Entreprendre pour la démocratie par Système D — Part. 5/7 : Demodyne

“La finalité de Demodyne est la création d’un pouvoir citoyen formel, à savoir l’expression libre et structurée de la volonté des citoyens : les besoins, les priorités et les solutions à privilégier.”

Entreprendre pour la démocratie, c’est le pari des porteurs de projet accompagnés dans la première promotion de l’incubateur de Démocratie Ouverte, Système D. Après 7 mois d’accompagnement, le parcours d’accélération s’achève le 14 juin, et à cette occasion, Système D vous propose une série d’interviews, à la rencontre de 7 porteurs de projet.

Après avoir découvert les protocoles artistiques de démocratie contributive de la Ligue de l’Enseignement, nous nous plongeons désormais dans un univers plus numérique : la civictech, un champ entrepreneurial émergent qui rassemble toutes les initiatives utilisant la technologie pour actualiser et améliorer le fonctionnement démocratique actuel. Quentin Desvigne, le fondateur de Demodyne, une association sans but lucratif, nous explique comment cette plateforme permet de créer un espace d’expression citoyenne sous forme d’un bien commun appropriable par n’importe quel citoyen, groupe citoyen ou collectivité pour créer, choisir et gérer des projets collectivement.

“La question n’est pas pour qui je vote, mais pour quoi je vote.”

Qu’est-ce qui t’a amené à lancer ce projet ? Pourquoi toi ?

L’idée et le concept datent de 2012. Une détresse dans l’isoloir, au moment de voter. J’avais des bulletins de vote dans la main et je devais choisir entre la cravate rose et la cravate bleue, et je savais que c’est tout ce qu’on allait me demander, pour 5 ans. Au lieu d’avoir la capacité de m’exprimer sur la politique, les sujets de fond, on me demande de déléguer une autorité absolue à une personne qui va prendre toutes les décisions en mon nom. Selon moi, la question n’est pas pour qui je vote, mais pour quoi je vote. Bref, ce système ne permet pas de faire de la vraie démocratie, à savoir le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C’est ce qui m’a amené à finalement lancer le travail sur Demodyne en 2015, avec une équipe-projet principalement basée en Alsace.

Quentin Desvigne (2ème en partant de la droite) et une partie des membres de l’association

“Aujourd’hui, il n’y a aucun espace pour exprimer de façon structurelle sa volonté politique en tant que citoyen.”

Quel est le problème ciblé auquel vous répondez ?

Il n’y a aucune possibilité à l’heure actuelle, aucun espace pour exprimer de façon structurelle sa volonté politique en tant que citoyen. Quels besoins, quelles priorités, quelles solutions à privilégier ? Ces trois éléments ne sont jamais demandés aux gens directement. L’idée est de proposer un espace pour exprimer ces trois éléments, sans filtre, sans intermédiaire. Ce n’est pas le rôle des partis, qui proposent des synthèses idéologiques et des offres politiques consolidées de façon centralisée et plutôt descendante.


“Les citoyens peuvent classer les propositions d’autres citoyens et les mesures de leur collectivité par ordre de priorité pour former des programmes politiques.”

Comment fonctionne votre solution ?

Demodyne est une plateforme en accès libre et permanent, disponible en continu et sur tout le territoire. Cela permet de travailler sur un seul outil à plusieurs échelles : la ville, la région et le pays. Les citoyens peuvent contribuer tout le temps, et sur toutes les échelles.

Les citoyens font des propositions et il y a en parallèle les mesures officielles de la collectivité en charge. Les citoyens peuvent ensuite classer les propositions et les mesures par ordre de priorité pour former des programmes politiques. Les citoyens et les collectivités peuvent ainsi co-construire un programme idéal pour chaque échelle.

Pour plus de détail, rendez-vous sur www.demodyne.org


“La finalité de Demodyne est la création d’un pouvoir citoyen formel : l’expression libre et structurée de la volonté des citoyens.”

Pourquoi faut-il croire en ton projet ?

La mécanique d’expression des citoyens ne peut appartenir qu’aux citoyens eux-mêmes. L’exécutif ou la sphère privée ne peuvent pas opérer ça directement pour éviter des risques de conflit d’intérêt et prise de contrôle. 
C’est une façon d’impulser quelque chose de réellement indépendant de l’État mais aussi des GAFAM* et autres structures actionnariales hors sol afin d’avoir un outil qui puisse être gouverné par les citoyens eux-mêmes. Il y a là derrière l’idée de séparation des pouvoirs avec comme finalité la création d’un pouvoir citoyen formel : l’expression libre et structurée de la volonté des citoyens.

