Le Laboratoire d’accélération du PNUD à l’école des maraîchers au Bénin

PNUD Bénin
Mar 3 · 5 min read
En 2007, les travaux de l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique ont révélé que les activités de maraîchage contribuent pour environ 15% au Produit intérieur brut (PIB) du Bénin. Elles contribuent également à la création d’emplois et de revenus pour les populations et participent à leur sécurité alimentaire et nutritionnelle.

La consommation des fruits et légumes rentre de plus en plus dans les habitudes alimentaires des ménages au Bénin. Que ce soit en milieu urbain comme rural, des jardins potagers fleurissent : on y cultive de la grande morelle, du crincrin, de la tomate, du piment et autres.

En nous intéressant à la thématique particulière de la sécurisation des revenus des femmes intervenant dans le maraîchage, nous avons découvert qu’il existe d’innombrables innovations sociales au sein de nos communautés.

Dans les jardins potagers, plusieurs légumes sont cultivés : laitue, grande morelle, tomate, crin-crin, etc.

Des revenus non sécurisés

Le maraîchage permet de nourrir les populations, mais « il ne nourrit pas toujours son homme », car le revenu de la plupart des maraîchers n’est pas sécurisé. A Avrankou, commune frontalière du Bénin avec le Nigeria, le maraîchage facilite la satisfaction des besoins essentiels des femmes maraîchères à leurs enfants comme l’éducation, l’alimentation et les soins. Malheureusement, cette activité pourvoyeuse de revenus connaît des aléas surtout avec la fermeture fréquente de la frontière bénino-nigériane.

Notre équipe du Laboratoire d’accélération a sillonné plusieurs villages et villes au Sud du Bénin pour comprendre comment l’activité de maraîchage est menée et les retombées économiques sur les acteurs en vue de tester des solutions au profit des maraîchères d’Avrankou.

L’intelligence collective avec les maraîchers, plus particulièrement les femmes de la filière maraîchage, a permis de mettre en lumière une multitude de problèmes dont les trois principaux liés à la sécurisation de leurs revenus se posent fondamentalement en termes de :

1. non maîtrise de certaines maladies et ravageurs du piment, de la tomate et des légumes feuilles ;

2. inexistence de financement (crédit) adapté à l’activité de maraîchage ; et

3. insuffisance de marchés d’écoulement des produits.

En plus de ces trois problèmes prépondérants, on note également l’adaptation insuffisante des aménagements aux changements climatiques, le manque d’équipements et d’infrastructures appropriés pour la réduction de la pénibilité de l’arrosage et l’insécurité foncière.

Séances d’intelligence collective avec les maraîchers dans plusieurs localités sur Sud Bénin

Des solutions locales pour améliorer les rendements

Des solutions locales ont été développées par les maraichers eux-mêmes pour répondre efficacement à ces problèmes et de façon durable. Pour lutter contre les maladies et autres prédateurs, voici les innovations sociales expérimentées par les communautés dans les localités de Dogbo et Aplahoué :

1. Association de la culture du piment avec du Mucuna pour réduire la pauvreté des sols et l’approvisionnement en eau

Cette solution consiste dans un premier temps, à mettre en terre simultanément les plants de piment et de Mucuna avec un espacement de 80 cm. Dans un second temps, à faire le suivi périodique et régulier pour s’assurer que les feuilles gorgées d’eau du Mucuna (légumineuse rampante) soient au plus à 3 cm des pieds de piment. Dans un troisième temps, pour apporter l’eau au piment et compenser l’assèchement des points d’eau du fait de la forte chaleur due au changement climatique, le maraîcher piétine les feuilles de Mucuna se trouvant dans l’espace de 80 cm précédemment laissé lors du repiquage des plants.

2. Utilisation de la culture de la citronnelle contre les insectes

Cette solution consiste à planter des plants de citronnelle traditionnelle sur deux lignes espacées de 2 mètres comme ceinture de l’exploitation maraichère et à en planter quelques plants dans l’exploitation et à faire un suivi régulier pour identifier les plants à remplacer. Dès l’identification de plants asséchés de citronnelle, il faut procéder à leur remplacement. Ce faisant, les exploitations sont protégées contre les insectes nocturnes et les mouches blanches.

3. Association de la culture du piment avec du moringa pour lutter contre les maladies et le soleil excessif

Cette solution consiste à planter le moringa local avec un espacement de 2 mètres et à faire le repiquage du piment lorsque le moringa atteint une hauteur de 1,5m. Les plants de piment sont espacés de 40 centimètres entre eux et avec les plants de moringa.

L’association de la culture du piment (image au centre) avec du Mucuna permet de réduire la pauvreté des sols. L’utilisation de la culture de la citronnelle (image de droite) permet de lutter contre les insectes et l’association du moringa (image de gauche) avec du piment permet de lutter contre les maladies des plantes.

Concernant le manque de financement adapté, la création de champs coopératifs, la création d’associations villageoises d’épargne et de crédit et la création de fonds de solidarité sont les solutions identifiées.

Nous avons été séduits par l’ingéniosité de certains maraîchers. Dans l’incapacité de satisfaire les exigences des banques en matière de garanties, un groupe d’une quarantaine de maraîchers installé provisoirement sur un domaine public en plein cœur de Cotonou, la capitale économique du Bénin a pris l’initiative de mettre en place un champ coopératif. Chaque maraîcher réserve pour la coopérative, sur sa parcelle, un nombre donné de planches convenues de la principale spéculation produite. Les produits de ces planches sont prioritairement vendus et les recettes versées dans un compte épargne de la coopérative, ouvert dans une banque de la place. Les recettes sont prévues pour l’acquisition d’un domaine de production, propre au groupe de maraîchers. En attendant que ces recettes n’atteignent le montant substantiel nécessaire pour l’acquisition projetée, elles sont utilisées pour l’autofinancement des activités : achat d’intrants, fonds de roulement, assistance sociale en cas de maladie. Les coopérateurs ont également mis en place un mécanisme de solidarité en venant en aide à ceux de leurs membres qui traversent des difficultés familiales, à travers un prêt à taux zéro.

Les expérimentations en cours permettront d’identifier les solutions qui fonctionnent dans le contexte d’Avrankou ainsi que les conditions de leur mise à l’échelle. Ainsi, selon un adage populaire, “On ne réinvente pas la roue !”.

Les maraichers de votre région ont-ils également mis en œuvre des pratiques innovantes ? Nous sommes à votre écoute !

A la découverte du champ coopératif, qui favorise la solidarité entre les membres du groupe et permet de pallier le manque de financement extérieur des activités.

Texte: Equipe du Laboratoire d’Accélération du PNUD Bénin (André-Félix Sossou/Fanny Damiano Assogba/ Theodore Kpassi Gobi) ; Photos: PNUD Bénin

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