La question scolaire

La rentrée scolaire est toujours un moment de grande émotion. Pour les plus petits c’est le début d’une nouvelle aventure, les autres retrouvent leurs copines et leurs copains, les profs et les cours de récré. Pour les parents, un combiné fragile d’enthousiasme, de stress, d’interrogations : est-ce que tout le matériel est acheté ? Comment se passera l’année ? Est-ce que la nouvelle classe favorisera l’apprentissage ? Pour les enseignants, débutants ou expérimentés, la joie de retrouver leurs collègues et la fierté d’avoir à former de nouveaux élèves se mêlent à la crainte de manquer des moyens pour le faire dans de bonnes conditions.



La rentrée 2018 à Paris a lieu demain et se place sous un signe mitigé, voire préoccupant. Paris compte, en cette rentrée scolaire, près de 3 000 écoliers de moins. Notre ville perd des élèves. D’aucuns voudraient s’en réjouir, considérant que les salles de classe seront moins chargées. Mais ce malthusianisme est une fausse joie qui procède à la fois d’un manque de discernement et d’une erreur d’appréciation.



Un manque de discernement : les classes ne seront pas moins chargées, elles seront tout simplement fermées. Une erreur d’appréciation : les classes restantes seront, elles, surchargées, voire des écoles fermées. Dans le 3e arrondissement, l’école Brantôme n’ouvrira pas, et la baisse du nombre d’élèves touche aussi les 1er et 4e arrondissements.



Si l’on voulait se rassurer en pensant que ce phénomène, qui concerne aujourd’hui en France plutôt les zones rurales (!), ne touche que les petits arrondissements du centre de la capitale, là encore on persisterait dans l’erreur. D’autres arrondissements sont ou seront concernés, des prévisions font même état de 19 000 écoliers en moins dans la capitale à horizon 2020. Les collèges parisiens connaîtront le même sort d’ici deux à trois ans.



Moins d’écoliers, moins de collégiens, des classes et des établissements qui ferment. C’est la chronique permanente de la mort annoncée de l’école. Les causes de ce phénomène sont multiples et connues : baisse de la natalité, inflation des prix de l’immobilier, départ des familles vers des communes plus accueillantes, etc. Ces causes s’entretiennent mutuellement et amplifient d’autant le phénomène.



Paris est devenu une ville dure pour les familles. L’arrivée d’un enfant peut parfois signifier le départ de la capitale. Paris voit naître des enfants sans les voir grandir. On peut se réjouir que le Grand Paris existe et se construise tous les jours avec des familles qui partent vivre en petite couronne pour trouver de meilleures conditions de vie ; mais on déplore que cela relève davantage d’une contrainte, et non d’un choix.



Les familles – toutes les familles – semblent avoir été négligées. Si on peut reconnaître que les places en crèche augmentent, on ne doit pas pour autant s’en contenter, car une réelle politique familiale ne peut se consacrer uniquement aux débuts de la vie de famille, pas plus qu’elle ne doit être fondée sur des déclarations d’intention hâtives qui voudraient rendre Paris plus family-friendly, comme s’il s’agissait de réparer maladroitement un oubli.



Nous ne voulons plus d’un Paris qui invite ses enfants à grandir ailleurs. Paris se défait de ses familles. Nous, nous pensons que les familles font Paris.



Une politique du logement adaptée doit aider les familles à rester à Paris. Nous l’avons dit il y a quelques jours : professeurs, instituteurs, puériculteurs, toutes les familles, leurs conditions de logement et de transports doivent être radicalement améliorées. Pour les agents publics, la priorité leur sera donnée pour qu’ils puissent se loger à Paris, s’ils le souhaitent.



Mais il faut aller des choix les plus structurants concernant l’organisation scolaire elle-même, aux choix les plus spécifiques portant sur l’école, car si la première des batailles pour l’éducation de nos enfants se jouent dès les premières années, ce sont les villes qui en sont les premières responsables !



Le premier des choix structurants : la carte scolaire. Elle est devenue la porte ouverte à toutes les absurdités. Parfois, habiter à une rue ou à un numéro d’écart peut tout changer en matière d’affectation scolaire. Au final, la carte scolaire manque sa vocation première, favoriser la mixité, pour céder la place à la ghettoïsation : les familles aisées déménagent ou ont recours à l’enseignement privé et le niveau des écoles publiques se dégrade. Nous devons engager un dialogue avec l’Etat pour réformer une carte scolaire devenue inopérante, et générant une inégalité sociale sans précédent.



