L’inconscient, le conscient, l’être et l’autre

Kris
Kris
Feb 25, 2017 · 10 min read

Hier soir, j’étais au théâtre, cela faisait longtemps que je souhaitais écrire, partager, mais hier soir, il s’est passé « un truc ». Ce truc ne vient pas souvent mais là, quelque chose a opéré. C’est un soir comme un autre, j’étais simplement au travail, sans me poser de question, et ce soir-là, j’ai la chance de voir le spectacle. Il est un mélange de théâtre, de danse et de musique. Je n’avais pas pris le temps de lire quoique ce soit à son sujet et la magie a opéré.

Transportée dès de début dans les émotions… Face à des carcasses de chevaux, mon sang se glace, la gorge nouée, une bataille, une dispute, une haine, une colère sort de ces danseurs incroyables, danse des corps et haine dans les regards, violence dans les gestes et pourtant rempli de douceur… Un mélange d’émotions, quelque chose me transporte à l’intérieur de ces corps endiablés qui se cognent et ma gorge se noue de plus en plus.

Le titre de cet écrit est enfui dans un coin de ma tête depuis quelques jours, une poignée d’heures plus tard, un spectacle qui me laisse sans voix, perdue dans mes pensées, mes écrits, mon écrit celui qui se dévoile tout au long de ce spectacle. Il est quelque chose d’étrange dans cette soirée, tout d’abord je n’avais pas choisi de voir ce spectacle étant donné que je n’y suis pas allé en tant que spectatrice (même si en fin de compte j’en étais une!) et j’ai la chance de découvrir. Il y a quelque chose de fort, je l’ai peut-être vécu de manière totalement différente de mon voisin de gauche ou mon voisin de droite. Il s’est en tout cas passé quelque chose, je ne savais pas si j’avais envie de le partager avec d’autres personnes.

De manière générale, je ne pensais pas ou ne voulais pas partager mes écrits et un jour, je l’ai fait, peut-être que ce jour-là, cela m’a libérée, cela m’a fait énormément de bien. Lorsque j’ai partagé pour la première fois un de mes écrits, sans la prétention de me dire qu’ils aident le monde, je l’ai partagé avant tout parce que ça me faisait plaisir de me dire que quelque part quelqu’un lit peut-être tout cela ou peut-être pas… Les jours passent, je partage une, deux, plusieurs petites pensées, et c’est aussi grâce aux échos positifs qui en ressortent que de temps en temps je montre au grand jour ce qui se cache dans un coin de ma tête.

Au théâtre, ce soir-là, les danseurs explorent l’espace, des émotions sortent, elles sont tantôt positives, tantôt négatives mais elle plongent le spectateur dans un questionnement. Ces huit hommes et cette dame sont en train de s’arracher leur vêtements pour finir en sous-vêtements, il y a de l’étonnement de notre part, les fibres des textiles déchirés donnent des sons tels des cris aigus, les tissus crient presque aussi fort qu’une femme se faisant agresser. Des corps s’entrechoquent, il y a là la présence de colère, de rage et de révolte. C’est en tout cas ce que je perçois et vis dans le fond de mon siège. Le malaise envahit mon ventre, un rire maladroit sort du plus profond de mon coeur, j’entends d’autres rires spontanés, peut-être tout aussi maladroits venant des autres spectateurs, sans doute à cause de l’ambiance qui s’en dégage… Des personnes se donnent des coups sur scène et l’on devient spectateurs de cela… Ce que je ressens d’étrange dans tout cela c’est que ce n’est pas une bataille, ce n’est pas un ring de boxe, c’est une violence mélodieuse, comme si l’on pouvait accepter que quelqu’un soit violent avec nous et que l’on ne s’en rend pas compte tout de suite, c’est un brin sournois.

Cette pièce qui n’a peut-être rien réveillé chez d’autres, a pour moi une force, un caractère et une présence sur l’année qui vient de s’écouler dans ma vie personnelle. C’est incroyable, je ne pensais pas qu’un jour je pourrais à ce point voir des choses personnelles dans une pièce, dans des danses, dans des musiques, dans des chants, dans des cris et non dans des paroles. Alors, oui, c’est une interprétation, ce n’est que la mienne, mais le théâtre a ce pouvoir, celui de réveiller des choses qui sont en toi. Je suis souriante, mais durant cette heure quarante, à plusieurs reprises une larme s’est logée au coin de mon œil. Je pense que c’est aussi cela la magie du théâtre, pouvoir te faire vivre des choses auxquelles tu ne t’attends pas. Peut-être ai-je vécu tout cela grâce à l’interprétation personnelle que j’ai fait de ce spectacle.

