Amazon, complice du tourisme sexuel au Costa Rica

Un tourisme non désiré par les costariciens

Le Costa Rica est une destination touristique très prisée. C’est un peu cher mais c’est en effet un pays magnifique loué pour ses espaces protégés (près d’un tiers du territoire) et pour sa biodiversité. Si l’on peut y déplorer une politique publique du tourisme défaillante et une mainmise du secteur privé sur cette richesse, exploitée comme une ressource minière, force est de constater que les opérateurs touristiques y sont très efficaces pour profiter d’une situation que ne sera peut-être pas durable.

Si le tourisme au Costa Rica c’est (presque) le meilleur, c’est aussi malheureusement le pire, que les costariciens eux-même commencent à dénoncer à juste titre : je veux parler du tourisme sexuel.

Voici la traduction de l’excellente et courageuse prise de position de Irene Gago Corrales, intitulée “Tourisme non désiré” dans le courrier des lecteurs du quotidien costaricien La Nación du 21/06/2014. Je ne connais pas cette personne, mais je lui rend ici hommage car il est encore trop peu habituel de trouver des critiques de ce genre venant de l’intérieur même de la société costaricienne, plus habituée à auto-célébrer “the way of life” costaricien qu’on appelle ici “pura vida”, sorte d’injonction au bonheur et de félicité obligatoire, pacifique et consumériste. A force d’entendre qu’ils n’avaient pas d’armée (merci Oncle Sam) et qu’ils étaient les plus heureux du monde, les ticos ont fini par y croire !

Voici donc ce courrier :

“Au lieu de chercher à attirer toujours plus de touristes, il me semble que nous devrions plutôt nous préoccuper de filtrer le type de touristes que nous ne souhaitons pas voir venir au Costa Rica. San José, Jacó, Manuel Antonio, Tamarindo et un grand nombre de nos destinations touristiques sont infestées de touristes sexuels en quête de prostitué(e)s, d’alcool et de drogue. Pour eux, nous sommes moins un paradis naturel que le paradis du sexe bon et pas cher.

La promotion qui est faite de ce type de tourisme à l’étranger en arrive au point qu’actuellement, une vingtaine de guides de tourisme sexuel au Costa Rica sont vendus par Amazon sur internet. On y vend des titres comme “Sex travel guide to San José, Sex on Jacó beach, Living la vida loca in Costa Rica ou Danses with prostitutes in Costa Rica”. Ces guides, écrits par d’autres touristes sexuels ayant l’expérience du pays, détallent, entre autre, les prix et les meilleurs endroits pour trouver des prostitué(e)s de tout type, de la drogue, les meilleurs bordels ainsi que les hôtels où l’on peut loger ou louer une chambre à l’heure.

Par ce courrier, je veux dénoncer l’entreprise Amazon parce qu’elle promeut ce type de tourisme et d’activités illicites dans notre pays par la vente libre de guides de tourisme sexuel au Costa Rica sur son site web. Le contenu de ces livres promeut des activités non seulement illicites dans notre pays, mais aussi révoltantes et offensantes et qui vont à l’encontre des valeurs que nous voulons inculquer et promouvoir dans notre Costa Rica.

Il faut savoir qu’Amazon est fortement implanté au Costa Rica. Le pays lui a déroulé le tapis rouge. En guise de remerciement, Amazon pratique l’évasion fiscale et la promotion de tous les tourismes. A quand des multinationales responsables ?

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