Le déchet de civilisation

Vous avez peut-être déjà lu des articles sur Béa Johnson, cette infatigable prètresse du zéro déchet.

Le déchet c’est en effet un grand problème de civilisation car on en génère des milliards de tonnes, et la majeure partie n’est ni recyclée ni valorisée...

Cette problématique renvoie à nos méthodes (humaines) de concevoir des systèmes: on se focalise sur des éléments, avec des intrants et des sortants, et donc on veut maximiser l’efficacité de cet élément isolé du tout.

Par exemple, on installe une grosse centrale électrique plutôt que plusieurs petites. Ou on construit une énorme ville à la place d’un habitat dispersé. On imagine que le système est optimal parce qu’on favorise les gros flux convergeant plutôt que des réseaux ramifiés. Un approvisionnement avec de gros camions et une unique destination consomment en effet moins de carburant qu’un ensemble de petits véhicules sur une myriade de route. Il est aussi vrai qu’une grosse installation a souvent un rendement meilleur qu’une petite, car les systèmes performants y sont plus rentables.

Cependant, le souci est qu’un matériaux devient un déchet surtout à cause de sa quantité (ou de sa concentration, ce qui peut être lié): par exemple, la cendre d’un poêle à bois peut être utilisée dans le jardin qui entoure la maison, et si on en a trop à un moment donné on peut la stocker temporairement en attendant de savoir quoi en faire. Par contre les cendres d’une grosse centrale à biomasse, c’est un déchet, car répandre une telle quantité sur un champ conduit à le stériliser.

Dans les écosystèmes naturels, les éléments ne sont pas optimisés individuellement (le rendement mécanique d’un être humain est certainement très mauvais…), mais la notion de déchet n’existe pas: la feuille morte devient nourriture pour le lombric, dont les excréments sont compostés par d’autres petites bêtes, dont les sous-produits nourrissent les plantes etc.

Ces cycles là, on ne les a pas imaginés lors de la conception des systèmes industriels. Ils existaient un peu dans les campagnes d’avant guerre: on faisait du savon avec la cendre du poêle, le papier journal servait de papier toilette…

En étudiant une usine ou un système de production d’énergie, on a l’illusion d’avoir des systèmes très efficaces car on se focalise sur un unique flux sortant de l’élément (le nombre de voitures produites par l’usine, la puissance électrique d’une centrale…). En réalité, si l’on regarde la chaîne complète, on a un rendement global déplorable car on perd les trois quarts de ce qu’on produit en le jetant à peine a t’il été utilisé… et même parfois en le jetant sans l’utiliser.

De nos jours, on essaye de recréer des cycles dans le tissu industriel, mais la concentration des systèmes rend la tâche difficile. Que faire de milliers de tonnes de cendres qui sortent d’une centrale? Comment collecter une part importante des métaux lourds présents dans nos joujoux high-tech et jetables?

Pour résoudre ce problème, il faut avant tout résoudre le problème de la consommation: en bref ne plus acheter ce dont on n’a pas vraiment besoin. Quand j’achète du riz, je ne veux pas manger du plastique ou du papier avec; si je veux un stylo aujourd’hui, autant en avoir un qui marche toute ma vie… C’est le début de la décroissance, qui pourrait aussi amener le début de la croissance du “bien vivre”.

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