La jeunesse, moteur de l’innovation post COVID-19 au Tchad

PNUD TCHAD
Jun 25 · 8 min read

« Innover pour moi, c’est avoir l’intelligence d’adapter une solution à nos réalités », Hamid Khayar Oumar Defallah, fondateur de Chad Innovation Hub.

Journées portes ouvertes à Wenaklabs. Les élèves découvrent les activités de l’association et participent à des ateliers pour découvrir le numérique. ©Wenaklabs

Pour se relever plus fort face à la COVID-19, le rôle de la jeunesse s’annonce déterminant au Sahel. Si cette génération s’engage activement à relever le défi, des contraintes structurelles persistent et l’écosystème entrepreneurial est d’autant fragilisé par la crise. Le spécialiste en communication du PNUD au Tchad, Etienne Darveau, s’est entretenu avec des membres de Chad Innovation Hub, Wenaklabs et du Réseau des Jeunes pour le Développement du Leadership au Tchad (RJDLT).


Surmonter les obstacles, saisir les opportunités

Le Tchad post COVID-19 est une terre d’opportunités. Près de la moitié de sa population a moins de 15 ans (48,12%) et elle doublera d’ici 20 ans pour atteindre 30 millions d’habitants. Le potentiel est colossal dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de l’énergie et des technologies numériques. L’inclusion socio-économique de cette force juvénile représente de ce fait un défi intergénérationnel sans précédent.

Car il faut que les jeunes accèdent au marché de l’emploi. Si la pauvreté est principalement concentrée dans les zones rurales, elle affecte particulièrement les jeunes. Le taux de chômage chez les moins de 25 ans est estimé à 22% et le taux de sous-emploi à 35% (PND, Tchad). Au cycle moyen, le taux de scolarisation des filles avoisine 18,3% alors que celui des garçons est de 39,9% (HDR, 2019).

Outil didactique et de travail désormais incontournable, l’accès limité à Internet est un double-frein à l’essor de la jeunesse. Le coût élevé et la faible connectivité en zones rurales entravent l’innovation et entrepreneuriat des jeunes. Il y a toutefois de nombreuses raisons d’être optimiste.

En janvier 2020, le taux de pénétration d’Internet se chiffrait à 14%, en hausse de 9% par rapport à 2019 (Digital Report 2020). C’est donc dire que plus de 2.23 millions de Tchadiens y ont maintenant accès, majoritairement par leurs téléphones intelligents. Comme l’indique Jean Vincent de Dieu, membre de RJDLT :

« L’accès à Internet est salvateur : il permet de s’informer, d’apprendre, de se former et de tisser un réseau de partenariat ».

La fracture numérique est perceptible au sein de la jeunesse tchadienne. Sur la photo, un jeune N’Djaménois consulte un téléphone intelligent tandis que son compatriote utilise un téléphone simple. ©PNUD Tchad

La fracture numérique pose néanmoins le risque d’accroître les inégalités sociales au sein de cette frange de la population, particulièrement entre les citadins et les habitants ruraux. Les contrecoups de la COVID-19 exacerbent ces disparités dans l’accès inégal aux formations en ligne. Il faut envisager des initiatives inclusives comme « la mise en place de cybercafés dans les provinces et une offre de cours à travers des canaux non numériques comme la télévision et la radio », affirme Salim Azim Hassani, cofondateur de Wenaklabs.


Dynamiques de l’entrepreneuriat au Tchad

Le mouvement est embryonnaire et concentré à N’Djamena, mais tous s’entendent pour dire qu’il y a une émergence des associations de jeunes investies dans les domaines d’avenir. Un consensus émane parmi eux : Ne pas attendre éternellement l’aide extérieure et se responsabiliser. Cette prise de conscience individuelle et collective ressort ouvertement des échanges, tout comme la reconnaissance du rôle de motivateur et d’accompagnateur de ces organisations auprès de la jeunesse.