La plateforme se rapproche de Wikipedia dans sa philosophie : elle est en open-source, c’est un bien commun collaboratif qui monte en puissance avec les contributions et les améliorations de chacun.

*GAFAM est l’acronyme des géants du Web, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, les cinq grandes firmes américaines qui dominent le marché du numérique.


“Maintenant que la plateforme est complètement fonctionnelle, le grand chantier est de développer l’accompagnement en présentiel pour atteindre des objectifs précis sur un territoire donné.”

A quel stade de développement du projet en êtes-vous ? Qu’avez-vous déjà réalisé et quels sont les grands chantiers à venir ?

La plateforme a été lancée en 2016. On a réussi à développer un outil complet et puissant qui fonctionne sur tout le territoire !

Nous avons récemment adjoint un module “Communauté” qui permet de faire de la gouvernance interne et de la gestion de projet à l’échelle d’organisations formelles ou informelles : entreprises, syndicats, groupe politiques, groupes citoyens, etc.

Nous avons réalisé différentes expériences avec des politiques, avec des groupes citoyens autonomes, associations qui nous permettent d’améliorer la plateforme au fur et à mesure.

Le grand chantier à venir est de faire des pilotes de long terme avec tout un volet d’accompagnement en présentiel et processus complémentaires “hors numérique” pour atteindre des objectifs précis sur un territoire donné. Nous sommes en train de mettre cela en place avec différents partenaires, on devrait avoir du nouveau à l’automne !


“Du côté des élus, il y a un tel préjugé de perte de pouvoir que c’est difficile de sauter le pas alors qu’ils réalisent rapidement qu’ils ont tout à gagner quand ils essaient.”

Qui peut aider à faire avancer le projet, et comment ?

  • Les citoyen.ne.s, individuellement et dans leur vie associative et sociale ! En l’utilisant au maximum, en expérimentant l’outil. Avoir développé un outil c’est bien, mais c’est surtout la façon dont les citoyens vont se l’approprier sur le terrain qui va nous aider. Pour ceux qui veulent aller plus loin, ils peuvent nous partager leur expérience.
  • Peuvent aussi nous aider les collectivités et les élus en place en ayant le courage de se prêter à des démarches de concertation et de co-construction. Il y a un tel préjugé de perte de pouvoir que c’est difficile de sauter le pas alors qu’ils réalisent rapidement qu’ils ont tout à gagner quand ils essaient.
  • L’Etat doit avoir un rôle de financement de l’innovation démocratique, il y a une carence à adresser en urgence aujourd’hui. Il devra ensuite jouer un rôle d’auditeur des processus.
  • Toute organisation d’intérêt général qui tend vers une amélioration de la démocratie et de la société a sans aucun doute un rôle à jouer dans le développement d’un projet comme celui-là.

“Système D a permis de prendre du recul par rapport à une dynamique de développement et de progression du projet dans lesquelles nous étions lancés.”

En quoi Système D vous a-t-il aidé à développer ce projet ?

Système D a permis de clarifier les priorités stratégiques du projet et ce qui était important à développer maintenant. Cela nous a aussi permis de prendre du recul par rapport à une dynamique de développement et de progression du projet dans lesquelles nous étions lancés. Nous ne réussissions pas suffisamment à trouver et intégrer une perspective extérieure éclairée, surtout dans une phase où on transitionne d’un projet très centré technologie vers un accompagnement à l’usage robuste et complet. C’était donc crucial d’avoir cet accompagnement au moment d’une transition profonde du projet.

Il faut aussi préciser que Système D apporte une véritable formation sur comment structurer son projet, sur la stratégie, sur la communication, etc. ce qui permet de développer ses compétences individuelles et d’équipe.

Enfin, l’incubateur a apporté son réseau, ses contacts car nous avons intégré une promotion de projets d’innovation démocratique au sein d’un collectif plus grand qu’est Démocratie Ouverte, mais aussi les partenaires de l’incubateur avec qui nous allons potentiellement travailler du côté de Demodyne.


Pour aller plus loin, retrouvez Demodyne sur la plateforme, sur facebook et sur twitter.

Plus d’infos sur Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte sur le site internet, sur facebook et sur twitter.

Par David Reydellet, responsable du programme d’accélération de Système D.