Tout est calme

Nairobi

Bonjour tout le monde,

C’est l’hiver. Le soleil peine à percer un ciel souvent couvert, et on supporte bien une « petite laine ». Nairobi est plus calme qu’à l’ordinaire et la circulation désormais plus fluide. Dans le petit jardin d’une résidence d’artistes, poètes, peintres, sculpteurs, écrivains, acteurs, musiciens et philosophe se réunissent un soir, à la lumière des lampions, et s’expriment, chacun dans leur art, autour du thème de l’exploitation de l’homme par l’homme. On y parle de la souffrance de la pauvreté et de l’exil, mais aussi d’amour et de paix.

Aux petits matins justement, dans certains quartiers de la capitale, on s’amasse aux arrêts de bus, chacune et chacun portant son balluchon. On prend la route, on rentre chez soi, dans sa région, sa famille, sa tribu. Jour après jour on se regroupe par ethnies. On envisage un temps de se faire héberger chez une amie de l’ethnie “opposée”, pensant qu’elle pourra mieux que quiconque assurer notre protection, puis on se ravise : et si le vent tournait soudainement trop fort, et si les amitiés et les promesses d’hier (« tu resteras toujours ma sœur ») explosaient tout à coup dans la fournaise allumée par des feux très anciens ? Non, on regagnera son clan, son camp, son village, même s’il n’est pas bien gros et a priori pas bien costaud. Mais quand partir ? Avant les élections et donc sans avoir voté ? Ou après les élections, au risque de ne plus pouvoir passer au travers des barrages routiers ou de se faire attaquer ?

Alors que les uns fuient la ville cosmopolite, d’autres se préparent à rester cloîtrés chez eux. Les charriots sortent des supermarchés plus remplis qu’à l’habitude. On prévoit de bonnes rations d’eau et quelques nourritures consistantes : riz, farine, sucre. Pas d’empressement cependant, pas de cohue comme pour la sortie du dernier Harry Potter ou du dernier jeu vidéo à la mode. Pas de rayons dévalisés en quelques minutes; si on en a les moyens, on fait quelques stocks, c’est tout.

Et on espère ; on espère que ça se passera bien. Pas comme en 2007-2008. Les policiers sont attendus dans les jours qui viennent en nombre inédit, on devrait faire appel à l’armée (sera-t-elle neutre et mesurée ?), et l’établissement d’un couvre-feu est envisagé. Les observateurs internationaux sont également arrivés nombreux. La mort soudaine du ministre de l’intérieur, un mois jour pour jour avant les élections générales de ce 8 août, et celle de l’un des principaux dirigeants de l’institution chargée de les organiser, retrouvé le corps supplicié, ne sont pas de nature à rassurer.

Nous nous préparons également. La grève nationale des infirmières, qui se poursuit, fait malheureusement craindre un manque criant de personnel de santé. On organise quelques postes médicaux supplémentaires, bien visibles, et on prend contact avec des cliniques privées. Les ambulances sont prêtes, du personnel supplémentaire est embauché et formé. Les kits médicaux sont répartis dans chaque poste de secours. Les moyens et les procédures de communication sont opérants, et, en cas extrême, les lieux de replis sont définis. Les échanges avec les autres ONG et institutions impliquées n’ont pas cessé depuis quelques mois. Les lieux d’intervention sont répartis entre organisations médicales et une équipe volante doit pouvoir intervenir sur des foyers de violences non couverts.

Lundi matin nous vérifierons que tout est bien en place, et puis l’après-midi nous vérifierons encore.

Je vous embrasse.

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