L’initiative Novembre Numérique, un concept 100% « made in Tchad », a été lancée par Wenaklabs en 2015 et est maintenant repris dans plus de 50 pays. Durant l’édition 2019, un blogue camp a été organisé. ©Wenaklabs

Ces jeunes d’ici et de la diaspora rentrant au pays impulsent un vent de fraîcheur sur le climat sahélien, créant une véritable chaîne de l’entrepreunariat. C’est ce que Salma Adoum Togoi, membre de Chad Innovation Hub, surnomme l’effet boule de neige, alors que des entrepreneurs entraînent dans leur sillage une nouvelle vague d’innovateurs. Salim Azim Hassani rappelle que leurs organisations offrent une première expérience à de nombreux jeunes qui détiennent maintenant des postes au sein d’entreprises établies.

Pour beaucoup de jeunes, la marge de manœuvre est mince. L’accompagnement offert par Chad Innovation Hub, Wenaklabs et RJDLT en matière de formation, d’expérimentation et de mentorat, fait la différence dans les parcours de vie de milliers de Tchadiens et Tchadiennes. Ce partage de connaissances et d’expériences catalyse une nouvelle génération d’entrepreneurs de l’innovation, contribuant à rehausser l’image du pays et promouvant le savoir-faire tchadien au-delà de ses frontières.

En 2018, Le Chad Innovation Summit a permis de sensibiliser plus de 2000 jeunes sur les notions d’innovation et d’entrepreneuriat. ©Chad Innovation Hub.

Démocratiser l’entrepreneuriat

Trop de folklore, de théorie et de beaux discours. Salma Adoum Togoi est d’avis qu’il faut passer de la parole aux actes, rejoindre véritablement les jeunes et stimuler les possibilités d’entreprendre par l’expression de leur créativité. Le manque de formation technique, les difficultés d’accès au financement et au crédit ressortent à plusieurs reprises au fil des échanges. Car le fossé générationnel est profond. Les jeunes entrepreneurs doivent constamment démontrer leur sérieux, leurs compétences et leur motivation sans faille aux investisseurs potentiels… Ce doute systématique pèse lourd chez les jeunes, des projets plein la tête, mais avec peu de moyens pour les concrétiser.

©Salma Adoum Togoi

À son retour au Tchad il y a quelques années, la Franco-Tchadienne Salma Adoum Togoi a ouvert une crêperie. Dès le départ, la recherche de main-d’œuvre qualifiée dans les métiers manuels freine ses ambitions. Il est ardu de trouver du personnel compétent pour la décoration intérieure, l’électricité et la plomberie, sans oublier le haut taux de roulement élevé des employés et leur dévouement inconstant à la tâche.

Le faible pouvoir d’achat local l’obligea ultimement à mettre la clé sous la porte. Jean Vincent de Dieu abonde dans le même sens. La professionnalisation des métiers techniques, de l’agriculture en passant par la construction, contribuera à démocratiser l’entrepreneuriat, au-delà de la classe intellectuelle, urbanisée.

La volonté du gouvernement du Tchad à soutenir l’entrepreneuriat s’est matérialisée par l’adoption de la Loi des Finances 2020, octroyant une réduction des taxes dans les secteurs majoritairement tenus par les jeunes, en l’occurrence les technologies d’information et de communication (TIC). En août 2019, un appel à proposition aux jeunes entrepreneurs a été lancé à travers un Fonds de 500 millions géré par l’Office Nationale d’Appui à la Jeunesse et aux Sports (ONAJES). En réponse à la COVID-19, le Chef de l’État a annoncé la mise en place du Fonds pour l’Entrepreneuriat des Jeunes estimé 30 milliards FCFA. Selon Salim Azim Hassani, c’est un signe que les actions de plaidoyer des organisations sont entendues et contribuent à l’élaboration des politiques publiques.

Des avancées considérables au pays de Toumaï, qui doivent s’accompagner d’un effort de vulgarisation.

« Les textes régissant l’entrepreneuriat ne sont pas « lisibles », ils comprennent trop de termes techniques pour les jeunes entrepreneurs. Il n’existe pas un guide de l‘entrepreneuriat au Tchad qui définit clairement les différentes formes d’entreprise possible. Il faut noter que cette Loi présente beaucoup d’avantages pour les jeunes entrepreneurs, mais le vrai souci reste son applicabilité », affirme Hamid Khayar Oumar Defallah.

