Latéral Series #1 — Apprendre, demain.

Ogilvy Consulting Paris
Nov 19 · 5 min read

Episode 1 : Nicolas Turcat, investir dans les territoires apprenants.

Illustration : Ty Dale / Behance

Notre société se transforme, et nous interroge sur nos fondamentaux. Manger, rêver, aimer, découvrir, apprendre…autant d’actions simples qui sont modifiées par la transformation numérique. Ogilvy Consulting vous invite à rencontrer ceux qui s’interrogent et agissent pour penser demain. Premier sujet : apprendre.

On nous explique que plus de 80% des emplois de demain n’existent pas aujourd’hui. On nous dit aussi qu’aujourd’hui, la durée de vie moyenne d’une compétence est de 4 ans, alors qu’elle était de 25 ans il y a 15 ans. Dès lors, comment réussir l’équation de l’apprentissage et de l’acquisition de compétences qui ne sont parfois même pas formalisées ? Quelles sont ces futures compétences ? Quels emplois ouvriront-elles ? Comment nous y former ? Quel socle de connaissances communes pour demain ? Comment les construire, les comprendre et s’y former, mais également qui pour les valider et les certifier ?

Nous avons interrogé des acteurs de différents métiers, qui réfléchissent ET construisent par leur action l’éducation de demain et les modes de transmission et de formation. ils ont accepté de répondre à nos questions.

Nicolas Turcat, un investisseur au pays de l’éducation.

Apprendre ?

Apprendre, ce n’est pas se positionner contre ou pour quelque chose, c’est surtout se donner des capacités supplémentaires pour être en mesure de décider de manière autonome.

Deux contraintes s’ajoutent à l’apprentissage aujourd’hui : la vitesse et l’inclusivité. Les transformations vont très vite, que ce soit sur le numérique ou l’écologie par exemple, et cela complexifie l’apprentissage, qui ne doit laisser personne sur le bord de la route.

L’éducation redevient donc probablement le sujet le plus politique du 21ème siècle, elle est la meilleure piste pour une réelle émancipation. On est passés d’une société de la connaissance autour de 2005 à la notion de société apprenante autour de 2010, et désormais on évoque les territoires apprenants, vertueux pour les individus et un collectif ancré dans un territoire.

Apprendre ce n’est donc pas apprendre tel ou tel paradigme figé, mais bien apprendre à évoluer, apprendre à muer, apprendre à réfléchir, apprendre à prendre les décisions individuelles et collectives et devenir acteur de notre société. Citoyen en somme.

En 2050, comment apprendra-t-on ?

« Le numérique est tout sauf programmable et demande plus d’intelligence sur le terrain »

Deux scenarios se dessinent.

Si nous continuons sans changer les choses de manière structurelle, on peut anticiper une éducation à plusieurs vitesses, négatives pour certains. Ceux, malchanceux, mal nés ou mal éduqués, qui seront probablement amenés à travailler « sous » les intelligences artificielles et les algorithmes ; et ceux, plus chanceux, éduqués pour plus de créativité et des capacités décisionnelles plus fortes. Ce scénario est plausible, mais inacceptable.

Le second scénario requiert d’hybrider l’intelligence de l’ensemble des acteurs dans un grand mouvement pour favoriser une éducation inclusive qui donne ses chances à toutes et à tous. Il permet d’imaginer d’ouvrir les portes de l’école à un ensemble d’acteurs complémentaires, qu’ils soient à la fois historiques, innovants, et crédibles, qu’ils viennent du secteur associatif, de la recherche, du privé, et qu’ensemble, ils se mettent en réseau au sein des territoires pour donner des capacités supplémentaires aux acteurs qui « font l’éducation » au sein de l’école mais aussi en dehors.

J’imagine aussi l’enseignant / l’éducateur au cœur de ce scénario, dans un rôle réaffirmé de médiateur avec le monde qui nous entoure. Ce scénario sera aussi peut-être à plusieurs vitesses, mais bénéfique pour les plus faibles en les prenant en compte.

