Ecovillages. Mieux vivre au sein des communautés rurales

Fatoumata, son petit dernier bien accroché sur le dos, passe du temps chaque jour à récolter les fruits dans le périmètre écologique de Mbackombel. La collecte lui permet d’améliorer l’alimentation de sa famille mais aussi d’augmenter ses revenus. Dans cette localité du département de Mbour, dans la région de Thiès, au centre-ouest du Sénégal, 6,6 hectares de terres arides et déboisées ont été transformés en zone d’incubation écologique.

La zone d’incubation écologique est composée de ’1 hectare (ha) de fruitiers, de 2 ha de plantations forestières, de 2 ha de maraîchage, 0,5 ha d’arboretum et de 0,5 d’allées.

Le village de Mbackombel, composé de 487 habitants, porte un nom qui signifie “ Le fruit du Baobab est doux” en langue locale Sérère.

En son centre, un majestueux baobab centenaire abrite d’ombre les palabres des anciens et les jeux d’enfants. La communauté fait partie des 10 localités principales du projet pilote de développement du modèle d’écovillage qui a démarré en 2010. Ce concept vise à satisfaire durablement les besoins des populations tout en veillant à être bénéfique à la conservation de la biodiversité et à lutter contre le changement climatique. Il est conduit par l’Agence Nationale des Ecovillages avec le soutien de plusieurs partenaires dont le PNUD et le GEF.

“Avant notre village était désuni. L’union est née de l’installation des différents comités de gestion qui constituent le projet d’écovillage. La dynamique de travail nous a permis de renforcer la cohésion sociale. Les villageois sont devenus fiers de leur réussite. Nous ne sommes plus dépendant des autres, à présent nous sommes connus et reconnus dans la région! Notre lieu de vie a reverdit grâce aux plantations d’arbres et à la création du périmètre écologique. Et un point important à souligner est que les conditions pour que tout le monde gagne sa vie sont là !” Témoigne Robert Birame Ndour, chef du village. Il s’implique activement depuis le début dans la transformation de sa communauté en écovillage.
Nettoyage des 80 panneaux solaires qui alimentent le forage pour augmenter leur capacité. Ils fournissent une capacité d’énergie de 8 kilowatts.

Le périmètre écologique est irrigué grâce à une borne fontaine connectée à un forage avec une pompe solaire, financée par le secteur privé.

Au delà de la dimension environnementale, le projet stimule l’emploi local et la création de structures économiques de base.

Gilbert, 20 ans, s’affaire à remettre de l’ordre dans la boulangerie et préparer le matériel pour la fournée du lendemain. Il commence tôt à pétrir la pâte pour que les pains soient prêts pour les clients qui viendront nombreux au moment du petit déjeuner. Comme chaque jour il a vendu la quasi totalité de sa production, une centaine de baguettes vendues 0,2 USD pièce.

“Après l’école secondaire, je n’avais pas d’emploi ni de perspectives pour poursuivre mes études. Grâce au projet j’ai suivi une formation en boulangerie à Dakar et je suis devenu artisan-manager de la nouvelle boulangerie de Mbackombel! Sans cette opportunité j’aurais quitté le village pour migrer dans d’autres pays à la recherche d’une vie meilleure. A présent j’épargne pour acheter une télévision et pour me marier”

Avant l’installation de la boulangerie, les habitants du village de Mbackombel devaient parcourir 11 km pour s’approvisionner en pain. A présent, ce sont les vendeuses des communautés voisines qui parcourent de longues distances pour se fournir chez Gilbert!

Mais les marchandes de pains ne sont pas les seules à se déplacer.

De nombreux élèves marchent des kilomètres pour venir étudier à l’école de Mbackombel, qui affiche un des plus haut taux de réussite du pays (au CEFE*)!

Grâce à l’implantation de panneaux solaires, l’école est tout à fait autonome en énergie. Elle accueille 348 élèves qui proviennent de 5 communautés différentes. Dans la plupart des classes, ce sont les filles qui sont majoritaires.

Pierre, 42 ans, est directeur de l’école et président de l’association écovillage

“L’énergie solaire implantée au village a aidé l’éducation des enfants, surtout l’apprentissage le soir et l’accès aux ordinateurs à l’école. La télévision communautaire installée à dans notre établissement réunit le village le soir et est une vraie fenêtre sur le monde!”

Pierre, directeur.

« L’utilisation des ordinateurs m’intéresse beaucoup, car je peux accéder à internet et trouver des informations utiles pour l’école. J’adore le cours d’histoire. Mes parents sont agriculteurs. Je suis la plus jeune de notre famille et j’ai 4 frères et 2 sœurs. Les autres ne savent pas se servir d’un ordinateur. Moi oui ! Plus tard je voudrais devenir ministre de l’éducation…” Ami Diouf, 13 ans, élève de CM2.

Le projet écovillage a permis d’alléger le travail des femmes et de diversifier les revenus.

Dibor Niakh est présidente de l’association des femmes, un groupement d’intérêt économique de 60 villageoises.

« Nous avons été renforcées par le projet de manière collective et individuelle. Lorsque nos activités génèrent des revenus, nous discutons pour affecter les gains à des activités qui comblent les besoins de la communauté. Dans le futur, nous souhaitons ouvrir une case de santé au village pour soigner au plus vite les enfants et les femmes enceintes. Les femmes du collectif sont en train de se mobiliser pour trouver les subsides et appuis nécessaires ”

Une des plus grandes réussites du projet est incontestablement l’amélioration de la souveraineté alimentaire.

L’augmentation du rendement agricole et l’encadrement des femmes pour développer le maraîchage a permis une alimentation plus riche et plus saine. Les légumes et les fruits sont disponibles toute l’année. Les races de bétail et de volailles ont pu être également améliorées.

Le projet a été accompagné de près par Cheikh Fall, agent technique des eaux et forêts, qui a vécu au cœur de l’écovillage pour accompagner les populations vers le changement.

« Les villageois vivent mieux que nous en ville. Les récoltes ont augmenté grâce à l’utilisation du compost, aux semences améliorées et à l’apprentissage de nouvelles techniques. C’est l’activité du périmètre écologique qui a le plus vite avancé car il permet aux gens d’avoir des revenus rapides. A l’avenir le souhait est d’étendre l’approvisionnement en énergie solaire et multiplier les services d’accès à l’eau”

Suite au Sommet de Rio, le Sénégal s’est engagé à la promotion du développement durable notamment en embrassant le concept Ecovillage. Il s’agit de déployer les bases du développement durable sous la contrainte de l’extrême pauvreté. Le Programme National des Ecovillages (PNE) tel que formulé est articulé au Plan Sénégal Emergent pour une contribution optimale et efficace à la promotion du développement local durable.

Plus d’informations sur le projet « Préservation participative de la biodiversité et développement faiblement émissif en carbone d’Ecovillages pilotes à proximité des aires protégées”

Mme Ndeye Fatou Diaw Guene: ndeye.fatou.diaw.guene@undp.org


Textes et photos: PNUD Aude Rossignol 2017

* Taux de réussite du CEFE en 2016–2017 : 98% contre une moyenne de près de 52% au niveau national