La Mine ou la Tour de Babel inversée
La première étape à Decazeville fut l’occasion de mettre un pied dans l’univers minier et métissé de mes aïeux, arrivés ici dans les années 60, après les mines lorraines.


L’ambiance orageuse qui régnait sur Decazeville à mon arrivée, sur les coups de 15 heures lors de ce premier jour d’expédition, collait bien avec le paysage industriel dans lequel j’arrivais. Car si l’activité minière qui a marqué le territoire n’est plus d’actualité, elle a laissé derrière elles paysages et mémoires marquées.
Cette ville est le deuxième lieu de résidence de la famille Mariuzzo-Carlesso, à partir du début des années 60, après une quarantaine d’années passées à Joudreville en Lorraine. Ils arrivent avec leur pioches déjà bien émoussées dans les mines du Nord, mais certainement ragaillardis par une météo plus clémente et une région davantage épargnée par les affres de la guerre.

Cependant, ils arrivent sur la pente descendante de l’activité d’extraction du charbon, puisque les suites du CECA signé en 1951, le premier acte fondateur de la coopération européenne, induisent une fermeture progressive des sites les plus déficitaires. La décision est prise de fermer les puits du bassin, continuera seulement l’exploitation de la mine ouverte de la Découverte, aujourd’hui transformé en lac. De quoi mieux comprendre la passion communiste connue dans la famille Mariuzzo, puisque les grèves ici sont parmi les plus importantes du pays. Mais le rythme de l’Histoire et de la désindustrialisation ne s’arrête pas, Decazeville passant de 15 210 habitants en 1931 à 5686 habitants en 2014.

Bref, cette mise en abyme, je la dois à mes sympathiques hôtes rencontrées au Musée du Patrimoine Industriel et Minier de la ville. D’un côté, Mathilde, étudiante en Histoire à Bordeaux et venue se frotter à la houille le temps d’un stage estival, pour faire le lien entre art contemporain et lieux historiques, à travers l’association le Passe-Muraille. Elle mettait ainsi en valeur l’œuvre d’un artiste, Arno Fabre, venu écouter les histoires des anciens, pour accoucher d’une œuvre visuelle et sonore, les Babils de Babel, tour retournée de la version biblique calquée sur la forme de la mine de la Découverte. Car, c’est là l’histoire de ma famille et de tant d’autres immigrés, là où Italiens, Polonais, Maghrébins et autres Grecs débarquaient pour travailler comme chair à charbon, il fallait inventer un nouveau patois local. Une langue commune pour non pas atteindre le ciel, mais se rapprocher des entrailles de la Terre.

Mon second hôte, Michel, enfant du pays et de la mine, donne son temps pour transmettre l’histoire des petites gens aux visiteurs. Et quand vint le moment de présenter nos lignées généalogiques respectives, je trouvais là ma première pépite d’or dans cet amas de charbon : sa famille, d’origine italienne, avait immigrée ici à la fin des années 1950, après être arrivée dans le nord de la France dans les années 1920… à Joudreville, lieu d’établissement des Mariuzzo-Carlesso. Sans savoir si nos aïeux étaient voisins, meilleurs amis ou ennemis, il y avait là la première trace d’un passé commun dans ce voyage initiatique. Une aiguille dans cette grande botte de pailles, dont il ne reste plus qu’à tirer le fil. Et pour marquer cette communion dans ce temple minier, il m’offrira un recueil de nouvelles écrites sur le passé de “ces hommes à la gueule noire et aux culs rouges”.
L’histoire de Decazeville, elle, est bien plus longue et intéressante, mais je m’en tiendrai à ces quelques lignes pour ne pas vous perdre déjà. Mais libre à vous d’en découvrir plus via ce petit documentaire youtubesque!