Dans la vie, des choses ont commencé, d’autres se poursuivent et d’autres encore s’éteignent. Cela fait bientôt un an que le temps passe, file et défile…sans moi. Il commence désormais, à se poursuivre avec moi. Mille et une émotions submergent un être lorsqu’il est confronté à un choc, une perte, deux, et ce, même lorsque l’on est quelqu’un d’indépendant. Mille et une… une émotion à la fois et mille en même temps… l’on parvient à profiter, à vivre, à continuer, mais l’on parvient à baisser les bras… Sans vivre les chocs, on ne peut connaître ce dont un corps, un cœur et un esprit sont capable de faire dans la brutalité des événements. Ce n’est que lorsqu’il arrive que l’on est capable de composer, faire, ce qu’il y a à faire, ce qu’il faut faire. C’est comme avoir pratiqué du self-défense, de la boxe et se faire un jour se faire agresser… On peut avoir un sursaut de rage qui dit « sauve ta peau et vite! » comme une angoisse paralysante qui te fait tout d’un coup tout oublier. Il est donc, encore une fois, selon moi, impossible de juger, jauger une situation au préalable ou en tout cas quelque chose de fort tel que l’exemple cité. Il est donc, très facile et tout naturel de dire « j’aurais fait si… », « j’aurais fait ça… »… mais non, il est impossible de prédire ce genre de posture ou d’attitude parce que c’est tellement fort que l’on est inconscient.

On prend conscience ou simplement connaissance des choses par un électrochoc qui te fait comprendre que, oui, les choses se sont passées, qu’en fait c’est pas un cauchemar, c’est bien ce que tu vis. Dans ce cas, ma pensée a été de vouloir faire les choses « correctement », c’est difficile, certes et c’est sans doute une chose des plus difficiles dans une vie. Il y a énormément de tabous, surtout autour de la mort (si l’on peut parler avec de vrais mots). De près, de loin, l’on en vient à tous y être confrontés, lorsque cela devient si près, on a alors peut-être ce sentiment d’injustice, mais c’est ainsi et à ne souhaiter à personne…

Des mois plus tard, un temps nécessaire, un travail qui porte ses fruits, pouvoir être une personne avant, pouvoir être une autre personne pendant et devenir quelqu’un d’autre. Prendre conscience que les choses changent mais qu’en fin de compte la colère qui a tant besoin de s’exprimer s’estompe. La tristesse, sans doute toujours là, mais d’une manière différente, de moins en moins importante, de plus en plus facile à gérer aussi sans doute.

Si la vie d’avant était peut-être basée sur l’insouciance, ou peut-être pas, ici, c’est la conscience qui a pris place, elle ne laisse pas tomber l’insouciance, mais elle doit peut-être tout simplement apprendre à la connaître car avait-elle réellement été là?! Après des épreuves, ce n’est peut-être pas l’insouciance qui vient directement à l’esprit, même si l’on aurait envie de légèreté ou que cela ne nous concerne pas. On devient ensuite, prêt à vivre pour chaque journée. On ne s’attache plus à ce qui nous entoure de la même manière, on ne vit peut-être plus comme nos grand-parents ou nos parents, car on prend conscience que tout peut s’envoler. On prend conscience qu’un envol est possible en un souffle en une fraction de seconde, la vie a alors une autre portée. Il y a bientôt un an, j’utilisais une métaphore entre la vie et un château de cartes, c’est comprendre à quel point tout est susceptible de s’envoler, tout est volatile… Bâtir son environnement est propre à chacun, à son vécu, à son rythme, à ses batteries, à soi. Quand jadis, on disait vouloir à tout prix s’attacher à une terre pour qu’elle soit la nôtre en pensant à nos enfants, certes, c’est important, mais n’y voient-ils pas un moule qui est peut-être différent pour chacun?!

Personnellement, j’ai vingt-six ans, « que vingt-six ans ! » me direz-vous, mais un bagage important, la vie m’a offert des expériences, tantôt dures, tantôt simples, mais dans chacune je parviens à puiser ce que je souhaite garder de bon comme de moins bon… Face aux questionnements que l’on m’impose je sais que je n’ai actuellement pas d’enfants, je n’en ai pas encore et je n’en aurai sûrement pas tout de suite, donc je ne pense actuellement pas aux enfants que je n’aurai que plus tard, à l’endroit où je vivrai dans dix, vingt, trente ans, à une pension qui ne pointera peut-être jamais le bout de son nez, ou même encore simplement à l’année prochaine.

