Une parcelle de terrain: L’espoir retrouvé à Agadez

Mohamed, Issouf, Moussa, et Aghali sont membres d’une communauté touchée par les flux migratoires au Niger. Un projet de stabilisation communautaire lançé par l’OIM, l’Organisme des Nations Unies chargé des migrations, leur a donné, ainsi qu’à 26 autres Nigériens, une raison de rêver d’un meilleur avenir dans leur communauté. Ce groupe de 30 personnes est composé de migrants de retour de Libye, d’anciens passeurs et de jeunes à risques ; Leur vies sont guidées par de l’ambition, un peu d’incertitude, mais surtout beaucoup d’espoir. Ils cherchent désormais des opportunités dans le secteur agricole afin d’améliorer leur quotidien.

Boyi, 26 ans, regarde au loin les 30 hectares de terre qu’il partage maintenant avec 29 autres membres de la communauté. Photo: OIM / Monica Chiriac

Mohamed, 45 ans, parle de la Libye avec l’émotion d’un homme qui a connu des jours meilleurs. Pour lui, les choses sont simples : La vie est meilleure lorsqu’il n’a pas à se préoccuper du lendemain.

« La vie était belle en Libye. Je travaillais un jour, et je pouvais me nourrir pendant 3 jours » dit-il.

Tout comme des milliers d’autres Nigériens, Mohamed a quitté son pays pour la Libye afin de gagner de l’argent ; Par la suite, il prévoyait de rentrer chez lui, nourrir sa famille et repartir. Le rêve européen n’a jamais été son ambition.

Pendant son séjour à l’étranger, Mohamed a travaillé dans un garage où ses amis Soudanais lui ont appris la soudure. Il est revenu au Niger en 2005 lorsque la situation sécuritaire en Libye a commencé à se détériorer, mais lorsqu’il a pris conscience des taxes qu’il devrait payer au Niger, en plus du manque de client, il a rapidement réalisé qu’il devrait changer de travail.

«J’ai quitté le Niger maintes et maintes fois et je suis revenu autant de fois.» — Mohamed
«J’ai quitté le Niger maintes et maintes fois et je suis revenu autant de fois.» — Mohamed Photo: OIM / Monica Chiriac

Depuis son retour, Mohamed a participé à quelques activités dites “génératrices de revenus”, telles que la vente de lait de chameau, mais un travail stable est introuvable. «Je n’ai plus de travail stable depuis 1987, quand le tourisme était en plein essor à Agadez et que le rallye Paris-Dakar était populaire», dit-il.

Mohamed est l’un des 30 bénéficiaires nigériens sélectionnés par un comité de dirigeants locaux à Agadez pour participer au nouveau projet de stabilisation des communautés de l’OIM. Soutenu par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), le projet se concentre sur la réintégration des migrants et la lutte contre la radicalisation dans la région, à travers la création d’emplois par la restauration des terres dégradées auparavant productives.

La femme de Mohamed dans la maison qu’elle partage avec son mari, sa mère et sa fille, en dehors de la ville d’Agadez. Photo: OIM / Monica Chiriac

Chaque bénéficiaire a reçu des autorités un hectare de terres à utiliser pour des activités génératrices de revenus. La culture de légumes dépend beaucoup de la saison, certaines saisons n’étant pas aussi rentables que d’autres. Dans cet esprit, et jusqu’à la fin du projet, chacun d’entre eux reçoit une allocation mensuelle de 60 000 FCFA (EUR 90).

Comme beaucoup de ses compatriotes, Mohamed a fait sa part de travail agricole au cours de sa vie — il s’agit de l’une des principales sources de revenus à Agadez — il n’a donc pas peur recommencer, tant que cela garantit à sa famille assez de nourriture. Quand Mohamed a demandé à ses futurs beaux-parents la main de leur fille, il a promis qu’il prendrait soin d’elle. «J’ai l’intention de tenir cette promesse», dit-il.

Sur le papier, Issouf, âgé de 24 ans, remplit les critères pour être considéré comme un jeune à risque: un chômeur sans formation scolaire, âgé de 18 à 35 ans, qui peut à peine trouver les moyens de se nourrir et de nourrir sa famille, mais qui est prêt à tout pour trouver un moyen de le faire — que ce soit par des moyens réguliers ou en se livrant à des activités criminelles. Alors qu’Issouf est considéré comme une personne à risque, il est à première vue un jeune homme qui a été élevé pour connaitre un avenir loin du crime.

Issouf accueille les visiteurs chez lui. Photo: OIM / Monica Chiriac

Issouf vit avec ses parents, ses dix frères et sœurs, de nombreuses tantes, neveux et nièces, dans un foyer se trouvant à environ trois kilomètres de la ville d’Agadez, dans la brousse. La famille de Mohamed et 80 autres forment une communauté très unie. Issouf prend n’importe quel travail et peut souvent faire du jardinage avec son père et ses frères. Son beau-frère est parti pour la Libye il y a quelque temps et n’est jamais revenu. Ce n’était donc pas une surprise qu’ Issouf ait sauté sur l’opportunité de prendre part à un nouveau projet agricole quand il a entendu dire que des jeunes chômeurs de son village étaient recherchés. Ses parents étaient ravis d’apprendre qu’il a été choisi et qu’il pourrait bénéficier d’un revenu stable lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille nombreuse.

