Le logement à Paris : tout reste à faire

Au début de notre siècle, quand on voulait devenir propriétaire à Paris, par exemple dans le 5e, le 10e ou le 18e arrondissement, il fallait avoir en tête le prix moyen du mètre carré qui était respectivement de 4 290, 2 445 ou 2 405 euros. Or, en 2017, il aurait fallu que le revenu des Parisiennes et des Parisiens suive l’augmentation du mètre carré, respectivement de 158%, 238% ou 233%, pour imaginer devenir propriétaire dans le 5e, le 10e ou le 18e ! En moins de 20 ans, le prix du mètre a connu une augmentation météoritique de près de 200%. Comment allons-nous expliquer aux jeunes générations qu’avec un revenu parfois inférieur au leur, leurs parents pouvaient se payer des appartements souvent bien plus grands que les pénibles et dispendieuses locations qu’ils peuvent se permettre… plutôt à Saint-Ouen, à Montreuil ou à Pantin, car à Paris c’est juste devenu impossible ?



Le logement est ainsi devenu le sujet le plus critique de la capitale. Qu’il s’agisse des prix, de la salubrité, de la disponibilité des biens ou de l’accès aux logements sociaux, l’immobilier parisien génère tous les excès. Et à regarder les dernières années, le constat est sans appel : tout n’a pas été fait pour se prémunir contre les symptômes que tout le monde aujourd’hui reconnaît mais auxquels personne ne veut s’attaquer sérieusement. Au contraire. L’état des lieux inquiète.



Les solutions ne manquent pas, à commencer par l’encadrement des loyers, qui peut permettre de contenir la flambée des prix, mais il nous faut imaginer avant tout une politique d’ensemble, qui traite le problème à la racine. Cela doit nous conduire d’abord à concevoir notre politique du logement en pensant Paris en grand. Il n’y aura pas de solution viable, raisonnable, pragmatique sans le Grand Paris. La politique du logement, qu’il s’agisse du logement social mais également du logement privé, est une politique qui doit être concertée et conçue à l’échelle métropolitaine. Une politique du logement conçue pour le seul Paris intra-muros et ses deux millions d’habitants, qui ne serait pas articulée avec l’espace que représente une agglomération de plus de dix millions d’individus, est vouée à l’échec. C’est dans ce cadre territorial que doit être menée la bataille pour le logement, comme toutes les autres batailles pour les transports, la sécurité ou le développement économique.



Ceci étant posé, ne nous voilons pas la face, la tâche s’annonce difficile, mais loin d’être impossible, à condition bien sûr de se donner véritablement les moyens.



Première source de difficulté : la pénurie de biens immobiliers disponibles dans Paris. Le nombre de logements inoccupés est considérable. Il y a aujourd’hui 100 000 résidences secondaires et 115 000 logements vacants sur 1,3 million de logements au total. Cela représente 15% du parc parisien. Ce n’est pas acceptable compte tenu non seulement de la très forte tension qui existe sur le marché mais aussi de la difficulté qu’éprouvent les Parisiennes et les Parisiens pour se loger. Dans ce contexte, la montée en puissance des locations touristiques de courte durée peut être un fléau dans certains quartiers. Mais bien encadrées et maîtrisées, comme Paris ou New York ont par exemple commencé à le faire, elles peuvent permettre à l’inverse à des locataires, tels que des étudiants dans la période estivale, ou des propriétaires occupants modestes, de conserver leur logement grâce à des apports de revenus. En-dehors de toute diabolisation stérile, il faut s’engager avec fermeté pour amener tous les acteurs à se soumettre à l’exigence de donner un logement décent et adapté à chaque Parisienne et à chaque Parisien.



Les prix flambent donc dans des proportions inédites, faisant fuir beaucoup de Parisiennes et de Parisiens, partis s’installer en banlieue ou en province, et vidant Paris d’une grande partie de ses classes moyennes qui non seulement ne peuvent pas accéder au parc immobilier privé mais, pour nombre d’entre elles, pas davantage au parc social ! Le triste paradoxe, c’est que nous construisons des logements sociaux de manière volontariste, et pourtant Paris se vide…



Il faut plus de logements intermédiaires, accessibles aux classes moyennes qui n’accèdent plus au parc privé et se retrouvent dans une impasse locative globale. Et, pour ce qui est des attributions, il faut donner la priorité à ceux qui travaillent pour les Parisiens : fonctionnaires de la ville, policiers, infirmiers, professeurs d’écoles, entre autres, car ils créent du lien social et parce qu’il n’est pas normal que, s’ils le souhaitent, ils ne puissent pas vivre à Paris, la capitale qu’ils servent au quotidien : ils ont le droit d’y vivre, nous avons le devoir de le leur permettre. La Ville doit exercer, de manière plus systématique et résolue, son pouvoir réservataire afin d’assurer des logements aux agents qui en font la demande.



L’attractivité de notre ville commence par ses classes moyennes, par ses agents publics et par la possibilité qu’ils doivent tous avoir de se loger à Paris.