Comment l’éducation pourra se transformer pour réduire l’écart entre ces deux situations ? Qui doit porter cette évolution ?

Ma conviction est que l’échelle territoriale est la plus pertinente actuellement pour construire des projets en phase avec les attentes sociétales en associant tous les acteurs : que ce soit les collectivités qui peuvent en faire un projet politique, les enseignants qui sont la clé du succès de toute solution sur ce domaine, les acteurs associatifs ou les entreprises venant compléter les apprentissages, ou encore les parents qu’il faut encore convaincre.

Quel rôle joue le numérique dans ces mouvements ?

Le numérique change drastiquement les paradigmes d’apprentissage : il impacte la structure même des parcours d’apprentissage et donc les organisations qui se sont construites autour. Les lieux, le rapport au temps sont modifiés, voire inversés : apprendre le soir et faire des exercices concrets avec un enseignant la journée ou suivre plus de la moitié de votre formation continue sur votre smartphone sont aujourd’hui des approches possibles.

Toutes les structures éducatives sont remises en cause : les bâtiments, l’aménagement, la formation initiale et continue des enseignants, la manière de mener un enseignement — ou plutôt les enseignements, l’usage des connaissances acquises ou diffusées gratuitement, la façon d’évaluer les enfants, les étudiants et les stagiaires, …

Qui vous inspire pour dessiner cette éducation de demain ?

Je pense à APTIC, une société coopérative, soutenue par l’Etat, qui déploie les « pass numérique » pour favoriser l’inclusion et la médiation numériques auprès des acteurs de terrain en France. Cette société coopérative allie le fond et la forme de l’intérêt général. Le modèle coopératif est probablement bien adapté à nos sujets d’éducation et d’apprentissage tout au long de la vie, dans la mesure où il embarque nativement un ensemble d’acteurs, y compris les bénéficiaires finaux, tout en garantissant un intérêt général et collectif.

Le modèle de Tech comme nous l’entendions il y a 4 ou 5 ans n’est pas viable sur le champ de l’éducation, et peut-être même sur le champ de la formation professionnelle, car il ne permet pas de développer des solutions adaptées à toutes et tous, durables sur le temps long, et transformant l’ensemble des structures et personnes nécessaires au renouvellement des formes d’apprentissage.

« Un modèle alternatif de Edtech est encore à trouver : plus centré sur l’impact et la création de communs, mais aussi sur le développement de modèles économiques complémentaires à l’Etat, tout en favorisant une innovation territoriale collective. »

Qui est Nicolas ?

Nicolas est diplômé de SciencesPo Paris et a été consultant en transformation du secteur public.

Il est chef de service « éducation et inclusion citoyenne » au sein de la Direction de l’investissement de la Banque des Territoires, Groupe Caisse des Dépôts. Sur le sujet de l’éducation, il a trois rôles : investisseur auprès des jeunes pousses de la EdTech ou de l’inclusion Tech, appui à la structuration de la filière et suivi des mandats du Programme d’investissement d’avenir.

La Banque des Territoires de la Caisse des Dépôts a pour rôle de proposer des solutions aux collectivités locales et aux acteurs du terrain pour soutenir leur projet, de la conception à la mise en œuvre. Elle agit sous différents formats : ingénierie partenariale ou territoriale, intelligence collective (comme l’outil web eCarto https://ecarto.banquedesterritoires.fr/#/, premier panorama du numérique éducatif dans les territoires), mandats suivis pour le compte de l’Etat comme les programmes d’investissement d’avenir, et aussi investissement dans des sociétés innovantes et à impact comme Simplon.

Vous pouvez le suivre sur Twitter : @Nicolasturcat

Quel sera le futur de l’éducation ? Jetez un oeil à notre dossier #ExploretheFuture sur le néo-training, à lire ici :

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