Nous le savons : il n’y a pas de solution miracle, mais des adaptations sont possibles. Il est évident que l’absence de carte scolaire conduirait à une inflation de la demande des écoles des bons quartiers, donnant ainsi le sentiment d’aléas et d’injustice. Il faut trouver une solution mixte qui améliore les conditions. Aujourd’hui, 16% des enfants de maternelle sont dans le privé, 34 % des collégiens : il faut en tirer les leçons. Le choix du privé, pour fondé et légitime qu’il soit, ne doit être un choix ni subi, ni par défaut.



Certains quartiers ont expérimenté le regroupement de plusieurs collèges, pour favoriser la mixité. Pourquoi ne pas étendre ces expérimentations si elles sont concluantes ? Pour le choix des lycées, on est passé d’un système par localisation (qui auparavant faisait que des parents achetaient des boîtes aux lettres bien placées pour des fortunes), à un système par points. 4 zones dans tout Paris ; si l’on est boursier, on a un bonus de 400 points ; si l’on a un bon dossier scolaire, on a un bonus ; si on est dans le quartier choisi en fonction de l’école, on a un bonus. Au final, on inscrit les enfants en fonction du nombre de points.



Ce système n’est pas sans défaut, car il peut conduire à une concentration des élèves boursiers dans certains établissements et nécessite donc une grande vigilance du rectorat pour éviter les situations absurdes. Mais il permet une plus grande reconnaissance du mérite et de la situation sociale des familles. En lien avec le ministère de l’éducation nationale, il faudrait voir s’il peut être expérimenté pour d’autres niveaux de l’enseignement, au collège, voire au primaire, dans des secteurs géographiques plus restreints, afin d’éviter que les enfants et leurs parents aient des temps de déplacements trop longs.



Autre choix structurant : la semaine de 4,5 jours, avec des cours le mercredi matin, qui résulte de la réforme des rythmes scolaires. Cette mesure va dans le bon sens. Paris a été précurseur et il faut continuer à proposer des activités diversifiées, de qualité.



L’école, ce sont aussi les enseignants, les professeurs de la ville de Paris, qui la font vivre. Leur travail remarquable contribue à instruire nos enfants, à les élever, à garnir les bataillons qui font vibrer Paris, capitale de l’intelligence. Nous devons valoriser leur travail, les utiliser davantage pour nos enfants. Il en va de l’avenir de Paris et des futurs grands-parisiens !



Au fond, la seule ou la vraie solution pour éviter une carte scolaire injuste, c’est donner plus de moyens aux écoles et investir aux côtés du ministère de l’éducation nationale. C’est en donnant des moyens aux enseignants, aux collèges et aux lycées qu’on fera avancer la cause de l’éducation, qui n’est autre que la cause de l’intelligence. Tout ne relève pas de Paris, mais l’excellence concerne aussi les Parisiennes et les Parisiens.



L’école, précisément en tant que lieu d’apprentissage et de sagesse, doit aussi être repensée. D’abord, les écoles sont prises dans un tissu urbain dense, avec des cas de violences en croissance et des riverains, exaspérés par le bruit, lancent des objets dans les cours, jettent des seringues, voire pire… De nombreuses écoles et collèges ne sont pas protégés ou adaptés. Nous devons penser l’adaptation moderne de nos écoles, avec des murs anti-bruit, des espaces protégés et végétalisés, pour faire des écoles des lieux qui ne sont ni des zones confinées, ni des zones exposées à l’hyperdensité urbaine.



Ensuite, nous pourrions ouvrir les écoles les samedis pour déployer les activités artistiques ou technologiques liées à l’apprentissage des techniques de l’information et de la communication (NTIC). Les conservatoires municipaux sont pleins et les écoles restent vides deux jours par semaine.



En parallèle, et en lien avec l’Etat, on pourrait sensibiliser les enseignants ou les parents à des formes de pédagogie alternative, pour donner plus de diversité dans les enseignements, avec des cours adaptés aux besoins des enfants.



Enfin, créons de véritables lignes de Pédibus (avec des agents municipaux en bout de cordée), pour limiter le recours aux véhicules polluants, impliquer les enfants dans une démarche de préservation de l’environnement, renforcer la bonne santé des écoliers ainsi que leur équilibre psycho-moteur.



Les bonnes idées ne manquent pas. Expérimentons, décidons, agissons, pour éviter la ghettoïsation scolaire de Paris et donner le meilleur à nos enfants, petits, jeunes et adolescents.



Nos enfants méritent Paris – faisons en sorte que Paris soit à la hauteur des espoirs que nous déposons en eux. Bonne rentrée à tous nos gavroches parisiens !

    Parisiennes Parisiens

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    Espace public de débats sur Paris et sa métropole #ParisiennesParisiens

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