Sur ce dernier point, nous nous méfierons de tout dogmatisme considérant qu’il faut toujours plus de logements sociaux. Il faut le dire sans détours : nous voulons, nous devons, atteindre l’objectif des 25% de logements sociaux, avant 2025 ! Mais pour permettre à un panel le plus large possible de Parisiennes et de Parisiens d’accéder à des logements sociaux, il faut repenser les conditions d’accès à ces logements, mais aussi, pourquoi pas, les conditions d’occupation, en termes de durée de bail par exemple, en fonction de l’évolution des situations de vie. L’habitat social priorise par exemple les familles nombreuses, cependant l’explosion des familles monoparentales doit être prise en compte dans la logique d’attribution. De la même façon, de plus en plus de Parisiennes ou de Parisiens connaissent des transformations accélérées de leur vie, dans leur emploi, leur vie personnelle ou familiale.



Une partie des logements sociaux devrait pouvoir s’adapter à cela, avec par exemple des baux à durée limitée (3 ans ou 5 ans) permettant d’accompagner un temps ces habitants mais aussi de permettre ensuite à d’autres de bénéficier de cette structure. Il faut aller encore plus loin en mobilisant résolument les bailleurs pour passer en revue les logements sous-occupés pour proposer régulièrement aux Parisiens d’échanger leur logement social quand celui-ci ne correspond plus à leurs besoins.



La clef du problème de l’accès au logement est la fluidification de l’offre, publique comme privée ! Et l’expression de cette fluidification se trouve reflétée dans des initiatives telles que le « co-living », qui consiste à habiter à plusieurs, et à ouvrir les espaces pour réduire les lieux privés à la portion congrue. Ces initiatives doivent être encouragées.



Un autre sujet d’inquiétude : Paris ne loge plus ses étudiants. Ceux pour lesquels « étudier à Paris, c’est naître à Paris » ont été relégués à l’arrière-plan des politiques publiques. Il existe aujourd’hui 19 000 logements étudiants – soit 1,4% du parc total – pour 330 000 étudiants dont beaucoup habitent des studios et des chambres de bonne, parfois vétustes, pour des loyers largement supérieurs à leur capacité financière.



Comment réagir à ces difficultés ? En prenant le taureau par les cornes. En construisant. Nous pouvons et nous devons construire de belles résidences universitaires, notamment sociales, à 5 minutes à pied de stations de métros ou de RER, en première couronne, pour répondre aux besoins des étudiants et des locataires, à un coût du foncier raisonnable pour la collectivité.



Les dogmatiques nous diront qu’on met les pauvres en-dehors de Paris ; nous leur répondrons que nous construisons le Grand-Paris par des actes ! Rien n’empêche d’ailleurs de redensifier les quartiers centraux qui se sont vidés de leurs habitants avec des projets de logements originaux, pour qu’on n’ait pas des situations comme dans le 1er arrondissement où il n’y a que 9 500 Parisiens par km2 contre 43 000 dans le 11ème.



D’autres solutions sont sur la table : L’Atelier Parisien d’Urbanisme a évalué à 40 000 le nombre de logements familiaux de 50-70 m2 qui pourraient voir le jour si nous tirions profit de la surélévation de certains bâtiments parisiens. Les locaux professionnels aussi peuvent être mis à contribution : il y a aujourd’hui 2,7 millions de mètres carrés d’espaces disponibles (sur 44 millions au total) pour une affectation à usage d’habitation. C’est une possibilité qu’il nous faut impérativement explorer ! Mais fixons-nous des objectifs clairs : il faut créer 10 000 nouveaux logements étudiants à Paris à horizon 2030 et 20 000 logements étudiants en Île-de-France. L’un des secrets de la politique de logement d’une métropole est sa politique foncière. Quand on sait que la valeur du sol parisien se renchérit en permanence, la municipalité doit non seulement cesser de céder du foncier à des bailleurs privés, mais elle doit se lancer dans une stratégie foncière audacieuse, notamment vis-à-vis de propriétaires institutionnels comme la SNCF ou l’AP-HP.



Nous devons aussi saisir l’opportunité qui vient du changement majeur de notre époque en établissant un Pacte Logement Grand Paris : 11% de sa surface totale, soit 9 000 hectares, sont potentiellement exploitables. Une politique commune avec le Grand Paris permettra notamment à notre ville de réduire le coût d’achat et de location du foncier.



Notre position est claire : pour que l’immobilier parisien ne devienne pas identique à celui de Londres, il nous faut aller plus loin et plus vite. Une exploitation intelligente de toutes ces pistes nous donnerait de réelles possibilités d’extension du parc de logements que ce soit pour créer des logements sociaux, des logements intermédiaires ou des logements étudiants.



Enfin, la question de l’accession à la propriété doit être traitée. Quand Paris, en se portant garant, aide ses habitants à accéder à leur premier logement pour les accompagner dans leur parcours résidentiel, c’est une forme de justice sociale. Des dispositifs existent, tels que le prêt à taux zéro ou le prêt parcours résidentiel, allant de 24 000 à 80 000 euros en fonction de la situation du demandeur. Notre objectif : porter le montant du prêt à taux zéro à 100 000 euros.



Tout n’a pas été tenté en matière de logement à Paris et en matière de logement comme ailleurs, tout est encore possible. Et tout reste donc à faire.

    Parisiennes Parisiens

    Written by

    Espace public de débats sur Paris et sa métropole #ParisiennesParisiens

    Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
    Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
    Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade