Ecoanthropisme, l’homme comme un élément de son environnement

Qui suis-je? ou que suis-je? Question difficile que l’on se pose lorsqu’apparaît la conscience de soi. Intuitivement, à partir de mon expérience et de mon ressenti actuel, je pourrais répondre ainsi: je suis un élément constitutif de la nature, une brique de cette nature universellement présente.

Mais alors, qu’est ce que cette nature universelle? Elle peut se définir à partir de ce qui la compose: c’est l’ensemble des êtres animés bien sûr, mais on pourrait y inclure aussi tous les matériaux susceptibles de créer l’animation. C’est aussi l’énergie, celle qui met en mouvement tous ces éléments. Les êtres animés sont parfois visibles ou parfois invisibles: un mouton est visiblement animé, nos sens l’identifient comme tel. Une bactérie, non détectable aisément par nos sens, est tout aussi animée que le mouton. Les matériaux susceptibles de créer l’animation sont potentiellment partout, bien sûr il foisonnent dans la nature terrestre, et l’homme en connaît énormément (graines, hydrates de carbone, acides aminés…), mais ils sont peut-être tout aussi nombreux autour d’une météorite. La naissance de la vie sur terre prouve à mon sens que ces matériaux existent aussi là où on ne les soupçonne pas.

Nous nous considérons individus (indépendants?), mais nos gestes, nos intentions, la majorité de nos actes sont déterminés par nos pulsions, notre instinct primaire ou primitif. On peut considérer que ces orientations de nos actes proviennent de l’intérieur de notre enveloppe charnelle, mais il faut admettre que nous les partageons avec de nombreux êtres vivants. Prenons un exemple (parmi des centaines…), la curiosité, caractéristique essentielle de l’homme et base de son intelligence, est dirigée par des molécules certes interne à notre corps, mais que nous partageons avec les abeilles éclaireuses, celles qui explorent la zone autour de la colonie à la recherche de belles fleurs ou d’un nouveau logis. Ainsi ce qui dirige nos actes ne vient pas que de l’intérieur de nous-mêmes, ce sont des choses plus globales que l’individu, conscientes, inconscientes, collectives au delà de l’espèce, peut-être même au delà de notre monde (dont nous ne connaissons pas réellement les limites).

La nature semble avoir un objectif universel, faire de l’univers un jardin, répandre la vie sans limite, coloniser tous les espaces, animer l’inanimé. Pour servir ce but, elle tend à organiser et complexifier la matière. Elle pourrait être nommée finalement “l’énergie organisatrice”.

La complexification de la vie est un aboutissement manifeste du temps passé sur la terre. Cette tendance conduit inéluctablement à la création d’êtres de plus en plus intelligents, et cette intelligence permet a priori de coloniser l’espace encore plus loin.

Si je réfléchis, si j’agis chaque jour de façon a priori rationnelle, ou bien lorsque je réponds à une pulsion primaire, une excitation non maîtrisée, je dois certainement servir les buts globaux de la nature universelle à laquelle j’appartiens: répandre la vie en est probablement le but principal. La capacité de réflexion qui m’habite me permet ainsi de continuer vers cet objectif. Autrement exprimé, on pourrait considérer que si un rôle nous a été donné à notre naissance (on revient ici à notre grande question existentielle), c’est potentiellement de continuer à répandre la vie avec pertinence et patience, avec toute la force de notre intelligence (relative). Cela consiste peut-être simplement à suivre la maxime de Candide: “il faut cultiver notre jardin”. Et notre jardin est immense...

Si l’Homme agit intelligemment, il arrivera peut-être à étendre la nature universelle au delà de ses limites actuelles. Seulement les errements, les guerres, les pollutions, le changement climatique nous amènent à nous demander si nous en sommes capables. Si notre espèce titube dans son parcours de jardinier, d’autres intelligences lui succéderont, la nature a l’éternité pour elle et apprend par l’erreur.

La patience est l’élément essentiel de la progression de l’Homme dans la nature, si nous pouvons désirer la propager à d’autres terres, nous devrions d’abord apprendre à vivre intelligemment dans nos finitudes actuelles. Cela signifie que nous devons arriver à ne plus guerroyer, à éviter les surpopulations, à conserver la biodiversité (toute forme de vie est utile à sa propagation), à économiser l’énergie afin de la garder pour des actions utiles à la propagation de la nature.

L’Homme n’est pas inféodé à la nature, il n’est pas inférieur aux éléments, il est une partie d’un tout, que l’on peut nommer “biosphère”, “nature” ou “vie”.

De même, l’homme n’est pas au centre du monde, son enveloppe charnelle ne le rend pas indépendant du monde extérieur. Les religions monothéistes ont colporté une idée bien peu vraisemblable en nous plaçant au dessus de tout (“dieu à créé l’homme à son image”).

En tant qu’être humain, je ne suis donc ni inférieur ni supérieur aux éléments qui m’entourent et à la nature, j’en fait partie au même niveau que tous les autres élements. Notre intelligence (de calcul, de stratégie, scientifique) ne nous donne pas de pré-éminence réelle et ne présage rien quant à notre capacité de propager la vie et de la conserver à long terme; une bactérie peut réussir cette tâche aussi bien que nous et nous ne savons pas encore si notre espèce survivra à long terme ou non. Notre bêtise (guerres, pollutions etc) ne nous place pas non plus en dessous des autres formes de vie car elles ne sont peut-être que les errements d’une intelligence trop jeune, ou bien la difficulté pour cette intelligence d’accepter ses finitudes.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Benoît BRIDE’s story.