Conférence débat organisée par Wenaklabs sur le rôle central des femmes dans le numérique. ©Wenaklabs

Vers une ère numérique, post COVID-19 au Tchad ?

La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) indique que la pandémie de COVID-19 pourrait pousser 29 millions de personnes dans la pauvreté extrême en Afrique, prévoyant un ralentissement de la croissance de 1.8% à 2.6%. La crise porte un coup dur aux jeunes entrepreneurs tchadiens et les répercussions sont déjà perceptibles. Hyacinthe Yonoudjim est membre de RJDLT et travaille pour une agence de communication.

« L’impact se ressent sur tous les domaines d’activités. Certains projets sont à l’arrêt, d’autres ont ralenti. C’est compliqué pour les associations de jeunes de se réunir et de maintenir le même niveau d’accompagnement ».

Le sentiment que l’Afrique vit un moment charnière dans son développement est palpable. La conjoncture pourrait être providentielle pour le secteur numérique. Nous assistons à un boum des formations organisées en ligne, des technologies de vidéoconférence, des applications mobiles et du e-commerce. Les associations soutiennent concrètement la réponse immédiate à la crise par la sensibilisation des communautés et la recherche de solutions innovantes.

En partenariat avec le PNUD Tchad, Chad Innovation Hub développe actuellement une application mobile de sensibilisation et d’information en temps réel sur la COVID-19.

La crise met en évidence les fragilités des structures d’éducation et de santé. Selon les jeunes rencontrés, la phase de relèvement post COVD-19 doit prioriser ces secteurs et investir massivement dans l’employabilité des jeunes. Les technologies numériques offrent des outils pour y parvenir rapidement. « Je crois au TGV Internet pour atteindre très vite le développement », Hamid Khayar Oumar Defallah.

Signe de la reconnaissance de leur expertise, Wenaklabs assure la gestion du centre d’appel 1313 d’information sur la COVID-19 en coordination avec le Comité de gestion sanitaire. ©Wenaklabs

Les pesanteurs socioculturelles limitent l’intégration des jeunes femmes sur le marché du travail, et entravent simultanément leur accès à Internet. En Afrique, 18,6% de femmes utilisent l’Internet contre 24,9% des hommes, une fracture sans doute plus marquée au Tchad au vu de son 4e rang global selon l’indice d’inégalité de genre (PNUD, 2019). Les Tchadiennes ont pourtant un grand rôle à jouer. Salma Adoum Togoi remarque que les femmes se lancent de plus en plus dans l’entrepreneuriat, un phénomène à la mode.

« C’est notre responsabilité collective que les filles aient les mêmes opportunités que nous donnons aux hommes ».

L’entrepreneuriat au féminin est en vogue au Tchad. Sur la photo, une entrepreneure consulte son téléphone intelligent à l’occasion d’une exposition à l’IFT, Senafet en art, organisée par Netoua Ernestine. ©Salma Khalil

« Nous allons encourager les initiatives de femmes, le travail autonomisant et mettre en œuvre des projets de formation pour les femmes entrepreneuses, y compris pour les réfugiés et les personnes déplacées. Nous allons continuer d’appuyer le gouvernement dans l’élaboration d’une stratégie nationale de l’entrepreneuriat au Tchad sensible au genre », conclut le fondateur de Chad Innovation Hub.

En dépit de la crise, l’optimisme règne. La jeunesse tchadienne est résiliente et a connu l’adversité par le passé. L’Accelerator Lab du PNUD Tchad explore des pistes de collaboration avec ces organisations pour identifier, expérimenter et mettre à échelle des innovations locales. Dans ce cadre, le PNUD Tchad organise un Hackathon du 1er au 3 juillet 2020 sous le thème COVID-19 : Mieux se préparer, répondre et se relever !

Préparé par Etienne Darveau / PNUD Tchad

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