Mon chômage et ses découvertes

Ça, c’est mon sac de chômeuse. On dirait pas comme ça, c’est un sac à main d’une pseudo marque, un peu clinquant, qui doit dire “je fais de l’effet, mais pas trop”. Enfin, c’est ce que j’aimerai qu’il dise s’il pouvait parler.

Dans ce sac, il y a mon gros classeur, avec, bien triés sous intercalaires, tous les documents pour trouver un job : mon CV, mes lettres de recommandations, mes tableaux de suivi, des exemples de mon travail, mes fiches pratiques, mes réponses à un maxi questionnaire d’auto-entretien, les réponses prêtes aux questions bateaux, mes documents pour l’embauche et toutes les feuilles que j’ai pu écrire à chaque contact/offre/coup de fil. Une feuille par poste potentiel. J’en suis à mon deuxième bloc A4. Et c’est justement ça qui me surprend. Comment j’ai pu en arriver à 2 blocs ?

Petit historique rapide, parce que je veux pas vous soûler à vous raconter ma vie. Un Bac L, un BTS en alternance, trois villes principales où j’ai bossé sans difficulté. Je répète, sans difficulté. Même à Montpellier, méga taux de chômage, j’ai trouvé en 15 jours chrono. Mais là, je ne comprends pas, ça fait aujourd’hui 3 mois.

3 mois de galères, de remise en question, d’échecs, de montagnes russes émotionnelles. C’est ça que je veux vous raconter, pas avant, pas après.

Je quitte une asso fin avril. Fin de CDD. Pas d’envie de CDI, ni de leur part, ni de la mienne. Je me dis que ça va aller. Ça fait maintenant 10 ans que je bosse. À chaque fois, de plus en plus de responsabilités, de plus en plus de compétences acquises, de confiance en soi accrue.

J’ai aussi été recruteur pour des jeunes en alternance. Alors, la recherche d’emploi, je connais. Je sais comment chercher, où trouver, comment se mettre en avant.

Trouver un job ? Ça ne devrait pas poser de problème. Alors, pour être certaine de trouver le poste de mes rêves, je me pose certaines conditions.

Oui, je cherche une structure où je puisse rester longtemps. Je n’ai pas besoin spécialement d’un CDI mais c’est toujours mieux. Je cherche de la stabilité.

Non, je ne veux plus travailler à Paris. (Je vis en banlieue parisienne) Je n’en peux plus de prendre ce foutu RER A qui te bousille de l’intérieur et te fait perdre toutes tes valeurs.

J’ai profondément honte quand :

  • J’ai soufflé quand quelqu’un a retenu l’ascenseur pour laisser entrer un passager de plus.
  • Je ne vois plus les gens désespérés qui font la manche.
  • Je mets mes écouteurs quand un musicien entre.
  • Je baisse la tête quand il passe la main tendue.
  • Je n’ai pas le choix, je ne peux pas rester debout et que je gêne le passage en m’assayant dans les escaliers.

Non, je ne veux pas travailler à La Défense parce que c’est une fourmilière sans âme. Et oui, j’ai peur des attentats, donc je veux éviter les grands axes.

Non, je ne veux pas travailler pour une banque ou une assurance. J’ai donné, merci.

Non, je ne veux pas d’objectifs commerciaux parce que ça me fait mal au ventre.

Non, je ne veux pas travailler pour des pourris sans conscience morale qui soutiennent l’esclavage moderne.

Oui, si c’est possible, j’aimerai beaucoup travailler dans un domaine où la démarche de respect de l’environnement est importante.

Et, surtout, oui, je veux travailler dans une ambiance respectueuse et aider les autres.

“Elle est difficile celle-là ! Et elle veut pas une médaille en plus tant qu’on y est ? Je zappe”. OK, je comprends votre réaction. J’ai entendu cette réaction. Je l’ai lu de mes contacts. Je fais ma difficile. Mais je sais que le job que je recherche tient dans cette case bien précise.

Il y a quelques années, un prestataire m’a offert ça :

mon daruma

C’est un symbole de chance japonais. Quand on le reçoit, on fait un vœu et on dessine la première pupille. Quand le vœu se réalise, on peut dessiner la seconde pupille. Je crois que je ne verrai jamais les deux yeux de mon porte-bonheur car j’ai souhaité trouver le job parfait qui me rende heureuse. Là où je me sente bien, vers où j’ai envie de me lever le matin. Où j’ai hâte de me rendre. Pour le moment, c’est pas gagné.

Pole emploi qui se fout de ma gueule royalement.

Vous connaissez le droit d’option ? Ça veut dire que si vous n’avez pas épuiser tous vos droits d’allocations précédents, vous reprenez ceux-ci même si votre salaire à changer. Le changement ne s’applique qu’à une augmentation supérieure à 30%. Ah ! C’est trop bête ! J’avais bien les 30% mais grâce/à cause de la prime de précarité qui m’était versée tous les mois plutôt qu’à la fin du CDD. Et il parait que c’est grâce aux syndicats ! Ah bah merci les gars ! Du coup tout notre budget prévisionnel tombe à l’eau et je me retrouve avec des ARE de SMIC.

Je tiens à préciser également que je n’ai eu AUCUN rendez-vous avec Pole Emploi. Aucun. Mes droits ont juste repris comme je les avais laissé avant mon CDD il y a 13 mois. Aucun suivi, aucun appel. Nada. Walou.

Commence alors la descente aux enfers.

