Las Vegas © Behance, Patswerk

CES, unseen.

Ogilvy Consulting Paris
Jan 17 · 5 min read

Faire un bilan du CES sans avoir été à Las Vegas, une gageure ? Tentons d’abord de vous donner les chiffres clés : 117 exposants, et 17 000 visiteurs se sont rués à Las Vegas en ce début janvier. Ce sont bien les chiffres du CES…mais celui de 1967. Le salon a vu sa taille multipliée par 10 en 50 ans et il est aujourd’hui un lieu de convergence mondial pour les innovateurs.

Ce « consumer electronics show » est en effet le lieu où les grandes innovations technologiques sont apparues : le magnétoscope en 1970, le caméscope et le lecteur CD en 1981, le DVD en 1995, puis la télévision plasma et la X Box en 2001, le Blue ray en 2003, et la télévision 3D en 2009. Dans les années 2010, la pure nouveauté technique a été supplantée par des innovations de services, comme Uber, qui combine différentes technologies existantes pour transformer l’expérience client. Alors le cru 2020 tient-il ses promesses ? A-t-on vu apparaître des produits « game changer » ou uniquement des concepts marketing ? Quels sont les secteurs les plus innovants ? Quel bilan dresser de cette édition ? Vu de Paris, nos quelques commentaires sur le CES.

Un futur connecté

Les dispositifs technologiques se font concurrence : le concept car de Sony ou celui de Wolkswagen rivalisent de nouvelles fonctionnalités dans un design futuriste. Les écrans sont désormais pliables et les télévisions Oled offrent une qualité d’images inégalée. Dans le gaming, le dispositif Razer Kishi permet de transformer votre smartphone en console portable et en réseau.

L’intelligence artificielle est devenue aussi un incontournable. La guerre des systèmes à commande vocale est enclenchée entre Alexa et le Google Assistant et un pas de plus a été franchi avec Neon, IA personnalisée de Samsung : un avatar en 3D, à l’apparence humaine. Doit-on et veut-on recréer des hommes et des femmes en 3D ? Ne faut-il pas garder l’IA artificielle et la personne naturelle ? Les interrogations sur ce futur qui se dessinent ont été au cœur du salon.

Un futur souhaitable ?

Un dispositif semble avoir marqué les participants : Ballie, proposé par Samsung[1], qui assure le rôle d’un assistant, commandé par la voix ou les gestes, et qui peut remplir de multiples tâches. Un objet qui rappelle le « Signal », sorte d’assistant universel, de la série d’anticipation Years and years. Comme un nouvel interlocuteur au cœur des échanges dans une famille. Dans cette fusion entre humain et artifice, de nombreuses conférences ont ouvert le débat sur la protection des données et l’éthique des entreprises. On peut se demander si l’innovation de demain ne sera pas celle qui permet de ne donner aucune donnée et de permettre une intimité 2.0.

Ce futur est aussi collectif et les allées du salon faisaient apparaître de nombreuses occasions de collaboration, à l’exemple de Bic et de son rasoir connecté[2], non voué à la commercialisation, mais permettant un dialogue renforcé avec ses clients.

Mobilité et santé, là où la technologie nous aide

Deux secteurs semblent mobiliser la créativité et l’innovation. Dans le secteur de la mobilité, un des must est le taxi volant, dont le lancement a été annoncé pour 2023 par Hyundai, en partenariat avec Uber. Il souligne ainsi une sorte de convergence des innovations, qui permet d’aller plus loin en alliant les forces des leaders technologiques historiques et des disrupteurs serviciels. De tels rapprochements engendrent une véritable recomposition du paysage concurrentiel et sectoriel. L’acteur qui dépasse le plus les frontières est sans conteste Toyota, qui a choisi de présenter une ville du futur, Woven City, alimentée via des piles à hydrogène : du concept car à la concept city.

Second secteur très présent : la santé. Monitorer notre corps, mieux le comprendre, et mieux le protéger semblent les enjeux clés que se sont fixés les industriels présents. L’exemple le plus réussi qui ressort des différents comptes rendus est celui de la Withings scan watch, qui mesure battements de cœur et début d’apnée du sommeil. Certains dispositifs dépassent ce simple stade du « monitoring », et cherchent à dépasser le corps, l’augmenter, le renforcer. Ainsi le système Phonak pour une audition augmentée ou les dispositifs d’exosquelettes laissent anticiper un avenir où nos affaiblissements progressifs seront compensés par des supports techniques.

Quel impact ?

Ces quelques projets enthousiasmants sont-ils suffisants pour faire du CES un must see et un must go ?

Quid de l’impact environnemental et de la prise en compte des dangers du réchauffement climatique ? Le sujet de la « sustainability » était couvert par de multiples propositions dans les allées du salon. On peut citer le système Hydraloop pour recycler l’eau au sein d’une maison, ou encore Zero Mass Water et Watergen, captées par Olivier Ezratty[3], qui visent à récupérer l’eau dans l’air.

Choisir d’aller au salon est déjà une illustration des contradictions de notre monde. Parler de respect de l’environnement quand on fait voyager près de 200 000 personnes dans un désert pour une semaine de salon peut sembler contradictoire. Il faut souligner l’engagement cette année de Delta Airlines d’être neutre en carbone sur les vols opérés pour rejoindre le CES[4]. Il serait intéressant de calculer l’impact environnemental global du salon.

S’interroger sur le sens de ce qui peut être pris par certains comme une mascarade était aussi le propos d’une patate connectée[5], qui rappelle pour les fans de séries un déguisement porté par Ross dans la série Friends : selon son inventeur, cette pomme de terre connectée aurait plus de chances de succès que 60% des produits exposés à Las Vegas. On peut effectivement soulever ce point face au Charmin Rollbot de Procter et Gamble qui vient vous apporter du papier aux toilettes…

Cette notion d’impact peut aussi s’appliquer à un temps plus long : parmi les projets des années précédentes, quels sont ceux qui ont trouvé leur marché ? Survécu à la pression de l’innovation ? Le salon traduit-il l’air du temps ou l’air de demain ? Souligne-t-il des révolutions invisibles[6] ou des changements décisifs ?

Ces réflexions nous ramènent ainsi à ce qu’écrivait Jean Baudrillard en 1968 dans Le système des objets. Critiquant la notion de « gadget », il écrit « … pour n’importe quelle opération, il y a, il doit y avoir, un objet possible : s’il n’existe pas, il faut l’inventer. C’est toute la bricole du concours Lépine qui, sans jamais innover et par simple conbinatoire de stéréotypes techniques, met au point des objets d’une fonction extraordinairement spécifiée et parfaitement inutile. »[N] Des propos qu’on aurait peu de mal à appliquer aujourd’hui au CES et à certaines de ces « innovations »…

Vous qui y étiez, avons-nous raté quelque chose ?

On compte sur vous pour nous le signaler, back from Vegas !

[N] Jean Baudrillard, Le système des objets, Gallimard, 1968, p. 160.

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