L’expérience Coachella

De la magie mais pas que

Le Festival de musique et d’arts de Coachella, c’est à la fois beaucoup mieux et bien pire que ce que vous croyez. Parce que comme moi, vous avez peut-être rêvé du line-up rock alternatif, hip-hop et musique électronique de première classe dans un endroit de rêve tout en vous agaçant de l’imagerie hipster colliers à fleur qui envahit votre instagram pendant 2 week-end. C’est donc avec la crainte d’un rendez-vous devenu en 18 ans tristement mondain que je suis allé vivre l’expérience de l’édition 2017, avec comme agenda secret de pouvoir tranquillement en dire du mal après avoir jugé sur pièce.

La réalité est comme toujours un peu plus compliquée que ça.

L’expérience qui commence avant

Je n’avais pas vraiment décidé d’aller à Coachella. Il aura fallu une soirée entre amis le soir de la mise en place des ventes pour que la décision collective se prenne spontanément en une fraction de secondes. J’allais ENFIN savoir. J’allais aussi un peu y mettre le prix donc ça deviendrait mes vacances d’été agrémentée de LA, du coup.

La première surprise arrive dans la boite aux lettres quelques semaines plus tard : un participant à Coachella ne reçoit pas une pauvre invitation mais une boite haut de gamme contenant le bracelet sésame à puce RFID à activer via une app mais aussi une véritable bible et tout un ensemble de tatoos et autres pièces à découper. Je ne découvrirai que plus tard que la bible faite des points de repères, conseils et recommandations a une autre utilité que de faire joli dans son salon.

Les erreurs de débutant

On a beau le savoir, on ne se rend compte vraiment sur place que la vallée de Coachella et plus précisémment la micro ville Indio où s’implantent les 32 hectares du Festival est une région désertique en Californie. Pour le parisien qui rejoint donc Los Angelès en avion puis Palm Spring en voiture puis Coachella en voiture ou en bus affrété spécialement, la route est longue. Mais surtout, on ne réalise qu’on est plantés au milieu du désert que lorsque la température de 48° à midi s’accompagne de tempêtes de sable étouffantes avec une large file d’attente pour acheter une bouteille d’eau, confisquée à l’entrée par des mesures de sécurité dignes d’un aéroport.

On pourrait avoir une pensée pour ces campeurs aperçus en arrivant, courant après leur tente emportée par les bourrasques, promettant une nuit dans un bac à sable gorgé de chaleur. Mais on est encore tout à l’excitation d’avoir pénétré l’antre d’un festival de musique électronique reconnu parmi les meilleurs dans le monde. On s’est déjà remis de l’absence de maman Beyoncé, on sait qu’on va devoir gérer l’annulation dernière minute de PNL, on se contentera avec plaisir de Lady Gaga, Justice, Kungs, Radiohead, DJ Snake, Future ou encore Kendrick Lamar.

Le premier concert donne assez vite le ton : même sous une structure qui protège du soleil de plomb, il fait chaud, on est nombreux, et n’avoir osé que le short en jean tshirt blanc ne va pas suffire pour se sentir complètement membre de la famille.

Quelques heures au soleil et tempêtes de sable plus tard, j’ai donc acheté une casquette Coachella et un bandana dont je mesure que la dimension fashion (discutable) n’est rien comparée à leur nécessité absolue dans un exercice de survie qui s’apparente de plus en plus à un petit exploit physique.

Koh Lanta pour hipsters Californiens

Il faut que je me reprenne, entouré de demoiselles qui ne font rien paraître sur leurs talons de 18, même pas l’envie de demander de l’aide à leur petit copain tout aussi jeune et californien, tout droit sortis d’un calendrier de jeunes étudiants de l’UCLA, beaux, intelligents et sportifs. L’ambiance et la qualité des concerts permet d’oublier la dureté de l’environnement, jusqu’au coucher du soleil qui offre un des plus beaux moments visuels et sensoriels qu’il m’ait été donné de vivre.

N’oublions pas au passage que le Festival est également consacré à l’art, même si il faut avouer que les œuvres exposées ont pour principal bénéfice de fournir les rares points d’ombres pour les quelques 150.000 festivaliers.

A l’ombre !

Je suis au final presque rassuré de comprendre que seuls les nouveaux venus et les fans de sensations extrêmes débutent la journée aussi tôt et de constater en partant à 20h sans avoir le courage d’attendre Radiohead que je suis loin d’être le seul. Une foule compacte se dirige déjà vers les parkings où retrouver la voiture plantée quelque part au milieu du désert avec un marquage très limité constituera le dernier exploit notable de la journée.

Ce qu’on ne voit pas sur Instagram

Avant tout, de la magie

Des ballons qui tiennent par miracle dans le ciel, une grande roue entourée de palmiers et surplombée par des montagnes aux sommets enneigés, des tenues qui sont plus pensées pour s’amuser que parader vraiment… Tout ça participe à une magie qui vous appartient désormais puisque vous avez changé de préparation, de tenue et d’état d’esprit. Vous sentez bien qui si l’envie vous prenait, il suffirait d’un sourire pour démarrer une conversation, partager un high five ou tout simplement un hochement de tête complice. Le monde (de Coachella) vous appartient tout entier.

Vous avez bien repéré la voiture qui ne vous échappera plus même la nuit tombée. Et les sourires continueront avec tous les porteurs de bracelets croisés tout au long du séjour, du petit-déjeuner au restaurant du soir.

Côté marques, on remercie Heineken de nous donner des bracelets prouvant qu’on peut boire à tout moment, étant âgé de plus de 21 ans, Netflix de nous offrir quelques spots Wifi suffisamment rares pour se sentir déconnectés, H&M de sa discrétion…

Revenu à la vie réelle, on reste surpris de l’aridité de l’expérience mais on ne garde en tête que le meilleur. En se disant que, non, vraiment, ce ne serait pas raisonnable d’y retourner l’année prochaine.

Quoique.