Entreprendre pour la démocratie, par Système D — Part. 2/7 Co-city

“Le renouveau de la démocratie passe avant tout par l’action collective locale : penser global, agir local”

Entreprendre pour la démocratie, c’est le pari des porteurs de projet accompagnés dans la première promotion de l’incubateur de Démocratie Ouverte, Système D. Après 7 mois d’accompagnement, le parcours d’accélération s’achève le 14 juin, et à cette occasion, Système D vous propose une série d’interviews, à la rencontre de 7 porteurs de projet.

Après avoir exploré ECHO, un projet qui cherche à faire entendre les citoyens dans les institutions, jusqu’à l’Assemblée Nationale, nous découvrons aujourd’hui une autre manière de renouveler la démocratie : l’action citoyenne locale avec le civic crowdfunding, ou financement participatif citoyen. Guillaume Desmoulins, fondateur de l’association loi 1901 Co-city, vous explique comment ce projet redonne du pouvoir d’agir aux habitants et leur permet de recréer du lien, de monter des projets collectifs à l’échelle locale pour lutter contre le sentiment d’impuissance face aux injustices quotidiennes.

“Co-city, ça n’est pas moi, nous sommes un collectif composé d’une équipe-projet avec son bureau et ses bénévoles, d’une communauté de partenaires et de porteurs de projet”

Qu’est-ce qui t’a amené à lancer ce projet ? Pourquoi toi ?

Il n’y a pas eu un événement déclencheur très marquant, ça s’est fait en plusieurs étapes. Après des études en politiques publiques, science politique, économie et un mémoire de master sur l’économie sociale et solidaire, j’ai travaillé dans des collectivités territoriales et des organisations internationales comme l’OCDE. En parallèle, je m’intéressais au monde associatif et mon expérience professionnelle m’a amené à penser qu’il est plus facile de changer les choses dans le monde associatif que dans les grandes organisations.

En décembre 2015, j’ai lancé Co-city, sur la base de mon attrait pour les politiques publiques et mon engagement pour l’intérêt général, et en 2017 j’ai publié une étude sur le civic crowdfunding.

Par contre, Co-city, ça n’est pas moi, nous sommes un collectif composé d’une équipe-projet avec son bureau et ses bénévoles, d’une communauté de partenaires et de porteurs de projet.


“Les jeunes et les habitants des quartiers populaires ne votent plus et ont une sentiment d’impuissance et de résignation”

Quel est le problème ciblé auquel vous souhaitez répondre ?

On traverse une crise démocratique teintée d’une logique marchande et individualiste. Les gens ne votent plus, notamment les jeunes et les habitants des quartiers populaires avec un taux d’abstention très fort pour ces populations qui ont un sentiment d’impuissance et de résignation.

Le renouveau de la démocratie passe avant tout par l’action collective locale : penser global, agir local. Des citoyens agissent déjà en collectif ou en association pour répondre quotidiennement aux défis sociétaux (sociaux, environnementaux, démocratiques). Mais beaucoup ne se concrétisent pas car il n’y a pas assez de mobilisation, de moyens, d’accompagnement. A l’initiative, ce sont souvent des citoyens qui ne sont pas à l’aise avec le numérique, avec les logiques de financement participatif.


Comment fonctionne ta solution ?

Chez Co-city, nous avons deux objectifs :

  • démocratiser la pratique du financement participatif citoyen notamment pour des personnes exclues du numérique ou des outils de financement traditionnels
  • faciliter le pouvoir d’agir des habitants en particulier dans les quartiers populaires et auprès des jeunes.

Pour répondre à ces objectifs, nous avons deux modes d’action :

  • La plateforme en ligne Co-city.fr qui permet de financer des projets citoyens et qui permet de passer de l’idée au projet. Concrètement, si vous déposez ne serait-ce qu’une idée, vous allez rencontrer l’équipe Co-city qui va vous connecter avec la communauté Co-city pour que votre idée devienne un vrai projet réalisable ;
  • L’accompagnement poussé par la communauté d’entraide et l’équipe Co-city qui soutiennent tous les initiatives citoyennes de la plateforme : accompagnement en amont pour passer de l’idée au projet, pour les aider à bien définir une stratégie de campagne et pendant la campagne pour les aider à mobiliser.

