La Création d’un Avenir : Trouver un But à Diffa, au Niger

Femme sur le site Maya, parmi un groupe de femmes balayant le site où 133 nouveaux abris de transitionnels sont en construction. Photo : OIM / Monica Chiriac

Cela fait quatre ans que l’insurrection de Boko Haram a frappé la région de Diffa au Niger, ayant entrainé le déplacement de plus de 249,000[1] personnes. Comme de plus en plus de gens sont forcés à quitter leur vie et villages pour s’installer à Diffa, les anciens, eux, travaillent à créer leur propre avenir.

Le site de Maina Kaderi, situé sur la commune de Chetimari dans la région de Diffa au Niger, est composé de plus de 400 ménages, soit près de 5 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays, des retournés et des réfugiés. Le site est situé à seulement 18 km de leur ancien village, mais ces 18 km ont tracé la ligne entre la vie et la mort pour les habitants du village. Près de 80% de ses habitants vivaient dans le village original de Jaidam Tchoukou, à 40 km de la ville de Diffa. « C’est peut-être le site de Maina Kaderi pour les personnes déplacées, mais dans notre cœur, c’est toujours notre village », déclare Malam, 47.

Les villageois se réunissent pour une réunion sur le site de Maina Kaderi. Photo : OIM / Monica Chiriac

Les habitants du village de Jaidam Tchoukou ont été les premiers à arriver et à installer un camp sur le site de Maina Kaderi il y a quatre ans. Boko Haram avait envahi leur village pendant la nuit, forçant près de 4 000 personnes à fuir à pied ou sur des motos à la recherche d’un refuge. Ces villageois ont installé un camp à quelques kilomètres au milieu de nulle part en espérant que la situation se calmerait. Quatre mois plus tard, lorsqu’ils sont retournés au village, il ne restait plus rien.

Cette nuit-là, Boko Haram a attaqué leurs maisons et a pris la plupart de leurs possessions, des meubles jusqu’aux animaux. Certains d’entre eux, plus chanceux, étaient absents du village avec leur bétail et ont ainsi pu rapporter leur unique possession au nouveau site de Maina Kaderi à Diffa. Ils ont essayé d’échapper à la misère pendant un an ou deux, jusqu’à ce que les autorités leur disent qu’ils devaient quitter leur village pour une durée indéterminée, en raison des menaces persistantes de Boko Haram. Ils ont emballé le peu qu’il leur restait et ont fait route vers Diffa, où d’autres communautés déplacées avaient déjà trouvé refuge.

Site Maina Kaderi avec ses abris transitionnels. Photo : OIM / Monica Chiriac

Les villageois étaient partis, mais la malédiction qui s’abattait sur leur village semblait persister. Les inondations ont rapidement frappé la région touchant plusieurs villages, dont Jaidam Tchoukou. A chaque saison des pluies, les déplacés essayaient de protéger leur ancien village en construisant un périmètre avec près de 1 000 sacs de sable pour sécuriser le sol de la pluie, mais en vain. À ce jour, leurs maisons sont encore submergées sous l’eau.

Avec l’interdiction de pêche maintenant levée pour favoriser le commerce local et la consommation, les résidents se rendent encore dans leur ancien village pour pêcher avant le couvre-feu de 17h, ou cultiver le peu de choses encore debout comme leurs palmiers. Cependant, le village, désormais désert, constitue une proie facile pour les bergers et leurs troupeaux. Là où autrefois les champs de maïs étaient cultivés, maintenant les villageois n’y trouvent que le désespoir.

Amarcia, deuxième épouse de Malam. Photo : OIM / Monica Chiriac

« Il y avait autrefois de la richesse dans notre village, mais il ne nous reste plus rien là-bas maintenant. » — Malam

Aissa, première épouse de Malam. Photo : OIM / Monica Chiriac

Au début, la vie sur le site de Maina Kaderi n’était pas facile. Il n’y avait pas d’eau courante quand ils sont arrivés, sans parler des abris d’urgence. Peu à peu, les organisations humanitaires sont venues à leur aide et le site a rapidement commencé à prendre forme. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a été la première Agence à les aider avec des abris d’urgence et des kits de biens non alimentaires dès leur arrivée. L’année dernière, ils étaient les premiers à recevoir 400 abris transitionnels de l’OIM

Malam et son épouse Amarcia admirent fièrement leur jardin de choux. Photo : OIM / Monica Chiriac

« Nous avons des routes maintenant ! Ce sont les petites choses qui vous font réaliser que vous vivez dans une communauté. » — Malam

Malam espère que la mairie leur donnera une nouvelle terre dans les environs afin qu’ils puissent cultiver paisiblement les oignons, le maïs et le riz. Il se demande si l’attaque, les inondations et tout ce qui a suivi n’étaient qu’une bénédiction déguisée. Les abris transitionnels de 24 mètres carrés qu’ils possèdent sont bien meilleurs que les maisons qu’ils avaient dans leur village. « Ce n’était pas durable. D’un certain côté, nous avons eu la chance de déménager avant que l’inondation ne frappe, » Malam contemple.

