On ne badine pas avec la santé des Parisiennes et des Parisiens !

La santé à Paris se trouve dans une situation paradoxale peu compréhensible pour une capitale comme la nôtre : d’un côté, Paris concentre certains des meilleurs professionnels de santé au monde, réunit des équipements de pointe, propose une palette de services sans équivalent au niveau national.

De l’autre, la santé reste, pour les Parisiennes et les Parisiens, un problème au quotidien. Trouver un médecin en secteur conventionné par la Sécurité sociale peut s’avérer problématique dans certains quartiers : 40% des Parisiens se trouvent dans des arrondissements en pénurie de médecins, notamment dans le 18e et le 19e arrondissements et, dans une certaine mesure, dans le 13e et dans le 14e. Se rendre aux urgences peut relever du parcours du combattant avec un délai moyen d’attente aux urgences parfois supérieur à 3 heures, des services fréquemment saturés et des professionnels surmenés. Organiser une prise en charge à domicile post-hospitalisation efficace est souvent très compliqué.

Ce paradoxe est, pour une large part, la résultante des oppositions permanentes entre l’Etat et la Mairie, qu’il s’agit de dépasser, et les spécificités de Paris, qui concentre grande précarité, coût de la vie et de l’immobilier, inégalités dans l’accès aux soins. Responsabilité de principe de l’Etat et de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, la santé à Paris a été trop souvent regardée à travers le prisme des projets d’excellence et non celui de la santé du quotidien. Ce sont les Parisiennes et les Parisiens qui en souffrent : ils disposent de services de pointe mais peinent à accéder à la santé de tous les jours. Ils doivent donc s’adapter au quotidien et souvent accepter des solutions dégradées de prise en charge.

Pourtant l’enjeu est simple : adapter l’offre de soins à la demande, cela veut dire optimiser et organiser les filières de soins à l’hôpital, tout comme les moyens mis à disposition des malades à l’hôpital adaptés aux maladies des Parisiens, en particulier à l’augmentation constante du flux aux urgences, qui dépasse les 10 % par an.

Face à ces difficultés, on a préféré les postures politiciennes à la coopération et au travail main dans la main. Les positions des représentants de la mairie de Paris au sein du Conseil de surveillance de l’Assistance publique — Hôpitaux de Paris ont trop souvent mis de l’huile sur le feu et encore plus tendu un climat social déjà délétère. Bien au contraire, Il faut rétablir des relations de confiance entre la mairie de Paris et l’AP-HP. La mairie de Paris a une place importante au conseil de surveillance de l’AP-HP. Elle doit donc s’impliquer dans le plan stratégique de l’AP-HP qui définit l’offre de soins au côté de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP et du directeur général, et insister pour que la mairie de Paris aide l’AP-HP à valoriser les terrains libérés par les restructurations hospitalières pour que l’argent récolté par l’AP-HP soit mis à la disposition des rénovations et des restructurations.

Des actions positives ont été lancées, comme « Paris sans Sida », l’aide à l’installation des généralistes, les maisons de santé ou l’expérimentation d’une salle supervisée d’injection de produits stupéfiants, mais nous pouvons faire mieux et mettre sur la table des propositions pragmatiques.

La médecine moderne — les professionnels de la santé nous le disent en permanence — est préventive et participative. Il faut impliquer les Parisiens dans la prise en charge de leur santé. Il existe aujourd’hui 7 centres de santé pluridisciplinaires, avec des médecins salariés, ouverts de 8h30 à 17h. Ce n’est clairement pas assez : nous devons développer les maisons de santé, qui marchent mieux avec des médecins libéraux, reliées à l’hôpital, et en ouvrir dans tous les arrondissements actuellement sous-dotés en médecins, puis étendre leurs horaires pour coller davantage aux rythmes de vie des Parisiennes et des Parisiens. Entre 2020 et 2026, nous devrons ouvrir dans chaque arrondissement de Paris au moins une maison pluridisciplinaire accessible 24h/24, et en priorité dans tous les arrondissements où les services d’urgences sont saturés. Des établissements ouverts 24h/24 constitueront un précieux vecteur de désengorgement des urgences.