« A la fin de la journée, on s’entraide tous pour pouvoir joindre les deux bouts » Issouf

« À la fin de la journée, nous nous entraidons tous pour joindre les deux bouts.» — Issouf Photo: OIM / Monica Chiriac

Le projet de stabilisation communautaire n’est pas conçu comme un plan de reconversion pour les ex-passeurs, mais comme une approche inclusive visant à impliquer tous les membres de la communauté. Le projet de la Convention s’adresse à d’anciens passeurs tels que Moussa. Il y a plusieurs années, cet homme de 48 ans a été approché par des amis de la contrebande qui semblaient bien se porter. Jeunes et sans emploi, Moussa a décidé de tenter sa chance et de rejoindre leur entreprise. S’il y avait des migrants à la recherche d’un moyen de transport, il était là pour assurer leur trajet. Petit à petit, l’entreprise s’est développée, de même que ses revenus. Dix ans plus tard, lorsque la loi n ° 2015–36 (incrimination du trafic de migrants) a commencé à être appliquée au Niger, il a abandonné ses activités.

“Je gagnais beaucoup en tant que passeur, mais cela ne valait pas le risqué encouru” — Moussa

«J’avais l’habitude de gagner beaucoup en tant que passeur, mais cela ne valait pas le risque.» — Moussa. Photo: OIM / Monica Chiriac

Avant même de s’imaginer devenir passeur, Moussa avait l’habitude de jardiner pour gagner sa vie. Son esprit d’entrepreneur transparaît lorsqu’il parle de ses plans concernant le terrain qui lui a été attribué dans le cadre du projet. Il veut non seulement cultiver des légumes, mais aussi des orangers, des manguiers et des dattiers. Pendant le mois d’avril, lorsque les prix des moutons sont au plus bas, il compte en acheter quelques-uns et leur construire un enclos sur son terrain. Plus tard, il pourra les vendre à un prix plus élevé. Il discute souvent avec les autres bénéficiaires de la manière dont ils peuvent rendre cette terre plus lucrative pour tous.

«Cucurbitacées», annonce Fiza, assistant de l’OIM pour la stabilisation communaitaire à Agadez. «C’est ce qu’ils devraient planter cette saison: concombres, citrouilles, pastèques».

Au cours du projet, chaque bénéficiaire participera à une formation en agriculture et recevra un kit de semences adapté à la campagne maraîchère en cours. Une fois qu’ils commencent à faire des bénéfices, ils peuvent diversifier les produits qu’ils cultivent.

Issouf (extrême droite) et Aghali (droite) lors de la cérémonie officielle d’octroi des droits fonciers aux bénéficiaires par les autorités en août 2018. Photo: OIM/Monica Chiriac.

Pour pratiquer l’agriculture en plein désert, le défi évident est de trouver de l’eau.

Comme Abdoul, 35 ans, le dit : «S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de travail. » Avec le soutien du comité local et des fournisseurs, et après une étude de faisabilité approfondie, le terrain a été nivelé et le forage a commencé pour trouver de l’eau.

Etant donné que les parcelles sélectionnées ne bénéficieront plus à la communauté des éleveurs de la région, 200 hectares de terre à proximité ont également été restaurés. Compte tenu du terrain peu propice à l’agriculture qu’Agadez a à offrir, plus de 100 000 demi lunes ont été créées pour récoler et conserver l’eau de pluie et créer un environnement favorable aux plantes. Plus de 150 personnes se sont engagées dans des activités de cash for work pendant la saison des pluies pour créer des demi lunes et planter plus de 60 000 arbres. Ce nouvel espace et les châteaux d’eau crées sont mis à disposition des quatre villages environnants.

Le projet vise également à organiser des formations hebdomadaires en agriculture pour près de 500 migrants d’Afrique de l’Ouest séjournant dans le centre de transit de l’OIM à Agadez, en attendant que leurs documents de voyage soient prêts. Les migrants apprendront de nouvelles compétences sur les terres allouées aux bénéficiaires, et ils peuvent donc tous interagir non seulement sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel, car nombre d’entre eux ont partagé des expériences migratoires similaires.

Aghali, 25 ans, gagnait sa vie comme chauffeur de taxi moto à Agadez. Lorsque sa moto a été volée, il a décidé que la seule option était de partir en Libye. Une fois arrivé en Libye, il a trouvé un emploi dans l’agriculture en dehors de la capitale, Tripoli. Comme il était à peine payé pour son travail, il est retourné à Tripoli où il a été kidnappé et emprisonné pendant cinq mois. Il n’a jamais appelé ses parents pour demander de l’argent pour payer la rançon car il ne voulait pas les inquiéter.

“Les enlèvements, l’esclavage, c’était trop dur à supporter, alors je suis revenu.” — Aghali

Aghali est revenu en 2017, mais il n’a toujours pas eu de nouvelles des amis qu’il a laissés en prison. Il a sept frères et soeurs et partage un lien particulièrement fort avec son frère Rhissa. Depuis son retour, Aghali n’a pas pu trouver un emploi stable. Une “bonne journée” pour Aghali représente environ quatre euros gagnés sur les terres de ses voisins. En l’absence d’Aghali, Rhissa voulait suivre les traces de son frère et partir pour la Libye, mais ses parents craignaient pour son avenir.

Aghali espère maintenant que son propre terrain et la possibilité de travailler aux côtés de son frère mènera à un nouveau chapitre positif de sa vie.

Aghali avec son père Aghali et son frère cadet Rhissa à Oure, à 13 kilomètres de la ville d’Agadez. Photo: OIM / Monica Chiriac

Le Projet de réintégration des migrants et de lutte contre la radicalisation à travers la création d’emplois par la restauration des terres dégradées et de leur base productive est financé par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Le programme de stabilisation communautaire de l’OIM a pour objectif d’aider les gouvernements et la société civile à réduire les facteurs menant à la migration irrégulière et forcée, d’intégrer les besoins des groupes marginalisés et des communautés d’accueil et de répondre à l’impact des flux migratoires sur la communauté.

https://youtu.be/upNHQTZ2TFM