5 à 8h par jour à chercher. Partout. PARTOUT ! Les contacts, les sites d’emploi, le site merdique de Pôle Emploi évidemment, les moteurs de recherche d’emploi, les candidatures spontanées… Tout y passe. Et rien.


Et Youtube.

J’ai considérablement augmenté mon nombre d’abonnements à des chaînes. Replay de Cash investigations, Infrarouge et la super série Génération Quoi, découverte ou revisionnage de (en vrac) :

MERCI du fond du cœur à tous ces gens qui m’ont fait rire et pleurer et surtout passer le temps de manière plus constructive que les séries…


Et les séries.

Découverte et binge watching de The Leftovers, 4400, UnReal, Le Bureau des Légendes, Freaks and geeks, Grace and Franky…

Home alone

Suite de Orange is the new black (évidemment), Silicon Valley et Fresh off the boat.

Silicon Valley

non, pas de House of cards ou Game of thrones.


Et les podcasts.

Binge listening. Sélection à découvrir ici.


Et reprise de l’écriture, ici sur Medium.


Inscription dans toutes les agences d’intérim.

Des heures de tests dans des salles sans fenêtre, avec un casque ultra fort sans possibilité de baisser le volume. Des recruteurs qui me confondent avec un bout de viande ou un mouton, au choix. Citation véridique :

“Je ne fais pas du social moi. Si vous ne répondez pas, tant pis, vous avez laissé passer votre chance. Si vous me laissez un message, je ne vous rappellerai pas. “

Donc

Et le besoin de rester à la maison.

Peur de louper L’appel. Attendre à côté du téléphone, qui me suit même sous la douche. Partout ! J’ai peur de sortir et de ne pas capter. J’ai peur d’envoyer un email trop tardivement. De ne pas être devant l’ordinateur pour visualiser la map si on me propose une mission et accepter n’importe quoi. Non, Pokemon Go n’a rien changé à ça. Je ne sors pas.

Ce foutu téléphone qui ne sonne pas.

Et la culpabilité.

Le sentiment que je ne sers à rien. Que Super Chéri se lève, part affronter le monde, va gagner notre croûte et que je reste là. Incapable de subvenir à nos besoins. Culpabilisation d’être trop difficile dans mes recherches. Culpabilisation de lui faire porter tout le poids et je sais que ça ne pourra pas tenir longtemps.


Et la santé qui s’affaiblit et le corps qui change.

Quelques kilos en plus, franchement, je ne saurai dire combien par défaut de balance. Grosse frayeur à cause d’une balance cassée.


Et remise en question de toutes mes compétences.

Friends

Et des connards, comme s’il en pleuvait.

Désolée, j’ai cette chanson naze dans la tête.
  • Un connard qui me hurle dessus parce que j’ai osé demandé la composition du contrat. 35h ? 39h ?
  • Des offres d’emploi insensées. Des boites qui recherchent des Bac+5, 10ans d’xp à payer au SMIC. #OnVautMieuxQueCa !
  • Des postes au salaire minable, aux missions horribles, travail le samedi.
  • Les mots “Ressources Humaines” qui me sortent par les yeux. Ressources Humaines, sérieux. C’est comme les ressources de ramettes de papiers ou de stock de PQ.
  • Le mot “province” ou “déplacements réguliers en province”. AAAAHHH !! C’est pas Paris et le reste, bordel ! Ce sont des NOMS DE VILLES, des gens, des cultures, des paysages !!!
Inside out

Et des sources de réconfort

Visite de la Cité des métiers où j’apprends que je devrai être Community manager ou formatrice. Mais que ma façon de chercher du travail est la bonne. C’est juste pas le bon moment. C’est l’été.

Merci ! Ça fait vraiment du bien, c’est rassurant, c’est nécessaire.

Heureusement que cet endroit existe. Sincèrement,merci.

Des amis proches qui rassurent, qui proposent spontanément de prêter de l’argent, d’aider, de réconforter, d’écouter.

Des week ends entre amis qui font du bien. On prend le soleil, on rit, on vide son sac. On reprend des forces.

Friends

Et déprime.


Et formation à Apple.

Merci Adeline !

Merci Siri

Et déprime


Et déprime


Et déprime


Et une autre entreprise

Frédéric Laloux — Reinventing organizations. LA découverte.

Conférence à regarder absolument.

Planche par Etienne Appert — Entre Nos Cases

Et déprime.


Et visite de blogs en blogs, découverte de la grossophobie, des mouvements féministes.

Et l’envie d’assumer le corps, de faire tomber le paréo, de ne plus chercher à poser sa serviette au plus proche de la mer ou du bassin.


Et le résultat de toutes ces découvertes me confortent dans l’idée que je me fais de mon poste idéal.


J’ai changé le titre 10 fois. Mon chômage, cet enfer. Mon chômage, quelle horreur. Mon chômage, quelles surprises. Mon chômage et ses déceptions. Mais en écrivant, je réalise tout ce que mon chômage m’apprend tous les jours.

J’apprends à faire face tous les jours, toutes les heures. Quand j’ai un coup de mou, je me relève. Je ne laisse pas passer ma chance. Je lutte, je me bats tous les jours, de plus en plus fort, pour ne pas tomber dans la dépression, la vraie, celle qui fait peur et fait faire des conneries. Super Chéri est là et me soutient à toutes les étapes. Je dois tenir pour lui. Il me laisse le temps de chercher et de trouver ce qui me correspond vraiment. Mais nos découverts se creusent. Il faut que je trouve vite.