Traîtrise pour la Succession

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Apr 1, 2017 · 4 min read

Une Chronique de Mor Callann

Le soleil sombrait derrière les montagnes, laissant le monde seul avec l’obscurité. Très vite l’unique source de lumière provenait du château sur la montagne.

Le Duc Palatin de Willibald était assis derrière un gigantesque bureau en bois rouge. Cet homme fier et gras portait une longue moustache qu’il ne cessait de lisser en lisant la lettre qui venait de lui parvenir. Le cachet bleu nuit avait eu de quoi l’étonner. À vrai dire il était nerveux, comme toute la maison depuis qu’on avait fiévreusement ouvert au messager de la capitale. Ici dans l’Est le climat n’était pas aussi pesant que dans les Kavellrüns, mais nous étions à une époque où un noble n’était jamais trop prudent.

Pourtant le Grand Duché de Faugeleim était riche et bien administré, les divers chanceliers ne se rémunérant que frugalement car ils avaient été bien dotés par leurs pères chanceliers avant eux. Le peuple de Faugeleim était heureux et profitait largement des richesses qu’il produisait. Non, les soucis du Duc ne venait pas de sa population mais bien de celle de Kavell, du Berceau des Rois.

On entra, la servante demanda doucement : “Souhaitez-vous quelque chose Herzog Willibald ?”

“Pour la troisième fois, non !”, “Même les domestiques sont au courant” pensa-t-il. “Ils guettent la moindre nouvelle.”

Et les dernières nouvelles en leur possession n’étaient pas bonne, le roi était barricadé dans le palais de Kavell, “plus particulièrement dans la bibliothèque” le Duc en était sûr, et la tension montait au sein des murailles de la capitale. La plupart des gens du château Willibald avaient des parents là bas, les dynasties servantes essaimaient dans tout Mor Callann.

Il allait devoir improviser pour leur donner une réponse car lui même ne comprenait pas totalement le contenu de la missive. Elle était écrite de la main même du roi et l’écriture franche et régulière de souverain tranchait nettement avec les longues et complexes, “confuses ?…”, explications sur la succession au trône. Le sujet semblait déplacé au vu des événements actuels et confirmait les rumeurs qui allaient de bon train sur la santé du Roi. Il est vrai qu’aucune solution n’avait vraiment été trouvée et que le roi devenait vieux, était vieux même.

“Dieux, Arnaör que fais tu encore ?”

Jusqu’à la fin, connaissant l’érudition de son souverain pour qui il avait été ce qui se rapprochait le plus d’un ami, le Duc pensa qu’il s’était perdu dans d’insondables réflexions. Mais le dernier paragraphe le fit bondir de son fauteuil : “… le haut jumeau issu du Grand Dauphin Eranöre à survécu au massacre de Cleör, sa lignée à fait souche en …”

On frappa. Après un sursaut il retourna vivement les feuilles de parchemin, grommela un “Entrez” et essaya de se donner une contenance. Dans un flottement de velours vert entra la longue silhouette du Grand Chancelier du Duché de Faugeleim. C’était un homme pâle, au visage émacié, aux joues creuses et aux lèvres rouges. De fort sourcils gris surmontaient ses orbites creuses et cernées. Malgré son apparence rachitique il dégageait une grande énergie qu’il consacrait depuis longtemps maintenant au pouvoir. Il avait un maintient noble qui imposait le respect, ainsi il portait magnifiquement le costume de sa fonction.

“Ah c’est vous Herr Von Schwalz” soupira le Duc de soulagement, “Vous venez aux nouvelles je suppose ?”, l’homme prit juste la peine de s’assoir. “Vous allez m’être d’une grande aide car les nouvelles sont… pour le moins inattendues !”. Le Grand Chancelier eu un regard d’interrogation :

-”Les Kavelliens ont été mis au pas ?”

-”C’est ce que j’aurai voulu entendre, mais hélas rien de ce côté. Non, c’est un rapport du roi et nous devrons nous montrer très discret.”

-“Il souhaite venir se réfugier ici Herzog ?”

-”Non, il s’agit d’un problème que nous avons appris à oublier mais pourtant d’une prime importance en ces temps… La succession.”

-”En ces temps sombres le Roi a-t-il finalement fait un choix et abandonné ses recherches inespérées ?”

Se rendant finalement compte de la situation le Duc sourit :“Non Herr chancelier, ses recherches semblent avoir portées leurs fruits.”

-”Vous voulez dire qu’il a retrouvé une lignée masculine ?!”

-”Il se trouverait que les deux jumeaux d’Eranöre aient survécu au massacre de Cleör, son raisonnement et ses sources son encore trop floues pour moi, il faut que je relise sa lettre.”

-”Notre majesté les a-t-elle localisé ? Qui est au courant ?”

-”Il donne une région oui et il mentionne le Duc de Harmling comme autre destinataire, mais aussi loin que je peux le dire seuls le roi, le Duc et nous sommes au courant.”

Le silence s’abattit entre les deux hommes. Von Schwalz semblait perdu dans une réflexion. Ses yeux gris étaient plongés dans le vide de la méditation et sa main gauche s’activait sur une bague portant un camé que le Duc n’avait jamais vu. Soudain leur regard se croisèrent et ils restèrent longtemps les yeux dans les yeux, le Duc lissant sa moustache, le chancelier faisant glisser sa bague sur son annulaire osseux. Dans ces regards circulait ce que des homme formés au Pouvoir n’ont pas besoin de formuler.

Puis tout alla très vite. Le Duc jeta la liasse cachetée de bleu dans la cheminée qui grondait derrière lui puis s’élança sur le chancelier dont la main droite fendit l’air. Le camé de sa bague avait révélé une courte lame argentée, son maître s’écroula sur le riche tapis qui couvrait le sol froid. Il expira dans un bouillonnement de sang articulant un vague “traitre…”

Von Schwalz se précipita vers le feu où des cendres il ne pu déchiffrer que les mots qui marquèrent sa rétine au fer rouge : “…Gwern Lagad…”

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Sociopathe investigateur, violoniste par temps de pluie, généalogiste compulsif et consommateur régulier de Pépitos ©

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