Dans son bras de fer avec la Biélorussie, Poutine rouvre le dossier Rybolovlev

Les relations entre la Russie de Vladimir Poutine et la Biélorussie d’Alexander Lukashenko ne sont pas au beau fixe. En voici les raisons. Vladimir Poutine n’apprécie pas que le président biélorusse tente de sortir de son giron pour se tourner vers l’Union Européenne. La Biélorussie, qui reste très dépendante de la Russie, notamment pour ce qui est de son approvisionnement en énergie, a des velléités d’indépendance qu’elle ne peut satisfaire seule. Aussi le président Lukashenko essaie-t-il de jouer l’Union Européenne contre la Russie, par toutes sortes de chantages et en adoptant une position de constante victime. La Biélorussie a tenté à plusieurs reprises de faire rentrer des produits alimentaires européens en Russie, malgré l’embargo imposé par son puissant voisin. Elle réclame par ailleurs un approvisionnement en gaz russe à des tarifs préférentiels, alors que la Russie lui reproche régulièrement de n’avoir pas réglé ses arriérés de dettes pour le gaz qu’elle lui livre. En outre, la Biélorussie, qui joue décidément double jeu, revend des produits pétroliers à l’Europe, ce que la Russie interdit. Sur fond de tensions diplomatiques dues à l’annexion de la Russie par la Crimée en mars 2014 et par le refus de la Biélorussie d’accepter la présence de forces militaires russes dans son pays, la Russie a ordonné la mise en place de trois zones frontalières pour surveiller les entrées de biens et de personnes dans son pays. La Russie et la Biélorussie restent effectivement étroitement liées par toutes sortes d’accords qui justifient que la Russie cherche à savoir qui pourrait ou ce qui pourrait transiter sur son territoire, via la Biélorussie.

De nouvelles sanctions risquent de toucher la Biélorussie, sous l’action dirigée de Vladimir Poutine. Une des premières sanctions pourrait toucher directement un proche du président Lukashenko, Dmitry Rybolovlev. C’est ce que l’on appelle la stratégie d’intimidation. Lorsque Dmitry Rybolovlev, qui vit désormais à Monaco dont il possède le club de football et où il amasse les œuvres d’art, dirigeait la mine de potasse d’Uralkali dans la région de Perm en Russie, il fut à l’origine d’une joint-venture avec l’entreprise de potasse bélarusse Belaruskali. Ce partenariat économique entre les deux géant de la potasse qui vit Uralkali vendre sa production à son partenaire Biélorusse à des prix ridiculeusement faibles, dans un marché mondial qu’ils dominaient largement, permis à l’un et à l’autre d’amasser d’immenses fortunes. Le président biélorusse regrette ce temps béni de leur collaboration où Rybolovlev et lui-même s’enrichirent de manière spectaculaire au détriment des mineurs et de l’écologie. Il s’en est ouvert à la presse de son pays, à l’été 2016.

« Vous vous souvenez de l’époque (avant-Kerimov, 2007), quand nous avons réussi à créer une véritable joint-venture de distribution de la potasse avec les Russes. Le dirigeant d’Uralkali était à l’époque Rybolovlev, les Russes l’ont bien asphyxié, il a à peine réussi à fuir. Heureusement, qu’il a fui au bon moment. Ensuite est arrivé Kerimov qui, bien évidemment, ne voulait pas gérer la production de potasse […] Alors vous vous rappelez ce qui est arrivé par la suite. »

Celui qu’il semble plaindre, Dmitry Rybolovlev, a en effet fui son pays en 2010, après avoir revendu la mine sinistrée d’Uralkali, en prenant au passage 5,3 milliards de dollars. Depuis, il est aux abonnés absents pour la justice de son pays. Mais Vladimir Poutine se penche très sérieusement sur son dossier judiciaire. Il pourrait bientôt le frapper et faire coup double en donnant à la fois une semonce à Alexander Lukashenko et en faisant payer à l’oligarque les nombreux crimes dont il est coupable.