Pourquoi faut-il croire en ton projet ?

Le but n’est pas juste de financer des initiatives citoyennes mais aussi de les fédérer au travers d’une communauté d’initiatives citoyennes pour les mettre en lumière, pour montrer, ensemble, qu’il est possible de construire un monde plus juste, plus durable et meilleur. C’est un projet qui peut aller très loin si on s’en donne les moyens.


“Depuis le lancement de l’activité en septembre 2015, nous avons soutenu 51 initiatives […] avec un taux de réussite de 95% pour les campagnes de financement”

A quel stade de développement du projet en êtes-vous ? Qu’avez-vous déjà réalisé et quels sont les grands chantiers à venir ?

Nous avons lancé l’activité de Co-city en septembre 2015, ce qui nous fait bientôt 3 ans d’activité. Co-city a soutenu plus de 35 initiatives citoyennes avec un taux de réussite de 95% pour les campagnes de financement.

En plus de la plateforme et de l’accompagnement associé, nous travaillons avec le budget participatif de la ville de Paris depuis 2016 : nous avons soutenu 16 initiatives d’habitants dans les quartiers populaires. Au total, Co-city a déjà soutenu 51 initiatives via la plateforme et le budget participatif.

Maintenant, notre objectif est de développer Co-city et le financement participatif citoyen sur de nouveaux territoires, avec comme premier terrain la région PACA, en particulier Marseille. Cela signifie qu’on va prendre du temps pour rencontrer les acteurs du terrain, pour voir comment s’implanter dans un maillage déjà existant, comment s’adapter tout en gardant un modèle qui a fait ses preuves. Nous sommes très fiers d’inaugurer cette nouvelle antenne régionale en soutenant le projet du Collectif Alternatiba Marseille pour le climat et la justice sociale !


Qui peut vous aider à faire avancer votre projet, et comment ?

Les financeurs ! Co-city n’a pas encore atteint le stade qui nous permettrait d’avoir une visibilité à long terme sur les financements de l’association, ce qui bloque son développement et la mise en place d’une stratégie durable, notamment d’essaimage.

A part les financeurs, tout le monde peut faire avancer Co-city et rejoindre sa communauté : vous pouvez être bénévole de l’association mais aussi un acteur-terrain, une association de quartier, une autre structure du 19ème ou du 20ème arrondissement de Paris ou dans d’autres territoires en Île de France. N’importe quelle initiative d’Île de France peut être soutenue par Co-city, mais dans les faits nous manquons de partenaires en banlieue parisienne et souhaitons nous développer dans de nouveaux territoires où les besoins sont encore plus présents. Pour nous rencontrer, n’hésitez pas à venir à notre prochain apéro co-citoyen.ne.s le 13 juin prochain à partir de 19h à la Cantine Fabien, Paris 10ème ou à nous écrire à contact@co-city.fr.


“Un des grands apports de Système D est de rencontrer d’autres porteurs de projet qui parfois tâtonnent et parfois ont des solutions plus solides que les nôtres”

En quoi Système D t’a-t-il aidé à développer ton projet ?

Système D m’a procuré un accompagnement complet avec un suivi dans le temps, sur plus de 6 mois. On a pu consolider et refaire un point sur plusieurs facettes du projet : nos valeurs, notre gouvernance, notre modèle économique, etc. On a plusieurs années d’expérience donc cela nous a permis soit de repartir sur de nouvelles bases, soit de conforter nos positions.

Un des grands apports de Système D est aussi la possibilité de rencontrer en session collective, dans le cadre d’une promotion, d’autres porteurs de projet qui essaient aussi de réinventer la démocratie, qui parfois tâtonnent et qui ont parfois des solutions plus solides que les nôtres.


Pour aller plus loin, retrouvez Co-city sur leur plateforme, sur facebook et sur twitter.

Plus d’infos sur Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte, sur le site internet, sur facebook et sur twitter.

Par David Reydellet, responsable du programme d’accélération de Système D.