La Mairie de Paris doit pouvoir jouer — comme le font d’ailleurs de nombreuses collectivités territoriales en régions — un rôle utile d’aide à la construction de ces projets. Un guichet dédié d’accompagnement des professionnels souhaitant s’engager dans une démarche de maison de santé pluridisciplinaire pourrait être créé. La mise à disposition d’un foncier ou de locaux devenu très coûteux pour avancer sur ces projets de maisons de santé peut constituer un levier utile. Les prochaines réorganisations hospitalières à venir doivent sans doute intégrer cette dimension et la Ville de Paris doit pouvoir vraiment peser en ce sens.

Nous devons aussi renforcer les liens entre la médecine de ville et l’hôpital pour mieux organiser les parcours de prise en charge des patients souffrant de maladies chroniques. Les services municipaux ont, ici aussi, un rôle utile à jouer pour relayer des actions de prévention ou de diagnostic précoce en population générale. Les mairies d’arrondissement pourront jouer un rôle essentiel pour mettre en relation les professionnels. Dans les maisons de santé de la Ville, des permanences pourront être tenues par des médecins hospitaliers. La mairie de Paris pourra en outre mener des campagnes d’information pour faire connaître les maisons de santé, leurs horaires, les permanences et ainsi poursuivre les efforts de désengorgement des urgences.

La santé souffre d’un retard chronique en matière de numérique ; c’est la raison pour laquelle nous devons soutenir résolument le choix du numérique pour développer la télémédecine, dans sa double dimension de téléconsultation et de télésurveillance, ce qui favorisera l’accessibilité des soins. La Ville, encore une fois, devra bien équiper les maisons de santé pour que les médecins puissent y faire de la téléconsultation. La réussite à Paris de Doctolib, comme vecteur de prise de rendez-vous médicaux en ligne, montre que des initiatives concrètes peuvent être prises dans le domaine du numérique en santé. La mairie de Paris doit les encourager et contribuer à rendre cette accessibilité de la santé numérique effective pour tous les professionnels de santé et tous les patients à Paris.

Enfin, la santé mentale fait partie des grandes oubliées de la santé publique. Nous voulons proposer de nouvelles solutions de prise en charge en santé mentale. Une tension budgétaire absolument insoutenable pèse sur les établissements spécialisés en psychiatrie et, plus largement, sur l’ensemble des acteurs de la prise en charge en psychiatrie et en santé mentale. Le risque est grand de voir encore s’approfondir un schéma de « santé mentale à deux vitesses » à Paris, avec une différence de qualité des prises en charge entre des structures lucratives privées et le service public avec des professionnels conventionnés. La Mairie de Paris doit pouvoir peser de tout son poids dans ses discussions avec ses interlocuteurs nationaux et régionaux pour renverser cet ordre de priorité. L’accent mis sur ces problématiques par le ministère des Solidarités et de la Santé constitue, à cet égard, un signal politique encourageant qui doit être concrètement décliné sur le terrain. La mairie de Paris doit pouvoir y contribuer en mettant en place un Fonds pour l’innovation en santé, avec un volet santé mentale. Ce Fonds, doté de 10 millions d’euros, permettra, sur la base d’un appel à projets transparent à la préparation duquel seront associés les professionnels, les usagers et leurs représentants, de faire émerger les expérimentations traçant les contours d’un système global de santé plus fluide, accessible, et, en matière de santé mentale, d’une prise en charge plus équilibrée.

L’intervention volontariste de la mairie de Paris reste encore à renforcer dans de très nombreux domaines, comme la prise en charge des maladies chroniques qui se fait aujourd’hui beaucoup par internet ou le médico-social, où l’ARS et la mairie de Paris ont de multiples points de convergence.

La santé des Parisiennes et des Parisiens ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire ou politique. C’est une priorité pour Paris, ce sera une priorité pour les Parisiennes, Parisiens, !

Gaspard Gantzer

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