À la suite d’une évaluation initiale, l’OIM a offert aux résidents de la Maina Kaderi un choix de 38 types d’activités génératrices de revenus, visant à répondre aux besoins quotidiens des ménages tout en les rendant plus autonomes. Chaque ménage a reçu une activité génératrice de revenus de choix ou deux, pour les ménages polygames, comme celui de Malam. Sa première femme, Aissa, 43, a choisi l’élevage, tandis qu’Amarcia, 40, a choisi le commerce. Entre eux trois, ils élèvent 15 enfants et leur bien-être est leur priorité.

« Nous sommes fiers de ce que nous avons construit en si peu de temps. » — Malam

Tous les matins, Amarcia vend des beignets et des pâtés à la maison, devant sa maison. Photo : OIM / Monica Chiriac

Amarcia fabrique des beignets et des galettes qu’elle vend tous les matins aux résidents de Maina Kaderi. Aissa a aussi vendu quelques-uns de ses boucs et a acheté un peu plus de chèvres pour augmenter la production tandis que Malam a investi dans la rénovation de leur maison. Les chèvres qu’ils possèdent fournissent du lait pour les petits et le potager est utilisé pour les repas quotidiens de la famille. Malam a également planté deux citronniers qui, espère-t-il, ne représenteront que le début de leur abondance.

Indeo, 35 ans, a choisi l’extraction de l’huile d’arachide comme activité principale. Photo : OIM / Monica Chiriac

Fantaou a 60 ans, mais elle est reconnue dans sa communauté comme une force. Partie de l’ancienne communauté Jaidam Tchoukou, Fantaou est également arrivé sur le site avec rien d’autre que ses mains nues. Elle vit maintenant avec ses deux petits-enfants et subvient à leurs besoins en vendant des arachides sucrées et salées, grâce à l’huile de palme qu’elle fabrique de son ancienne terre ainsi que les arachides qu’elle achète sur le marché local. Le commerce entre les autres Maina Kaderi-ans a encore renforcé l’économie à petite échelle sur le site.

« C’est ici que j’appelle chez moi. Je me souviens à peine d’une époque où ce n’était pas le cas. » — Fantaou

« C’est l’endroit que j’appelle chez moi maintenant. Je ne me souviens plus de l’époque où ce n’était pas le cas. » — Fantaou

Une aubaine à 100 FCFA par sac, cette collation sucrée est un succès parmi les villageois. Avec l’argent qu’elle fait de son entreprise, Fantaou a été en mesure d’améliorer son abri et son potager. En goûtant les arachides et les tomates, Fantaou s’assied et nous observe avec un sourire satisfait

Fantaou pose avec ses fameuses cacahuètes. Photo : OIM / Monica Chiriac

Dans deux mois, les sites voisins Maya, Zarwaran et Chétima Wongo accueillerons 400 nouveaux abris transitionnels aussi (133, 152 et 115 respectivement). Les parcelles ont déjà été attribuées aux résidents, en gardant à l’esprit la cartographie initiale du village. Le processus de construction en cours a créé divers emplois pour la communauté locale et les personnes déplacées, en particulier dans la fabrication de briques, le transport et la maçonnerie. Cette fois ci, les villageois ont reçu leurs activités génératrices de revenus avant que le processus de construction ne soit achevé.

Les femmes du nouveau site de Diffa cousent des sacs de riz pour rafraîchir leurs abris. Photo : OIM / Monica Chiriac

Près de 40 km, un nouveau groupe de réfugiés vient d’arriver à Diffa, après avoir fui leur village au Nigeria voisin à la suite d’une attaque de Boko Haram. Encore étourdis et confus, ils ont mis le camp à la périphérie de la ville de Diffa, en attendant d’autres instructions.

En dépit de leur situation, les gens sont optimistes et déterminés à améliorer leurs abris, en utilisant leurs propres vêtements personnels ou en cousant des sacs de riz qu’ils utilisent comme bâillons. Leurs abris improvisés peuvent à peine résister au vent agressif et à la poussière qui engloutit Diffa en ce moment, sans parler de l’inévitable saison des pluies. La protection contre les éléments semble indispensable en ce moment.

Une femme déplacée prie dans son abri improvisé après son arrivée à Diffa en provenance du Nigéria. Photo : OIM / Monica Chiriac

L’OIM distribue des abris et d’autres éléments d’aide aux populations les plus vulnérables de Diffa depuis 2013. Pour soutenir la coordination humanitaire, l’OIM soutient également le ministère de l’action humanitaire et de la gestion des catastrophes dans la coordination du groupe de travail Abri/NFI. Plus de 249 000 personnes déplacées ont encore besoin d’aide dans la région, tandis que plus de 20 000 personnes risquent d’être déplacer en raison des inondations de cette saison pluvieuse dans la région de Diffa.

La réponse humanitaire d’urgence de l’OIM à Diffa est soutenue par le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations (PRM) du département d’état des États-Unis.

[1] DREC-R report dated July 2018