Je souris, prends goût à vivre les choses qui arrivent au jour le jour, je disais qu’un temps dans lequel je n’ai pas réellement « été présente » s’est actuellement écoulé, mais un autre temps duquel je profite prend vie. Alors, plutôt que de me réjouir de ce qu’il se passera dans cinq, dix, vingt, quarante ou soixante ans, j’ai choisi de vivre au jour le jour, car malgré qu’on ne veuille pas l’admettre, la vie est à la fois quelque chose de fort, important et tellement précieux, précieux au point de disparaître d’une seconde à l’autre. En connaissance de cause, j’ai choisi de vivre actuellement, qui dit actuellement, dit actuel dit présent, donc bien dans ce que je suis en train de vivre, maintenant et pas à me projeter dans des rêves impossibles ou dans ceux des autres. Il est évident que le rêve est quelque chose d’important, nécessaire ou vital. Mais, selon moi il est nécessaire de ne pas toujours attendre demain, non pas dans le sens de reporter des choses à demain mais dans le sens de ne pas attendre de profiter de ce qui arrivera demain. Demain c’est loin, demain on ne sera peut-être plus là, alors vivons pour nous et pour aujourd’hui surtout. Vivre aujourd’hui, c’est vivre avec plus de légèreté, éviter de perdre son temps dans des discussions interminables, des conflits impossibles… Accepter les similitudes et différences des autres et pouvoir en (re)venir à l’authenticité des relations, des moments, des plaisirs partagés, profiter des instants avec les autres, profiter des moments seul. Apprécier de voir les autres au moment où l’on a choisi de les voir plutôt que de se questionner à propos de « comment cela se fait-il que l’on n’ait pas ou plus vu quelqu’un », simplement profiter de pouvoir le voir. Mettre de l’eau dans son vin, accepter que l’on a pas pu voir quelqu’un, une fois… Vivre actuellement au présent, au jour, le jour ce n’est pas de l’égoïsme ou de la bêtise selon moi c’est prendre conscience que chaque instant est nécessaire à commencer à prendre du temps pour soi.

Les événements n’arrivent sans doute pas par hasard, cela donne des leçons, des pouvoirs grandissants, des forces, des pouvoirs que l’on ne se connaissait pas. Ce sont des conclusions que j’ai tirées à titre personnel, chacun y va de sa manière de composer. En traversant les années, c’est ce qui me semble être le plus essentiel dans la vie.

Apprivoiser l’être et l’autre. L’être, savoir, pouvoir comprendre que l’on est quelqu’un. Cette phrase qui peut paraître bêta comme ça, mais, en y réfléchissant, en étant blessé, déçu, triste, en se mettant de côté, on met du temps à prendre conscience de qui l’on est et que l’on a une place en tant que personne et non par et pour les autres. Toute cette réflexion qui au départ est personnelle s’est ressentie au travers d’un spectacle au théâtre qui a éveillé en moi quelque chose que je souhaitais partager, cela n’évoquera peut-être rien chez d’autres, mais il était important pour moi de poser des mots sur des événements, simplement.

Après cela, je ne pense pas changer le monde ou la conscience des autres, je pense peut-être toucher deux trois personnes qui liront mes écrits, qui ne seront sans doute pas d’accord avec l’entièreté de celui-ci ou des autres, mais une chose est sûre c’est qu’en vivant des choses importantes et fortes émotionnellement cela te renvoie une telle claque dans la tronche que tu prends conscience que ta vie ne sera plus jamais la même. Il y a une relation extrêmement forte entre la vie et la mort finalement… Chez moi, il a été primordiale d’en revenir à l’essence, à l’authenticité, à la base, à la simplicité des choses. Il est possible que mes proches n’aient pas tous ressentis cela comme ça par rapport à moi… il est aussi possible que sans le vouloir j’ai mis des personnes de côté, mais je suis infiniment reconnaissante envers tous les types de soutiens que j’ai pu recevoir.

Pour continuer et clôturer les parallélismes entre cette pièce qui représente en fait très bien ce que j’ai pu vivre, c’est qu’il existe avant tout un mélange d’émotions que j’ai interprété ou que je me suis approprié… mais une importance et une attention accordée à l’autre. Chacun a une place dans cette danse et chacun doit composer comme il l’entend. Si vous n’avez pas vécu cette pièce comme moi, je le respecte, comme je respecte le fait que l’on soit tous différents que l’on ait des choix différents d’une personne à l’autre. Mais ce qu’il y a avant tout dans ma réflexion, cette réflexion et celle que j’ai tous les jours, c’est que chacun fait part de ses propres choix ou non, mais il a le droit d’en avoir… Il appartient à chacun d’accepter d’être en accord avec l’un ou l’autre choix. Je prends énormément de décisions qui changent actuellement ma vie, mon mode de vie, mais je ne l’impose à personne d’autre et si certains y portent de l’attention, que cela soit envers des passions, des exigences, des envies etc. c’est toujours un plaisir de pouvoir partager mais sans juger ce que fait l’autre, du moins en essayant et en arrivant à avoir plus de nuances qu’avant et surtout pas en imposant ma manière de faire. Pour ceux qui m’ont lue jusqu’au bout, si mes écrits, mon écrit, cet écrit a pu vous apporter une émotion, et bien j’en suis très heureuse.

Je prends la vie et son contraire, je prends ce que l’on me donne. Vivre c’est prendre le contre-pied des choses. La mort peut évoquer énormément de vie, une tristesse peut évoquer énormément de joie, une souffrance peut donner vie… Un conflit peut soit continuer à être nourri ou alors, on décide d’en prendre le contre-pied et accepter qu’on ne peut être d’accord avec tout le monde. Si une phrase pouvait résumer tout cela, ce serait d’apprendre à prenant le contre-pied de la vie.

Kris

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Kris

Christine Paquet, visual Designer but also smiling girl, free electron living up to 100Mph, capillary selfish but you may test.

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