Pourquoi le débat sur la liberté de culte agace ?

Aujourd’hui, nous lisons et entendons de nombreuses choses sur les droits et libertés dans l’exercice d’une religion : l’expression liberté de culte nous revient alors régulièrement. 
Liberté, c’est pourtant un joli mot, mais dans ce cas très précis : celui-ci est fourvoyé.

Nous pouvons penser, et on nous amène souvent à le croire, que défendre la liberté de culte (les droits d’exercice d’une religion) c’est défendre des droits individuels et fondamentaux.

Pourtant, ce qui est invoqué ici n’est pas l’expression d’une singularité de croyance, mais la reconnaissance de l’affiliation d’une croyance individuelle à une croyance généralisée que nous appelons aujourd’hui religion.

Religion, conglomérat reconnu

Avant tout, qu’est-ce qu’une religion ? Puisque c’est ici même que réside l’ambiguïté.
Nous pourrons dire que : une religion c’est un corps composé de plusieurs individus semblant partager une même croyance dans une ou plusieurs divinités ; où la reconnaissance de la croyance est exclusivement permise par le nombre.

Plus la croyance est partagée, plus grand est le corps, et plus grand est son poids dans la société (on remerciera le principe démocratique plus tard).
Ce qu’il est important de noter dans un premier temps, c’est qu’une religion, de fait, ne concerne pas tous les individus.

L’existence même du concept de religion se construit sur une distinction qui se fait entre un groupe partageant la même croyance et d’autres individus.

Toi dans tout ça ?

Toi oui, qui te définis peut-être comme athée, j’aimerai te dire quelque chose avant tout.

Croyant non, mais je veux de l’amour !

Tu te définis peut-être plutôt comme agnostique ?
Je pense qu’il est bon de reconnaître une chose : nous ne pouvons vivre sans croyances ou spiritualité.

Pourtant tu te dis sûrement que je me trompe, que tu ne crois en aucuns dieux, pourtant…
… Connais-tu l’Amour ?

Parce que oui qu’est-ce que l’Amour si ce n’est une croyance ? L’Amour comme la croyance dans une singulière communion permise par la rencontre de deux individus. 
Pourtant l’amour peut déjà s’anticiper, et d’ici quelques années des personnes (bien ou mal intentionnées) arriveront très certainement à percer ou à s’approcher du mystère de l’Amour, en saisissant où réside cette attirance entre plusieurs êtres.

Oui, l’Amour est une croyance. La croyance s’oppose au savoir, et en ce qui concerne l’Amour, bien souvent oui, lorsque nous sommes amoureux :
Nous ne savons pas pourquoi, 
Ou ne désirons pas le savoir.
Il est alors bien question d’une croyance, par l’Amour nous nous en remettons à l’inconnu, au destin.

Et nous pourrions même aller plus loin : l’Amour comme religion globalisée. Tout à fait, puisqu’elle se rapproche fortement de la définition que nous avons donnée aux religions plus haut (en enlevant le concept de divinité).

Cela n’est pas une mauvaise chose d’avoir une croyance globalisée, cela permet de structurer la société. Dans le cas de l’Amour, c’est notamment cela qui participe à donner un sens et un corps aux concepts comme le mariage, la famille, l’affiliation.

Je pense donc je suis

Je termine ici cette courte parenthèse sur l’Amour. Cela était exclusivement pour démontrer le besoin de croyance en chacun d’entre nous.

Mais au-delà de cette croyance particulière qu’est l’Amour, chacun d’entre nous mène sa propre spiritualité. Chacun d’entre nous mêle convictions et croyances pour aspirer à donner un sens à son existence.

Et c’est ce point qui m’intéresse et que je souhaiterai voir cultiver. 
Pourquoi devoir nécessairement affilier ses croyances personnelles à une religion pour obtenir une reconnaissance dans sa spiritualité ? 
Sachons conserver notre individualité, et surtout celle de la spiritualité étant des plus intimes, elle est précieuse.

Je pourrai vous parler de l’absurdité qu’il y a à être nombreux à croire dans une même divinité, aimer une même divinité… Mais je préfère qu’aujourd’hui vous reteniez que :

  • chacun d’entre nous à ses propres croyances individuelles
  • chacun d’entre nous à sa propre spiritualité singulière

Liberté individuelle, nous te couperons les mains

Alors, où allons-nous maintenant ? Où voulais-je en venir ?

Nous avons dit plus haut que :

  • les spiritualités ne sont reconnues aujourd’hui qu’à travers les religions
  • chacun d’entre nous expérience sa propre spiritualité
  • la religion masque des spiritualités individuelles par une spiritualité commune

Ainsi, ce que je voulais démontrer est :

Défendre une liberté de culte, ce n’est pas défendre des libertés individuelles, c’est défendre des privilèges.

A tous ceux alors qui veulent défendre l’exercice de la religion sous couvert de la défense de libertés individuelles, vous vous fourvoyez, vous vous trompez, vous nous mentez.

Vous défendez un principe de privilèges, où ceux-ci sont accordés aux personnes ayant cédé la singularité de leur spiritualité à une norme de croyances.
Vous défendez un principe absurde qui est de donner du crédit à la masse, au nombre, en banalisant les comportements individuels.
Vous défendez un ordre qui ne reconnaît pas l’individu et sa spiritualité propre.
Vous défendez un ordre moral sans prendre parti pour une croyance commune.
Vous êtes un chien bâtard, aveugle et errant, ne sachant où donner du flair, mais succombant à ses instincts primaires.
Vous êtes perdus.

[TL;DR]
Défendre la liberté de culte des religions majoritaires aujourd’hui, sous couvert de la défense des libertés individuelles ; c’est se tromper, et donner du pouvoir à un ordre moral qui n’est pas reconnu par tous, et qui ne reconnaît pas l’individu dans sa spiritualité.