Des Nouvelles de l’Ouest

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Jul 2, 2016 · 4 min read

Une chronique de Mor Callann

Le convoi remontait le fleuve depuis trois jours. Des chevaux sur les larges berges tractaient de vieilles péniches. Celles ci, par des canevas de cordes, remorquaient la coquille d’un vaisseau de l’ancienne flotte royale. Il entra dans le port des KavellRüns tel un animal blessé dont il restait peu de ce qu’il fut en quittant Pennverlammat plus d’une décennie auparavant.
Il n’avait plus de mat, on avait coupé le seul avec lequel il était revenu afin de lui faire passer les ponts qui ponctuaient le chemin. Les couleurs vives avec lesquelles on l’avait peint avaient disparues de la même façon que l’équipage, à cause des eaux troubles des mers de l’Ouest.
Le capitaine, qui n’était évidement pas le même qui avait quitté Mor Callann, était un petit homme brun aux cheveux ras. Sa face et ses vêtements étaient crasseux et il avait un nez rappelant les rats qui eux, avaient quittés le navire dès qu’ils avaient pu.

Des cavaliers avaient été dépêchés dès qu’on avait aperçu la carcasse des murailles de la ville. L’équipage, même s’il avait à peine eu le temps de poser le pied à terre était au courant des dernières nouvelles du Royaume et l’une d’elles expliquait l’empressement des gardes royaux. Le capitaine suivit le pas rapide de son escorte aussi adroitement que le pouvait un marin expérimenté sur un cheval. Les sabots retournaient de grosses mottes de la terre humides et fumantes qui alimentaient la brume matinale. Les portes n’étaient pas encore ouvertes aux badauds pour leur marché quand les cavaliers se pressèrent devant les panneaux de bois. Le capitaine se souvint pourquoi on appelait les portes de l’ouest les “Gwern Dor” lorsque la moitié des chevaux se retrouvèrent dans la boue jusqu’aux chevilles. On renversa des échoppes qui ouvraient juste, une lavandière eue la peur de sa vie et un chien se brisa la nuque au milieu de la forêt de sabots qui ne lui laissa pas le temps de se ranger en couinant. Les fers faisaient éclater des étincelles sur les pavés. La vitesse folle faillit désarçonner le marin mais celui ci tint bon, il n’avait pas traversé la moitié du monde pour se faire fracasser sur les pavés de la capitale.

On ne patienta pas devant les portes de Kavell qui les attendaient grandes ouvertes. On l’arracha à sa selle, on lui fit parcourir un nombre incalculable d’escaliers, de salles et de corridors et quand il osa demander on lui assura que c’était le chemin le plus court. On arriva finalement dans un couloir sombre mansardé où régnait une chaleur moite et une odeur d’encens qui ne parvenait pas à masquer l’acre agonie du roi. Il arrivait à temps.

On l’invita à entrer dans la pièce d’où provenait la puanteur ambiante. Trop occupé à contrôler ses entrailles il ne remarqua pas la richesse du lieu dans lequel on l’avait conduit. La seule lumière provenait d’une faible chandelle placée près d’un gigantesque lit à baldaquin d’où émergeait l’odeur de décomposition. Une faible voix s’éleva : “Avez-vous bien allumé les lumières de mon bureau ?”. Un homme en toge rouge portant un lourd collier d’or acquiesça et le roi remua un peu. L’homme en rouge s’approcha du marin. “Dépêchez vous, vous êtes la dernière chose qui le rattache à la vie, libérez le”. Cet homme était le grand Chancelier palatin, Duc de Harmling. C’est à ce moment que le capitaine comprit où il se trouvait réellement, et malgré son estomac d’acier sa lèvre inférieure commença à trembler. La voix d’outre tombe l’appela juste à temps pour qu’il reprenne son flegme habituel et le voyant remis d’aplomb on le laissa, à son grand regret, seul avec le souverain moribond.

Bien, à vous marin” dit il dans un froissement d’hermine. Le visage du roi était parcheminé, creusé de ride mais par dessus tout il était froid. La lumière de la chandelle ne lui rendait pas hommage, creusant encore ses cernes pales et faisant briller ses yeux chassieux au fond de leurs orbites sombres. Ses prunelles restaient pourtant du vert vif que l’on contait autrefois. Et celles ci posaient la question, la seule question qui avait vraiment comptée dans cette vie royale. Et le capitaine Pennver était l’un des seuls Hommes en ce monde à pouvoir y répondre.
Alors, marin, alors” comme l’aurait dit un enfant “Ce n’est pas aussi simple sire, mais Ils sont là, les Anciens ne sont pas éteints

La chandelle vacilla.

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Verdier

Sociopathe investigateur, violoniste par temps de pluie, généalogiste compulsif et consommateur régulier de Pépitos ©

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