Les femmes dans la lutte contre les changements climatiques au Bénin

Marcelline autrefois exploitante forestière est devenue aujourd’hui un acteur incontournable dans la lutte contre les changements climatiques au Bénin.

PNUD Bénin
Jun 26 · 5 min read
Décriée pendant des années comme une destructrice des forêts, Marceline s’est reconvertie en pépiniériste d’essences forestières à croissance rapide. Malgré son handicap physique, elle est devenue aujourd’hui un acteur incontournable dans la lutte contre les changements climatiques au Bénin

« Lorsque j’ai commencé l’exploitation forestière dans les années 98, on ne parcourait pas des dizaines de kilomètres avant de trouver du bois devant servir de bois de feu ou de charbon de bois. Je produisais et convoyais 20 à 30 camions de charbon de bois par jour et ça me rapportait beaucoup d’argent. J’ai une entreprise, des équipes que j’envoie dans les villages et hameaux avec l’appui des élus et notables, on me donne de l’espace et j’installe l’équipe qui coupe et me carbonise le bois avec la méthode rudimentaire. Mais, je ne réalisais pas que je détruisais l’environnement par mon activité», raconte Marcelline avec amertume.

La structure de la consommation finale de l’énergie au Bénin continue d’être dominée par la biomasse énergie : bois de feu, charbon de bois et marginalement les résidus agricoles. D’après le Rapport du Système d’Information Energétique (SIE) en 2015, la quantité totale de bois de feu prélevée sur les forêts béninoises s’élève à 7 125 996,4 tonnes ; ce qui occasionne la disparition de dizaines de milliers d’hectares de forêts chaque année.

« La coupe de bois entraîne la déforestation, l’une des causes des variabilités et changements climatiques, qui affectent les populations surtout les femmes. En outre, le recours à des méthodes de carbonisation rudimentaires engendre des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), cause de réchauffement climatique. Pour inverser la tendance, il faut un reboisement intensif du territoire et des solutions sobres en carbone », explique Isidore Agbokou, Team Leader de l’Unité Croissance inclusive et Développement Durable au PNUD.

La collaboration de Marcelline avec les services forestiers a été le déclic pour sa reconversion professionnelle. Ils l’ont convaincue à abandonner la coupe de bois et à s’investir dans la production des plants, une activité rentable aux plans environnemental et économique. Elle a suivi la formation et reçu son attestation en 2005. Aussitôt, elle a été recrutée comme Animatrice sur le projet « Bois de feu », financé par la Banque Africaine de Développement. Son travail consistait à sensibiliser les planteurs sur le reboisement et elle était payée sur la base du nombre de personnes sensibilisées qui ont planté des arbres. Les opportunités de travail se sont enchaînées au point où, elle a créé son entreprise de production et de plantation des plants.

Considérées comme des agents du changement, les femmes jouent un grand rôle dans les mesures pour lutter contre les changements climatiques dans le domaine énergétique. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet de Renforcement de la résilience du secteur de l’énergie aux impacts des changements climatiques au Bénin, également appelé PANA Energie, elle a gagné un marché de reboisement de 100 ha et contribue aux activités de sensibilisation sur le reboisement et la protection des forêts.

Marcelline sur l’un des sites de reboisement du projet PANA Energie dans la commune de Djidja

« C’est l’approche genre qui me fait gagner tout ça, car j’étais la seule femme à m’investir dans ce métier », affirme fièrement Marcelline.

Démarré en octobre 2016 pour une période de cinq (05) ans, le projet PANA Energie vise à soutenir la stratégie d’adaptation aux changements climatiques du Gouvernement du Bénin et réduire la vulnérabilité des communautés rurales et urbaines aux variabilités climatiques à travers une production, un transport et une distribution énergétique résiliente sur le territoire national. Ce projet contribue à réduire la vulnérabilité des populations aux conséquences des changements climatiques en leur offrant un meilleur accès à des sources d’énergie renouvelables et en protégeant les ressources forestières.

Pour un montant global de 39,57 millions USD, le projet est financé par le Gouvernement du Bénin, le Fonds pour l’Environnement Mondial et le PNUD. Les réalisations du projet ont touché directement 7220 personnes dont 655 femmes avec 1444 emplois créés et 26833 personnes indirectement touchées dont 11510 femmes. Il a permis le reboisement de 750 hectares d’essences à croissance rapide d’Acacia auriculiformis, Gmelina arborea, pour la promotion de la résilience au changement climatique et la durabilité écologique du bois de chauffage dans les forêts naturelles et communautaires du Bénin. Le projet a installé cinq (05) mini centrales photovoltaïques résilients dans les communes de Dassa, Djidja, Djougou, Natitingou et Savè, fournissant des services énergétiques (éclairage, recharge, congélation, électricité alimentée à l’énergie solaire, accès à l’information à base solaire) aux ménages hors réseau et aux communautés vulnérables.

Le Gouvernement a décidé la mise à l’échelle des actions phares de ce projet fin 2018. Des activités génératrices de revenus sont en train d’être appuyées au profit des jeunes et des femmes des communes bénéficiaires du projet pour limiter les pressions qu’ils exercent sur les ressources forestières.

Les femmes occupent une place de choix dans le projet à travers la fourniture des plants forestiers, le regarnissage et les entretiens des plantations, les travaux de reboisement (ramassage des plants, trouaison et mise en terre des plants, etc.) et les services énergétiques de base (recharge des batteries de portables, recharge des lampes torches, etc.).

Texte et photos : Elsie Assogba / PNUD Bénin

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Le PNUD est le réseau mondial de développement dont dispose les Nations Unies. Il appuie le Bénin à relever les défis d’un développement humain durable.