignez-vous bien sur le voyage avant de prendre le départ, car la migration irrégulière conduit au désespoir total ».

« J’ai travaillé deux ans en Algérie pour financer la traversée. Mon objectif était de me rendre en Italie par la Libye, coûte que coûte. Lors de notre tentative, nous avons été abandonnés par les passeurs en mer car les chambres à air de notre barque étaient crevées. Nous avons été interceptés par la marine puis transférés dans des centres de détention. Dans les prisons, les conditions de vie étaient difficiles. Douze personnes sont mortes sous mes yeux » raconte-t-il avec amertume.

Adama devant son salon qu’il a appelé le “Nosby Barber”. OIM/Seydou Tangara

« J’ai été libéré de prison en 2017, grâce à l’OIM Libye qui a organisé mon retour chez moi. Les agents de l’OIM Mali nous ont accueillis à l’aéroport et nous ont demandé de dire quel métier nous pouvions exercer, qu’ils allaient nous aider. J’ai dit la coiffure, car c’est mon métier. Ils m’ont ensuite offert une formation pour me perfectionner en coiffure avant de m’aider à ouvrir un salon bien équipé. Aujourd’hui j’ai mon salon et Dieu merci, ça va », s’est réjoui Adama.

Son salon baptisé « Nosby Barber » ou « Nosby B », comme l’appellent les jeunes du quartier, est devenu une référence et il ne désemplit pas.

Motivé, Adama commence le travail à 8h et ne rentre chez lui qu’à minuit. Il peut coiffer jusqu’à 15 personnes par jour. Après avoir payé les charges, il économise environ 100 000 f CFA (150 euros) par mois. Cette somme l’aide à couvrir certaines dépenses de sa famille, notamment les besoins de sa mère et les frais de scolarité de ses 4 frères et sœurs.

« La coiffure, c’est le métier que je connais. Aujourd’hui, j’ai des clients et du matériel. Je compte continuer sur cette lancée et si Allah m’en donne les moyens je compte ouvrir plusieurs salons ».

Les migrants de retour au Mali témoignent de leur expérience en Libye. L’OIM Mali les assiste à travers une protection, une prise en charge psycho sociale et la réinsertion socio-économique.

Si Adama a pu bâtir une nouvelle vie et se réintégrer socialement et économiquement, c’est grâce à l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et réintégration des migrants. Depuis mai 2017, 9 768 autres migrants de retour (à la date de novembre 2018) ont également commencé leur réintégration au Mali sous le projet dans l’espoir d’une nouvelle vie.

Ecrit par Seydou Tangara (OIM Mali) et révisé par Aïssatou SY (OIM Bureau régional à Dakar)